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PRATIQUES
- emploi- crédit - URBAIN.3.3.18
ORGANISER LA FORMATION DES BENEFICIAIRES
l'expérience de UPLiFT à Manille (anciennement
appelé NBA)
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P.Hibon* septembre 96
Avertissement
: cette
fiche a été écrite en 1996 et diffusée en
1997. Depuis, la
méthode UPLiFT continue d'évoluer. Cette fiche constitue
donc une part des archives du programme de Manille.
1. Une formation, pour quoi faire ?
2. Quelles sont les premières difficultés?
3. Absentéïsme, que faire?
4. L'organisation pratique
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AVIS
IMPORTANT
Les
fiches et récits d'expériences "Pratiques"
sont diffusés dans le cadre du réseau d'échanges
d'idées et de méthodes entre les ONG signataires de
la "charte Inter Aide".
Il est important de souligner que ces fiches ne sont pas normatives
et ne prétendent en aucun cas
"dire ce qu'il faudrait faire"; elles se contentent de
présenter des expériences qui ont donné des
résultats intéressants dans le contexte où
elles ont été menées.
Les auteurs de "Pratiques" ne voient aucun inconvénient,
au contraire, à ce que ces fiches soient reproduites à
la condition expresse que les informations qu'elles contiennent
soient données intégralement y compris cet avis .
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| 1. Une formation, pourquoi faire? |
A Manille, nous avons remarqué que, sans formation des bénéficiaires,
les vieilles habitudes reviennent vite après le prêt : la
vie recommence comme avant. Or, notre objectif est d'arriver à
un développement durable des familles bénéficiaires
: " que restera-t-il à long terme de notre travail pour les
emprunteurs ? " est une question permanente. Former les bénéficiaires
fréquemment (2 heures par semaine) permet de leur redonner confiance
en eux, ce qui est le principal. Simultanément, les participants
assimilent des bases de gestion et s'intègrent dans un tissu social
qui leur fait parfois défaut.
A Manille, chaque animation vise à atteindre trois objectifs
pour les participants :
1. Développer sa personnalité : développer la
confiance en soi, la persévérance, la rigueur, le courage,
l'honnêteté, la solidarité, agrandir sa vision du
monde (par rapport à un univers habituel confiné), rêver
et transformer son rêve en réalité
2. Acquérir de nouvelles connaissances en management, faciles
à mettre en pratique
3. Faire partie d'un groupe avec lequel on partage des choses (définition
même d'une communauté; de manière surprenante, les
résidents de bidonvilles non organisés à Manille,
et surtout les femmes, ne se connaissent généralement pas.
L'une des conséquences des formations et de permettre à
chacun de se créer un nouveau tissus de relations au sein dun bidonville.
Les bénéficiaires ne se sentent plus isolés, mais
reliés les uns aux autres)
A Manille, nous avons observé que les premières formations
doivent donner au bénéficiaire la motivation, l'envie de
regarder son activité économique sous un autre angle. Les
connaissances techniques n'ont de poids qu'ensuite.

| 2. Quelles sont les
premières difficultés? |
A Manille, comme à Pune et à Cotonou, lors de la phase
de lancement des formations, les premières difficultés pressenties
par les agents ont été les suivantes :
- Les bénéficiaires se battent pour leur survie, les
femmes travaillent d'arrache-pied et s'occupent de leur foyer après
le travail. Elles sont peu disponibles en temps. Comment les
amener à assister à des formations ? Quel type de formation
mettre en place, quelle durée, quelle fréquence pour s'adapter
au rythme de vie des bénéficiaires ?
- Les bénéficiaires perçoivent souvent la formation
au départ comme une obligation. A Manille, au début du
programme, le fait que le prêt était assorti de formations
obligatoires a découragé nombre de candidats à
poursuivre leur dossier au début. Les gens préféraient
payer plus d'intérêts chez l'usurier que de payer moins
et d'assister à des formations ! A UPLiFT, la formation est
devenue facultative depuis 96 (à UPLiFT, nous estimons que
le niveau des formations est trop bas pour quelques bénéficiaires
et trop élevé pour 30% des bénéficiaires,
âgés ou illétrés. C'est pourquoi nous avons
décidé de rendre les formations facultatives).
- Quels thèmes de formation choisir ? Lesquels sont prioritaires
pour les bénéficiaires ?
- Les familles visées n'ont pas l'habitude d'assister à
des formations. A Manille, beaucoup nous disent qu'elles retournent
à l'école avec le programme ! Certains bénéficiaires
alphabétisés n'avaient pas utilisé un stylo depuis
20 ans ! A Cotonou, la population-cible est analphabète à
70%. Comment faire passer le message et s'assurer que les participants
comprennent ? Comment rester concret et pratique? Comment éviter
que la formation leur passe "au-dessus"?
- Plusieurs bénéficiaires âgées témoignent
d'une faible volonté d'apprendre. Au Bénin, ancienneté
rime souvent avec savoir et autorité (une bénéficiaire
à un agent : " Tu ne vas pas me donner des conseils, à
moi qui suis allée en avion au Niger ! "). A Manille comme
à Cotonou, les bénéficiaires jeunes témoignent
de la plus forte envie d'apprendre. Comment intéresser les bénéficiaires
âgés et faire participer les plus timides ?
- Quels outils de formation utiliser ? A quelles techniques d'animation
faire appel ?
- Les bénéficiaires ont souvent une faible capacité
d'attention et ne peuvent pas se concentrer longtemps sur un sujet.
Que faire pendant les animations ?
- Comment organiser le temps de l'équipe et les cycles de formation,
sachant la forte croissance du programme en nombre de bénéficiaires
?
- Les bénéficiaires n'ont pas l'habitude d'arriver à
l'heure. Comment gérer les retards ? Comment gérer l'absentéisme
?

