PRATIQUES - urbain - crédit : étude d'impact Tana

Etude d'impact des prêts C-E-FOR, Antananarivo

Partnenariat Inter Aide - C-E-FOR

Rémi Cèbe
Décembre 2003-
Mise en ligne 18.03.2004

Introduction
A- Résultats essentiels de l'étude
B- Emprunteurs au-delà du 6ème prêt.
C-Emprunteurs au 3ème prêt

D- Facteurs semblant favoriser la réussite de l'emprunteur
Annexe 1: méthodologie utilisée
Annexe 2 à 4 : Synthèse chiffrée (document xls) .
Annexe 5: Abandons (document xls)

Retour au sommaire crédit
Retour au sommaire Urbain

 

Introduction

Afin de vérifier l'impact du volet micro-finance, une étude d'impact a été menée de septembre à décembre 2003 auprès de 100 emprunteurs. Ces emprunteurs ont été choisis aléatoirement parmi les emprunteurs au stade au moins du 6ème prêt en cours (60 dossiers, ci-après dénommés "6+") et parmi ceux ayant un 3ème prêt en cours (40 dossiers, ci-après dénommés "3"). La méthodologie de cette enquête est présentée en annexe 1, les synthèses chiffrées en annexes 2 (document xls) à 5.

Avant de présenter les résultats essentiels de cette étude (A), ses résultats détaillés par catégories d'emprunteurs (B et C) et les facteurs favorisant ou handicapant la réussite des emprunteurs (D), on rappellera les caractéristiques essentielles du programme. Le volet micro-finance de C-E-FOR propose aux habitants les plus démunis des quartiers les plus démunis d'Antananarivo un accès permanent au crédit. Les crédits octroyés doivent être remboursés selon une échéance fixée dans le contrat de prêt (entre 3 et 6 mois de l'octroi), avec un intérêt de 3% par mois sur le capital emprunté, ainsi que la constitution d'une garantie en cours de prêt (mais ne conditionnant pas son octroi). Cette garantie, au moins égale à 25% du capital emprunté, est restituée à l'emprunteur en totalité en fin de prêt en cas de remboursement total du capital et de l'intérêt ou transférée en tout ou partie pour solder le prêt dans le cas contraire. Les emprunteurs reçoivent tous une formation élémentaire à la gestion et au marketing, assortie d'une incitation à utiliser à des fins sociales ou de réinvestissement productif les bénéfices de l'activité et l'épargne. Ils sont en outre suivis et conseillés tout au long de leur parcours avec le programme.

A. Résultats essentiels de l'étude

Ces résultats sont synthétisés dans le tableau figurant en annexe 2 (document xls) .

  • L'impact financier est réel dès le 3ème prêt, tant en ce qui concerne l'activité soutenue par les prêts que les bénéfices qu'elle génère. Ainsi, 89% des "3" et 84% des "6+" ont vu leurs bénéfices progresser entre le premier prêt et la date de l'enquête, respectivement de 76% et 128%. Plus la relation est longue avec le programme, plus l'impact financier semble donc important. D'autre part, les bénéfices générés permettent de passer le "cap de la survie", défini en décembre 2003 par l'ensemble de l'équipe micro-finance à 410 kfmg (environ 59 euros avec 1 € = 7000 FMG) par mois pour une famille de 5 personnes. En effet, la moyenne des bénéfices par emprunteur à la date de l'enquête s'établit à 664 kfmg pour les "3" et à 865 kfmg pour les "6+", alors que les revenus mensuels moyens avant le premier prêt étaient respectivement de 369 kfmg et 400 kfmg (les plus bas s'établissant à 152 kfmg). Le programme est donc bien dans sa cible et contribue significativement à sa progression.

  • L'impact social est également avéré pour la grande majorité des emprunteurs étudiés, même si l'impact est nettement plus significatif pour les "6+" que pour les "3". Ainsi, 68% des "3" et 89% des "6+" consacrent à des fins sociales et/ou productives tout ou partie de leurs bénéfices et épargne générés par les activités soutenues par les prêts. La destination de cette épargne est différente selon le stade de prêt auquel on se trouve. Les "3" la consacrent principalement, en tout ou partie, à l'accroissement de leur ration alimentaire (59% des emprunteurs), aux investissements productifs (41%), et à la scolarisation de leurs enfants (21%). Les "6+", sans doute parce qu'ils ont déjà intégré ces destinations de leur épargne dans leur budget et parce qu'ils ont plus de bénéfices, la consacrent principalement, en tout ou partie, à la réhabilitation ou l'acquisition d'une propriété foncière (67% des emprunteurs). On notera que 23% d'entre eux ont pu acquérir une propriété grâce aux bénéfices générés par la 'activité soutenue par les prêts. Ils la consacrent ensuite, à parts relativement égales, à l'accroissement de leur ration alimentaire et de sa qualité (54%), à la scolarisation des enfants (53%), à leurs dépenses de santé (51%, là où les "3" s'y consacrent à 3%) et à des investissements productifs (50%). Si les conditions de vie des "6+" sont dans l'ensemble meilleures que celles des "3", on note chez les emprunteurs et leurs familles une forte proportion de malades (58%), un très bon taux de vaccination des familles (90%), un très faible recours au planning familial (30%) et une identité des projets d'avenir centrés autour de l'accession à la propriété foncière (71%) et aux investissements productifs (26,5%).