| 3. Absentéisme : que faire
? |
Au démarrage du programme de Manille, les formations étaient
obligatoires ; en 8 mois, le taux de présence a chuté de
100%, et lors des toutes premières sessions à 40%. Nous
avons essayé de nous remettre en cause et de rechercher les
vraies raisons de l'absentéisme. Nous avons amélioré
la qualité des animations : leur contenu, l'agencement des différentes
sessions, les techniques d'animation utilisées, la formation des
animateurs, le bien-fondé des horaires et leur respect par les
animateurs, etc. Déplacer les formations pour être plus près
du domicile des bénéficiaires s'est révélé
une idée payante. Accompagnant nos efforts, le taux de présence
aux formations a progressivement remonté en 1994 et 1995 pour se
situer autour 70%. (Jusqu'en 96, différentes techniques
avaient été utilisées pour réduire les absences:
le "pull and push" - aller chercher les bénéficiaires
à leur domicile une demi-heure avant les formations - puis l'affichage
des noms des bénéficiaires présents et absents, ...
A l'usage le système qui s'est avéré le plus efficace
fut celui de la carte de présence, alliée à la stricte
prise en compte des absences aux formations pour l'octroi du prêt
suivant. Cette carte était exigée lors de l'entretien d'évaluation
du prêt suivant. Pour plus de trois absences, le montant du prêt
suivant était réduit en fonction du nombre d'absences. Depuis
que les formations sont facultatives, cette pratique n'est bien entendu
plus appliquée).
Depuis que les formations UPLiFT ne sont plus obligatoires (1996), le
taux de participation oscille de 60 à 70% selon les agences.
A Cotonou, les formations sont faites avant l'octroi des crédit
de manière à ce que chaque candidat bénéficie
de deux séances de formations. Les formations sont obligatoires
pour accéder au prêt.
A Pune en Inde, le programme de crédit avait conçu une formation
en 8 sessions, sur le modèle des "pulongs" (formations)
de Manille, qui avaient lieu après l'octroi du prêt. Mais
le programme a du faire face à un absentéisme important
: les formations étaient sans doute trop longues, leurs horaires
trop astreignants pour des emprunteurs qui travaillent toute la journée
et le contenu des formations trop éloigné des préoccupations
des emprunteurs.
Le programme a donc modifié son approche : depuis un an, Sneh
Deep (un des partenaires d'IA à Pune) propose des formations d'une
demi-journée, qui ont lieu avant l'octroi du prêt, pour les
premiers prêts uniquement. Cette formation passe en revue les "
basiques " du business, en utilisant posters, questions-réponses,
saynètes, jeux de rôle et " success stories " :
présentation des produits, relation avec les clients, le choix
du lieu de vente, négocier avec les fournisseurs (20 minutes par
thème).
Devant le même type de situation, le programme de La Cabirma a
remplacé les formations d'une journée qui avaient lieu au
Centre de Formation de la Cabirma par des micro-sessions, qui ont lieu
une fois par semaine, en petits groupes, au domicile de l'un des emprunteurs.
A Tananarive, la préparation de courtes sessions de formations
est aussi à l'étude.