  • Les facteurs favorisant ou handicapant la réussite des emprunteurs sont difficiles à identifier tant ils sont multiples et se conjuguent parfois. Leur part relative dans le succès ou l'échec en est d'autant plus difficile à établir. Mais quelques faits saillants pourtant ressortent de l'étude. Une propriété préalable ne semble pas un facteur favorisant d'évidence la réussite - contrairement à ce que l'on aurait pu croire à première vue. En revanche, le niveau d'éducation a une influence réelle sur la réussite dans la gestion de l'activité et plus il est élevé, plus il est globalement facteur de réussite. Enfin, ce que l'on a appelé " une situation familiale difficile " (alcoolisme, violence, etc.) semble avoir un effet négatif sur la capacité de gestion, puisque ceux qui ne voient pas leurs bénéfices croître sont près de 2 fois plus nombreux que ceux qui ont connu une progression de leurs bénéfices à connaître ces situations familiales difficiles.

  • Le taux d'abandon des emprunteurs n'est à l'heure actuelle pas mesuré par le logiciel de gestion des prêts. Cependant, depuis janvier 2003, le programme relève les raisons pour lesquelles les emprunteurs ayant eu un premier prêt à compter de janvier 2003 abandonnent le programme (voir annexe 5). Au 19 décembre 2003, l'étude montre que seulement 13,8% de ces emprunteurs ont abandonné le programme entre février et décembre 2003. Les causes de ces abandons sont à 19% positives (autonomie de gestion ou emploi salarié) et à 81% neutres ou négatives (déménagement en province, disparition du point de vente en raison de la réhabilitation des routes, vol du capital, problèmes de santé, incapacité de gestion, etc.). La majeure partie des emprunteurs qui abandonnent le font après avoir remboursé leur deuxième prêt. Cela confirme une intuition des équipes de micro-finance, à savoir que l'étape des 2ème et 3ème prêts est cruciale dans la fidélisation des partenaires et un cap dans leur gestion de l'activité et qu'il faudrait donc accentuer le suivi-conseil de ces emprunteurs afin de leur permettre de pérenniser leur activité et de stabiliser leurs revenus.

B. Emprunteurs au-delà du 6ème prêt

Tous les résultats sont présentés de manière synthétique dans le tableau en annexe 3. (document xls).

Impact économique et financier

o Progression de l'activité entre le premier prêt et la date de l'enquête

83% des emprunteurs au-delà du 6ème prêt ont fait progresser leur activité, en accroissant leurs fonds de roulement et leur chiffre d'affaires et en la diversifiant le plus souvent. Cette diversification semble ce qui différencie dans notre étude les "6+" des "3" qui accroissent leur fonds de roulement mais diversifient très peu l'activité. Le prêt semble avoir un effet mécanique sur l'accroissement du fonds de roulement et le chiffre d'affaires et sur la diminution des coûts de l'approvisionnement. L'approvisionnement se fait en effet auprès de grossistes et à crédit, dont le taux d'intérêt est classiquement de 20% par jour.

o Progression des bénéfices entre le premier prêt et la date de l'enquête

Accroissement des bénéfices:
84% des emprunteurs au-delà du 6ème prêt ont pu accroître leurs bénéfices. Même en incluant dans le calcul les chutes de bénéfices, on arrive à une progression moyenne de 128%. Cette progression s'accompagne comme on le verra plus loin d'un développement des emprunteurs et de la réponse à certaines de leurs difficultés sociales.

Chute des bénéfices:
Seuls 16% des emprunteurs ont vu leurs bénéfices chuter. Les causes qu'ils attribuent à cette chute sont variées. L'une des premières causes est la maladie (87,5% des cas). Viennent ensuite les conflits familiaux (37,5% des cas). Ces deux causes sont parfois concomitantes. Enfin, un événement extérieur à la personne de l'emprunteur (dans 12,5% des cas), comme par exemple la suppression du lieu de vente en raison de la réhabilitation des routes d'un quartier. On notera à cet égard que les résultats de cette étude peuvent être rapprochés de ceux de l'étude menée à Manille en 1995 par Inter Aide. (L'étude montrait que les emprunteurs échouaient en raison de leur attitude et non pas à cause d'une cause extérieure à leur personne ou à leur famille (accident, incendie, inondation, etc.). Dans 73% des cas, les emprunteurs échouaient parce qu'ils avaient été négligents (20%), ne faisaient pas face à leurs difficultés (21%), ne savaient pas comment réagir aux changements dans la concurrence, l'approvisionnement, etc. (16%), ou avaient un comportement qui les fragilise comme l'alcool, le jeu, les problèmes de couple (16%). Bien entendu, ces " causes " influent très nettement sur la capacité à gérer l'activité de manière efficace et régulière. Mais on a également noté que, dans tous ces cas, le suivi-conseil et le soutien de C-E-FOR de ces emprunteurs en difficulté n'avaient pas été suffisants pour leur permettre de comprendre l'intérêt d'une diversification de l'activité, de l'amélioration de leur gestion de l'activité (notamment en termes d'approvisionnement) et du budget familial. C-E-FOR n'a pas su identifier ces situations - pour certaines catastrophiques - dans la mesure où les seuls indicateurs vraiment retenus par les conseillers-animateurs sont le taux de remboursement et le taux de collecte. Or, ces emprunteurs remboursent correctement leurs prêts, au détriment de la satisfaction de leurs besoins primaires. La meilleure preuve en est qu'ils continuent à recevoir des prêts. La visite à domicile et le suivi-conseil sont est en conséquence primordiaux pour identifier ces situations sociales désastreuses liées à la stagnation de l'activité).

Cible:
La moyenne du revenu mensuel au moment du premier prêt s'établit à 400 000 FMG (environ 57 euros ). La moyenne des revenus mensuels les plus bas s'établit à 152 000 FMG (environ 22 euros).
Le programme a estimé à 410 000 FMG le revenu mensuel minimum pour une famille de cinq personnes pour faire face aux dépenses essentielles*. Cette somme ne permet donc pas d'épargner, mais de se loger (pièce de 9 m²), de manger trois repas par jour (à base essentiellement de riz) et de faire face aux dépenses scolaires. En d'autres termes, cette somme ne permet pas de bâtir de projets à moyen ou long terme, de faire face aux dépenses de santé importantes, de se loger de manière à permettre un développement harmonieux de la famille et en préservant un minimum d'intimité de ses membres, etc. Cela confirme que le programme s'adresse bien à sa cible prioritaire, c'est-à-dire les plus démunis dans les quartiers les plus démunis, aptes à lancer une activité ou à la développer.

* Les ménages de la capitale comptent une moyenne de 4,9 personnes selon le Projet MADIO (Madagascar-Dail-Instat-Orstom). Cf. "L'emploi, le chômage et les conditions d'activité des ménages dans les sept grandes villes de Madagascar", second trimestre 2000, et "Dynamique du marché de travail dans les sept grandes villes de Madagascar entre 2000 et 2001", second trimestre 2002 et du " Document de stratégie de réduction de la pauvreté " (DSRP), projet gouvernemental de mars 2003.


  • Impact social

o Utilisation à des fins sociales des bénéfices et de l'épargne générés par l'activité soutenue par les prêts

84 % des emprunteurs étudiés ont pu commencer à constituer une épargne grâce à l'activité soutenue par les prêts. 89% ont consacré leur épargne à satisfaire les besoins sociaux de la famille.

Cette épargne reçoit plusieurs destinations :

La première, tant en termes de nombre d'emprunteurs faisant ce choix que d'importance qu'ils lui confèrent, est l'amélioration de l'habitat.

A Antananarivo, seuls 52,5% des ménages ont des maisons "en dur" qu'ils possèdent pour seulement 36% d'entre eux (titre foncier). Seuls 17% ont l'eau courante et 10,8% des latrines. Les ménages travaillant dans le secteur informel (la majeure partie des bénéficiaires des actions d'Inter Aide) sont quatre fois moins nombreux que les autres à bénéficier de l'eau courante, de l'électricité ou de latrines privées (cf. ibid.).