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4. L'organisation pratique
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A Manille ou lors de la phase préparatoire des formations, nous
nous sommes aperçus qu'un certain nombre de principes étaient
communs dans l'organisation pratique des formations des familles démunies
:
- La durée : conduire des formations courtes de 1 h - 1 h30.
Ces femmes pauvres ne peuvent se permettre d'assister à des
formations d'une journée ou d'une demi-journée, qui les
empêcheraient de mener leur activité économique
et de disposer de revenus quotidiens. Par ailleurs, ces femmes ont pas
ou peu fréquenté l'école : elles n'ont pas l'habitude
de rester assises, concentrées sur un même sujet pendant
très longtemps.
- Les horaires : adapter les horaires à la disponibilité
des bénéficiaires (en début d'après-midi
par exemple). Une fois l'horaire fixé après consultations
et testé pendant quelques semaines, ne plus en changer (quelque
soient les prétextes invoqués). Démarrer à
l'heure. Tolérer 10-15 minutes de retard, mais pas plus. Au-delà,
UPLiFT renvoie les bénéficiaires au cycle de formation
du mois suivant.
- Le lieu : dispenser les formations aussi près que possibles
des lieux d'habitation ou de travail afin de rendre aisée
et naturelle la présence aux formations. La formation doit s'insérer
autant que possible dans le cadre de vie des bénéficiaires.
Par ailleurs la proximité des lieux de formation économisera
temps et argent aux participants.
- Le confort : plus le lieu de formation ressemblera aux
habitations des bénéficiaires, plus ils se sentiront
à l'aise, dans leur environnement quotidien. Prévoir une
bonne ventilation, une luminosité adéquate, un endroit
silencieux. Une disposition des sièges en rond favorisera le
dialogue et un sentiment de convivialité. A Cotonou, la disposition
des lieux pour les formations au bureau est idéale : sièges
en rond sous l'appatam (toit en chaume), endroit bien ventilé,
et lumineux.
- La fréquence : les besoins en formation diffèrent
selon les pays. A Cotonou, ils semblent moins importants qu'aux Philippines,
dans la mesure où les bénéficiaires sont dans l'ensemble
motivés à s'en sortir et témoignent d'un certain
sens commercial : les formations sont faites avant l'octroi des crédit
de manière à ce que chaque candidat bénéficie
de deux séances de formations par cycle de prêt. Les formations
sont obligatoires pour accéder au prêt. A Manille, un cycle
de 26 sessions hebdomadaires a été mis en place.
- Le contenu : un ou deux messages par session. Les bénéficiaires
n'ont dans l'ensemble pas la capacité d'emmagasiner énormément
de connaissances différentes. Un message clair, retenu, mis en
application vaut mieux que 3 ou 4 idées qui seront rapidement
oubliées. Le meilleur formateur n'est pas le plus brillant, mais
celui qui génère la plus forte mémorisation chez
les participants. C'est celui qui parvient à rendre simples des
concepts compliqués. Ce qui importe dans une animation, c'est
ce que retiennent les participants après une semaine, un mois,
un an. Le contenu de la formation doit être aussi pratique et
concret que possible. Il faut qu'en rentrant chez eux, les participants
se considèrent en mesure d'appliquer ce qu'ils auront entendu.
- L'animation : elle doit permettre aux participants de se sentir
à l'aise, entre amis. Un ton gai, une ambiance informelle
sont nécessaires. L'objectif est de faire passer des messages
sérieux de la manière la plus légère possible
et de faire exprimer aux participants le récit d'expériences
quotidiennes ainsi que leur système de valeurs (convictions,
croyances, superstitions...). Le contenu de la formation n'aura de poids
que s'il tient compte de l'expérience de la vie qu'a chacun des
participants. Le langage utilisé doit être celui des participants
: mots, expressions, images, humour... Il est recommandé aux
animateurs de prêter une attention toute particulière à
la manière dont parlent les bénéficiaires entre
elles. Faire passer un message revient à le marteler, à
le répéter de différentes manières avant,
pendant et après la formation.
Le "Manuel de Formation" du programme Crédit-Epargne
d'ID à Cotonou (doc
WORD zippé 220 Ko) détaille le contenu de chaque
thème traité en formation, ainsi que l'organisation pratique
et les outils pédagogiques utilisés
voir le sommaire du
Manuel de formation de Cotonou (voir aussi. URBAIN.3.3.20.
Créer un module de formation : exemples de thèmes identifiés).
Voir
aussi la biblio Pratiques
crédit, et la page de liens
vers des sites traitant de microfinance.

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* Paul Hibon a été
responsable du programme NBA de crédit productif à Manille,
depuis le lancement en 93 jusqu'en 95.

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