67% des emprunteurs étudiés ont consacré tout ou partie de l'épargne à cette amélioration :

- Réhabilitation de la maison : dallage en dur, construction en briques là où il n'y avait qu'une maison de bois, réfection de la toiture par des tôles ondulées ;
- Electrification. 60% des emprunteurs étudiés ont l'électricité chez eux distribuée par la Jirama, le réseau national, alors que le taux est bien inférieur si l'on considère tous les habitants de ces quartiers ;
- Achat de biens d'équipement de base : lits, chaises, tables, glacière, frigidaire, etc. ;
- Achat de biens d'équipement de loisir et de culture : télévision et radio ;
- Construction ou extension d'une maison sur un terrain qu'ils louent ;
- Accession à la propriété : 23% des emprunteurs étudiés ont pu acquérir une maison et/ou un terrain grâce à l'épargne générée par l'activité soutenue par les prêts.

La deuxième est l'accroissement des dépenses de nourriture. 54% des emprunteurs étudiés ont utilisé une partie de l'épargne générée par l'activité soutenue par les prêts à se nourrir plus et, dans certains cas, mieux. (L'indicateur de l'état nutritionnel est alarmant puisque le taux atteint 33,1% en 1999 pour tout Madagascar. Le plus fort taux de retard de croissance est celui des enfants d'Antananarivo de moins de trois ans avec un taux de 57% en 1997, alors que le taux malgache se situe à 48,3%. Cf. Etude (Santé-Education-Transferts) réalisée par MADIO à Antananarivo). Dans leur grande majorité les emprunteurs étudiés ont accru en moyenne leurs dépenses de nourriture de 25% .

La troisième destination est la scolarisation de tous les enfants scolarisables. 53% des emprunteurs étudiés ont utilisé une partie de l'épargne à scolariser des enfants qui ne l'étaient pas avant l'octroi des prêts. Rares sont les emprunteurs qui ne scolarisent aucun de leurs enfants - surtout depuis que le gouvernement prend en charge les frais d'"écolage" -, mais nombreux sont ceux qui ne peuvent pas scolariser tous les enfants scolarisables car les coûts induits (nourriture, transport, habillement, etc.) sont trop importants pour eux. On constate cependant qu'avec l'accroissement de leurs revenus, ils scolarisent tous les enfants scolarisables, même ceux qui sont trop jeunes pour intégrer le primaire, en ayant recours aux "préscolaires".
Tout au long de l'étude, on a pu noter que la préoccupation de l'éducation des enfants est présente chez tous les emprunteurs, même s'ils n'ont pas connu l'école eux-mêmes. La "répétition sociale", semble-t-il très établie pour les générations précédentes (ceux qui ne sont pas allés à l'école disent que leurs parents ne l'avaient pas fréquenté non plus), semble moins jouer son rôle ici.

La quatrième est l'accroissement des dépenses de santé. L'hygiène tant personnelle que collective (salubrité publique, etc.) est déplorable dans les quartiers d'intervention. Cela a pour conséquence de faciliter la survenance de nombreuses maladies. Or, parent pauvre des dépenses auxquelles les emprunteurs consacrent des revenus lorsque leur situation est difficile, on constate qu'avec l'accroissement des revenus, la part consacrée aux dépenses de santé augmente, en même temps que l'hygiène personnelle (en tout cas vestimentaire). On a même constaté que pour certains, la maladie, notamment des enfants, est un moteur pour le développement de l'activité. Dans ce cas, presque l'intégralité de l'épargne est consacrée aux dépenses de santé. Il faut souligner que les médicaments permettant de soigner les "maladies graves" et les hospitalisations ne sont presque pas subventionnés à Antananarivo. Les malades doivent donc acquitter l'ensemble des frais de santé, ainsi que leurs frais de repas. Si on ajoute à cela que les personnes sales ou en hayons ne peuvent pas, de fait, avoir accès à l'hôpital, on comprendra toute l'importance de pouvoir mobiliser de l'argent en cas de maladie. 51% des emprunteurs étudiés ont donc déclaré avoir utilisé leur épargne pour se soigner. Mais, dans la grande majorité des cas, ce n'est que lorsque l'on aura déjà consacré de l'épargne aux besoins considérés comme essentiels (la nourriture et l'habitat) que l'on consacrera une partie de son épargne aux soins médicaux.

La cinquième destination que l'on a pu isoler est l'investissement productif.
51% des emprunteurs étudiés y consacrent une partie de leur épargne. Ils viennent bien sûr en queue de peloton au titre de la proportion de l'épargne qui leur est consacrée (entre 20 et 25% en moyenne). On peut en distinguer deux types : des réinvestissements dans l'activité soutenue par les prêts elle-même (diversification des produits vendus, achat de machines permettant d'accroître la production…) et investissement dans une autre activité quelque fois en dehors d'Antananarivo et parfois pour un autre membre de la famille (achat d'une rizière ou d'un zébu en province, soutien d'une activité de vente de chaussures par le fils, d'une vente de légumes par l'épouse…).

o Vaccinations, planning familial:

Le taux de vaccination des enfants et des parents semble élevé, si l'on en croit leurs déclarations (aucune vérification ne pouvait être envisagée dans cette étude), avec un taux moyen de 89% des familles vaccinées totalement (contre 63% à Antananarivo selon les études les plus récentes). Les prêts et la formation des emprunteurs semblent cependant n'intervenir pour aucune part dans ce résultat. Les campagnes de vaccination obligatoires et la sensibilisation d'autre volets ou d'autres ONG nous semblent plutôt responsables de ce "bon" résultat. (Le taux de couverture vaccinale reste à un niveau faible, c'est-à-dire 44% en 2000 pour Madagascar et 63% pour Antananarivo - Cf. Etude Santé-Education-Transferts réalisée par MADIO à Antananarivo).

Quant au "planning familial", et malgré une sensibilisation sur ce point, y compris par le volet micro-finance, seuls 29% des emprunteurs étudiés et en âge de procréer utilisent une méthode de contraception moderne. Bien sûr, cela ne signifie pas que 100% de l'échantillon devraient pratiquer une contraception, car certains souhaitent avoir d'autres enfants et leurs enfants sont "raisonnablement" espacés. Mais il n'en reste pas moins que, compte tenu des comportements sexuels de la population cible - marqués par une polygamie de fait fréquente chez les hommes - et de la faible proportion de personnes se protégeant efficacement contre les maladies sexuellement transmissibles , on peut craindre que cette proportion soit insuffisamment élevée pour assurer la santé des populations cibles.
(Selon l'Etude Santé-Education-Transferts réalisée par MADIO à Antananarivo, 37% des femmes vivant en couple disent qu'elles utilisent une méthode contraceptive et 8% des jeunes filles de 14 à 19 ans sont enceintes au moment de l'enquête ou l'avaient été pendant les 12 mois précédents. Les fausses couches et avortements sont particulièrement importants chez les adolescentes (14,3% et 14,4% respectivement). 36% des hospitalisations sont dues aux accouchements, à des problèmes de grossesses ou d'avortement).

o Maladies, absences et décès

Même si notre étude ne peut faire foi à ce titre, puisque les cohortes significatives en étude médicale sont toujours beaucoup plus importantes, les chiffres que nous avons relevé montrent que 66% des emprunteurs déclarent lors de l'enquête qu'eux-mêmes, leur conjoint ou un de leurs enfants sont malades et ont une ou plusieurs des maladies suivantes: alcoolisme pour 39%, hypertension pour 15%, maladies du cœur pour 11%, maladies de l'appareil respiratoire pour 9%, maladies diarrhéiques pour 7%, paludisme pour 3%, syphilis pour 2%, diabète pour 2%.

On rappellera que selon une étude précitée , et qui elle fait foi, les maladies qui affectent le plus la population malgache, notamment les enfants, sont les infections respiratoires aiguës (21,6%), le paludisme (19,4%) et les maladies diarrhéiques (8,4%) qui atteignent 50,9% des enfants de moins de 5 ans. A l'évidence, le volet micro-finance n'a pas d'impact direct sur la santé des emprunteurs, mais comme on l'a vu précédemment les prêts ont un effet sur la hausse des revenus et de l'épargne et sur l'accroissement consécutif des dépenses de santé.

Alcoolisme : 39% des emprunteurs étudiés reconnaissent être alcooliques ou avoir dans leur famille un alcoolique. Ce chiffre est à rapprocher des chiffres d'une autre étude qui montre que 26% des parents malgaches reconnaissent avoir un problème avec l'alcool et que pour 62% d'entre eux la prise d'alcool est très fréquente . On notera que si les emprunteurs n'osent pas dire aux enquêteurs qu'ils jouent à des jeux de hasard - seuls 3% des personnes interrogées l'évoquent, et principalement pour dire qu'elles ne jouent plus (!) -, ils ont peu de pudeur par rapport à l'alcool, partout présent et manifestement accepté socialement.

Il ressort de l'étude d'impact que 24% des emprunteurs femmes n'ont plus de maris. 50% d'entre eux ont disparu et ne contribuent plus aux charges familiales. Les 50% restants sont décédés d'une cirrhose du foie selon leurs veuves.

o Projets pour l'avenir

Seuls 6% des emprunteurs étudiés n'ont aucun projet spécifique. 63% des emprunteurs forment le projet d'accéder à la propriété foncière et 31% de réaliser un investissement productif.

Cette recherche d'un toit pour eux-mêmes et pour leurs enfants semble d'autant plus cruciale qu'ils habitent depuis longtemps à Antananarivo (certains disent être certains d'appartenir à la quatrième génération vivant là) et très rarement dans des conditions légales. Antananarivo connaît une faible migration (moins de 16%) et seuls 2% de ces migrants viennent réellement de l'extérieur de l'agglomération . Les quartiers où vivent ces emprunteurs sont de construction relativement récente et sont principalement situés dans le "bas" de la ville, les zones inondables. On comprend d'autant mieux le désir d'accéder à la propriété.

 

C. Emprunteurs au 3ème prêt

Tous les résultas sont présentés de manière synthétique dans le tableau en annexe 4.

  • Impact économique et financier

o Progression de l'activité entre le premier prêt et la date de l'enquête

79% des emprunteurs au 3ème prêt ont fait progresser leur activité, principalement en accroissement le fonds de roulement. La diversification des activités semble être une caractéristique des "6+", témoin sans doute de l'influence de C-E-FOR et de son suivi-conseil et de la conscience acquise de la fragilité des petits commerces "mono-produits ".

o Progression des bénéfices entre le premier prêt et la date de l'enquête

Accroissement des bénéfices
89% des emprunteurs au 3ème prêt ont pu accroître leurs bénéfices. Même en incluant dans le calcul les chutes de bénéfices, on arrive à une progression moyenne de 76%.

Chute des bénéfices
Seuls 11% des emprunteurs ont vu leurs bénéfices chuter entre le premier prêt et la date de l'enquête et pour certains la chute est très réduite (entre 2 et 3%). La cause de ces chutes - même modérées - est une faible capacité de gestion et d'adaptation à la concurrence.

Cible
La moyenne du revenu mensuel au moment du premier prêt s'établit à 369 000 FMG (environ 57 euros ). La moyenne des revenus mensuels les plus bas s'établit à
216 750 FMG (environ 31 euros). Rappelons que le programme a estimé à 410 000 FMG le revenu mensuel minimum pour une famille de cinq personnes pour faire face aux dépenses essentielles. Cela confirme encore une fois que le programme s'adresse bien à sa cible prioritaire (voir ci-dessus).

  • Impact social

o Utilisation à des fins sociales des bénéfices et de l'épargne générés par l'activité soutenue par les prêts

62 % des emprunteurs étudiés ont pu commencer à constituer une épargne grâce à l'activité soutenue par les prêts (contre 84% des emprunteurs au-delà du sixième prêt). 68% ont consacré leur épargne à satisfaire les besoins sociaux de la famille.

Cette épargne reçoit plusieurs destinations, dont on remarque qu'elles ne sont pas dans le même ordre de priorité que pour les emprunteurs au-delà du sixième prêt:

La première est l'accroissement des dépenses de nourriture. 59% des emprunteurs étudiés ont utilisé une partie de l'épargne générée par l'activité soutenue par les prêts à se nourrir plus et, dans certains cas, mieux. Dans leur grande majorité les emprunteurs étudiés ont accru en moyenne leurs dépenses de nourriture de 36%.

La deuxième destination est l'investissement productif. 41% des emprunteurs étudiés y consacrent une partie de leur épargne. Ils sont de même type que ceux des emprunteurs au-delà du sixième prêt (voir ci-dessus).

La troisième est l'amélioration de l'habitat. Seuls 26% des emprunteurs étudiés ont consacré tout ou partie de l'épargne à cette amélioration (contre 67% pour les "6+"). Et seulement 5% des emprunteurs étudiés ont pu acquérir une maison et/ou un terrain grâce à l'épargne générée par l'activité soutenue par les prêts (contre 23% pour les "6+").

La quatrième destination est la scolarisation de tous les enfants scolarisables. 21% des emprunteurs étudiés ont utilisé une partie de l'épargne à scolariser des enfants qui ne l'étaient pas avant l'octroi des prêts (contre 53% pour les "6+").

La cinquième est l'accroissement des dépenses de santé mais seuls 3% des emprunteurs ont déclaré avoir utilisé leur épargne pour se soigner (contre 51% des "6+").

o Vaccinations, planning familial:

Le taux de vaccination des enfants et des parents est également élevé, selon leurs propres déclarations toujours, avec un taux moyen de 91% des familles vaccinées totalement (contre 63% à Antananarivo selon les études les plus récentes).

Quant au " planning familial ", il s'établit à peu près au même niveau : 32% (contre 29% pour les "6+").

o Maladies, absences et décès

Même si, encore une fois, notre étude ne peut faire foi à ce titre, 50% des emprunteurs déclarent lors de l'enquête qu'eux-mêmes, leur conjoint ou un de leurs enfants sont malades (contre 66% des "6+"). Ils déclarent avoir l'une ou plusieurs des maladies suivantes: Alcoolisme pour 38%, Hypertension pour 9%, Maladies de l'appareil respiratoire pour 3%, Maladies diarrhéiques pour 6%, Paludisme pour 6%, Diabète pour 3%. Il ressort également de l'étude que 26% des emprunteurs femmes n'ont plus de maris. Ils ont disparu et ne contribuent plus aux charges familiales.

o Projets pour l'avenir

Il ressort de cette étude que tous les emprunteur au 3ème prêt ont un projet. 79% des emprunteurs forment le projet d'accéder à la propriété foncière, 22% de réaliser un investissement productif et 12% de scolariser leurs enfants.

 

D. Facteurs semblant favoriser la réussite de l'emprunteur

Il est difficile de recenser les facteurs préexistants et conditionnant la réussite ou l'échec des emprunteurs. On a pu toutefois isoler trois grands facteurs : le niveau d'éducation, une propriété foncière acquise avant le premier prêt et une situation familiale stable. Mais les facteurs sont multiples et souvent concomitants, leur part respective dans la réussite ou l'échec difficile à établir, et il est souvent tentant de se réfugier derrière la simple faculté d'adaptation ou le "ressort" de chacun.

En tout état de cause, les facteurs isolés ne semblent pas être un gage de réussite ou d'échec. Ainsi, la réussite la plus remarquable concerne un emprunteur qui n'a jamais fréquenté l'école et qui n'était pas propriétaire avant les prêts et l'une des chutes les plus importantes de bénéfices se rencontre chez un emprunteur de niveau Terminale, propriétaire de sa maison bien avant le premier prêt.

Cependant la comparaison du niveau d'éducation et de l'existence d'une propriété préalable à l'octroi du premier prêt, et des emprunteurs qui ont connu une progression ou une chute de leurs bénéfices, montre que le niveau d'éducation a une influence réelle sur le degré de réussite ou d'échec dans l'activité. La propriété préalable à l'octroi des prêts semble cependant un facteur bien moins déterminant, contrairement à ce que l'on aurait pu croire de prime abord.

Ainsi, le niveau moyen d'éducation de ceux qui ont "réussi" est supérieur à ceux qui ont enregistré une chute de leurs bénéfices et ceux qui ont plus fréquenté l'école. Si l'on isole les mêmes données pour les emprunteurs ayant connu une progression de leurs bénéfices supérieurs à 100%, on constate que leur niveau d'éducation est supérieur à ceux ayant simplement connu une progression de leurs bénéfices. En revanche, ils ne sont pas en plus forte proportion propriétaires avant les prêts que les deux autres groupes étudiés.

Une "situation familiale difficile" - alcool, violence, mère-célibataire, enfants en situation d'échec, délinquance, etc. - semble en revanche avoir un effet négatif beaucoup plus automatique sur la capacité de l'emprunteur à développer son activité et ses bénéfices. Les emprunteurs ayant connu une chute des leurs bénéfices sont 2 fois plus nombreux à connaître des difficultés dans leurs relations intra-familiales que ceux qui ont vu leurs bénéfices croître. De même, les mères célibataires sont 4 fois plus nombreuses chez les emprunteurs ayant connu une chute des leurs bénéfices.

Bénéfices en chute
Bénéfices en hausse
(y compris ceux ayant un bénéfice en hausse de plus de 100%)
Bénéfices en hausse de plus de 100%
Niveau scolaire moyen
7ème (CM2)
5ème
4ème
Jamais allés à l'école
8,3%
2,32%
2%
Propriétaire avant les prêts
36%
41%
40%
Relations familiales difficiles
63%
28%
35%
Mères-célibataires
54%
12%
11%


Annexe 1

Méthodologie

L'étude s'est déroulée de septembre à décembre 2003. Les emprunteurs choisis l'ont été sur leur niveau de prêt (au moins au 3ème ou au moins au 6ème), mais de manière purement aléatoire (tirage au sort). 40 dossiers de partenaires ayant un 3ème prêt en cours et 60 dossiers de partenaires ayant au moins un 6ème prêt en cours ont été tirés au sort (sur un total de 960 emprunteurs en cours).

Une première analyse a été faite sur dossiers, en comparant les données figurant dans la fiche d'enquête précédant l'octroi du premier prêt à celles figurant sur la fiche d'enquête précédant l'octroi du prêt en cours. Les données ont été également croisées avec la fiche de fin de prêt et avec les déclarations des emprunteurs lors d'entretiens individuels. Chaque emprunteur a ainsi reçu la visite de deux à trois personnes (le Chef de l'agence concerné et le conseiller technique Inter Aide et/ou le Responsable Emploi de C-E-FOR) qui ont conduit conjointement les entretiens. Chaque entretien s'est tenu selon une fiche d'enquête pré-établie * au domicile de l'emprunteur et a duré selon les cas entre 30 minutes et 1 heure et demie. Les données recueillies ont permis de tracer les grandes lignes de la progression de l'activité, des revenus et de l'utilisation sociale des bénéfices et de l'épargne générés par l'activité soutenue par les prêts.

* Revenus et épargne : chiffre d'affaires et bénéfice par mois, nombre d'employés, nombre d'enfants ne générant pas de revenus, montant de l'épargne détenue, usage de l'épargne générée dans le cadre du prêt ; Maison : structure de la maison d'habitation, titre d'occupation, équipements individuels ou collectifs ; Education : niveau scolaire de l'emprunteur, de ses enfants, de son conjoint, formations suivies au cours des six derniers mois, scolarisation des enfants, niveau scolaire des enfants ; Santé : dépenses de nourriture par jour, vaccination des enfants, problèmes majeurs de santé, nature de protection maladie, consommation d'alcool ou de drogues, mode de contraception utilisé ou absence de contraception ; Vie sociale : pratique de jeux de hasard contre paiement, appartenance à un groupe social, projets d'avenir.

Quelques définitions

o Le revenu pris en considération dans les résultats de l'enquête est le bénéfice net de l'activité. En effet, le chiffre d'affaires peut-être très élevé mais les coûts associés à la gestion du commerce également élevés et le chiffre d'affaires n'est alors plus indicatif de la progression des revenus que la famille peut consacrer à la satisfaction de ses besoins. Les revenus sont ceux générés par l'activité soutenue par C-E-FOR. Lorsque des revenus annexes existent, nous en avons tenu compte en précisant que des conditions favorables préexistaient aux progrès enregistrés.

o L'épargne visée est celle qui a été permise par l'activité soutenue par C-E-FOR. Il peut s'agir de " l'épargne obligatoire " (la garantie constituée en cours de prêt et restituée en fin de prêt si le bénéficiaire s'est acquitté de tous ses remboursements), mais aussi d'une épargne volontaire, le plus souvent une thésaurisation à domicile.

o La propriété de la maison et du terrain : le constat est fondé sur les déclarations des emprunteurs et non pas sur une vérification cadastrale. En effet, le plus grand flou règne à cet égard à Antananarivo et il aurait été impossible de vérifier cela dossier par dossier dans le cadre de cette étude d'impact. Les propriétaires de la maison mais pas du terrain sur lequel elle est construite, n'ont pas été considérés comme des propriétaires aux fins de cette étude.

o Enfants scolarisables : les enfants de 3 à 16 ans ont été pris en considération aux fins de cette étude afin, notamment, de tenir compte de la pré-scolarisation des jeunes enfants.

o Investissements productifs : Ont seulement été pris en considération les investissements productifs financés par les bénéfices de l'activité et/ou de l'épargne générés par l'activité soutenue par les prêts. Les investissements productifs permis par le prêt lui-même n'ont donc pas été comptabilisés dans les résultats présentés.

o Les maladies relevées sont celles déclarées par les emprunteurs et qui concernent leur famille nucléaire (parents et enfants vivant sous un même toit). Elles ne sont pas forcément celles qui sont les plus fréquentes pour la population des quartiers d'intervention.

o Le Planning familial : nous avons relevé la proportion des couples en âge de procréer pratiquant régulièrement une méthode de contraception moderne.

Annexe 2 à 4 : Synthèse chiffrée (document xls) . Annexe 5: Abandons (document xls)

Vous pouvez donner VOTRE AVIS, faire part de vos idées et suggestions, par mail ou sur le forum. Merci !


Retour au sommaire crédit
Retour au sommaire Urbain

Rémi Cèbe est en appui technique à CEFOR (crédit-épargne et formation) depuis octobre 2002.


AVIS IMPORTANT

Les fiches et récits d'expériences "Pratiques" sont diffusés dans le cadre du réseau d'échanges d'idées et de méthodes entre les ONG signataires de la "charte Inter Aide".
Il est important de souligner que ces fiches ne sont pas normatives et ne prétendent en aucun cas
"dire ce qu'il faudrait faire"; elles se contentent de présenter des expériences qui ont donné des résultats intéressants dans le contexte où elles ont été menées.
Les auteurs de "Pratiques" ne voient aucun inconvénient, au contraire, à ce que ces fiches soient reproduites à la condition expresse que les informations qu'elles contiennent soient données intégralement y compris cet avis .