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PRATIQUES
emploi - crédit - URBAIN.3.3.19
CREER UN MODULE DE FORMATION :
1. Processus et techniques d'animation
l'expérience de UPLiFT à Manille et de I.D. à
Cotonou
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P.Hibon*, Décembre
96
Avertissement
: ces fiches
ont été réactualisées en 1999 et diffusées
en 2000. Depuis, la méthode UPLiFT continue d'évoluer.
Les fiches présentées ici constituent donc une part
des archives du programme de Manille.
1. Pourquoi créer un module de formation?
2. Comment procéder ?
3. Des techniques et des outils d'animation
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UPLiFT
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Avertissement
: cette
fiche a été écrite en 1996 et diffusée en
1997. Depuis, la
méthode UPLiFT continue d'évoluer. Cette fiche constitue
donc une part des archives du programme de Manille.
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AVIS
IMPORTANT
Les
fiches et récits d'expériences "Pratiques"
sont diffusés dans le cadre du réseau d'échanges
d'idées et de méthodes entre les ONG signataires de
la "charte Inter Aide".
Il est important de souligner que ces fiches ne sont pas normatives
et ne prétendent en aucun cas
"dire ce qu'il faudrait faire"; elles se contentent de
présenter des expériences qui ont donné des
résultats intéressants dans le contexte où
elles ont été menées.
Les auteurs de "Pratiques" ne voient aucun inconvénient,
au contraire, à ce que ces fiches soient reproduites à
la condition expresse que les informations qu'elles contiennent
soient données intégralement y compris cet avis .
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| 1. Pourquoi créer un module
de formation ? |
A Manille, nous avons remarqué qu'octroyer des crédits
pour des activités économiques et collecter les remboursements
ne suffit pas pour aider les familles démunies à progresser.
Nous avons d'abord ajouté l'obligation d'épargner, puis
le suivi/conseil individuel, puis les formations de groupes. Aujourd'hui,
de manière visible, l'impact des formations dispensées est
très fort sur les bénéficiaires : il leur permet
de progresser sur un plan humain comme sur un plan économique.
De nombreux organismes de formation opérant à Manille,
nous avons d'abord cherché un module de formation existant. Mais
nous nous sommes aperçus que les formations disponibles étaient
d'un niveau trop élevé pour nos bénéficiaires
(et s'adressaient plutôt à des micro-entrepreneurs), ou bien
avaient contenu " tendancieux " (politique ou religieux), et
ne permettaient pas de répondre exactement aux difficultés
que nous observions quotidiennement. Nous avons décidé de
dessiner notre propre module de formation, en tâtonnant.

A Manille, la préparation du module de formation s'est faite
à tâtons. Nous avons mis deux ans avant d'asseoir notre méthodologie,
de finaliser le contenu du premier module, d'écrire le manuel des
formateurs, et de préparer tous les outils pédagogiques.
La préparation d'un module de formations peut néanmoins
être plus rapide pour d'autres programmes bénéficiant
d'une expérience préalable (même dans un autre domaine
que le crédit) et pour les ceux bénéficiant de l'expérience
d'un programme similaire. Elle pourrait toutefois requérir une
année pour une vingtaine de sessions :
- Identifier les problèmes des bénéficiaires.
A Manille, nous avons d'abord retenu le manque de motivation, les
dettes de gratitude, le manque de confiance en soi, le crédit
clientèle, la séparation budget familial - business.
- Retenir des pistes pour les animations : quoi faire ? A
Manille, nous avons choisi de proposer des solutions par le rêve,
les chansons, les témoignages de bénéficiaires
"pêchues", les anecdotes de vie, la création
de messages aidant la maîtrise du crédit clientèle,
la répétition des messages, etc.
- Compiler les informations (jeux, chants, exemples de vie,
etc.). Assister à des séances de formation conduites
par des organismes spécialisés, quelque soit le domaine
(par exemple le SIDA) : apprendre des techniques d'animation, observer
la réaction des participants.
- Concevoir les premières sessions
- Former les premiers animateurs (cf. fiche
URBAIN.3.3.18 Organiser la formation des bénéficiaires)
- Adopter une démarche de test. Conduire des animations-tests
auprès des premiers groupes de bénéficiaires et
améliorer ces animations. Sélectionner les jeux, exercices,
chants qui ont eu un impact. Supprimer éventuellement certains
sujets, remplacés par d'autres.
- Résoudre le problème de l'absentéisme (cf.
fiche URBAIN.3.3.18 Organiser la formation des bénéficiaires).
- Préparer les documents (cartes de présence,
manuel de l'animateur...) et supports (posters, agrandissements de photos,
jeu de diapositives, tapisseries de pictogrammes, boîtes à
images...)
- Elargir les thèmes de formation. Préparer
un second module de formation. Organiser des formations pour d'autres
ONG...
Ce travail requiert de dégager du temps à une ou deux personnes
de l'équipe. La préparation du module de formation peut
se faire en parallèle avec d'autres tâches. A raison d'une
journée de travail-homme par semaine, l'équipe pourrait
être en mesure de démarrer les premières sessions
régulières de formation au bout de 3-4 mois environ.
Les supports visuels étant fondamentaux (on retient 50% de ce que
l'on voit et 15% de ce que l'on entend), nous avons noté l'importance
de trouver rapidement un bon dessinateur afin d'avancer plus vite en matière
de formation.
Nous avons remarqué à Manille l'importance du choix des
mots. Employer certains mots et pas d'autres peut faire toute la différence
entre un message compris ou accepté et un message incompris ou
rejeté. A Manille, nous recommandons aux animateurs de collecter
les formules, slogans (politiques, publicitaires...) et bons mots en vernaculaire
: adaptées au contenu des formations, ces formules, souvent humoristiques,
ont un très fort impact et sont aisément mémorisées
par les participants.
Curieusement, nous avons noté à Manille que les femmes bénéficiaires
réagissaient souvent très positivement aux jeux d'enfants
et comptines, que nous avons alors utilisé avec bonheur dans les
animations. Les éducatrices de maternelles, autant que les livres
pour enfants, ont été une source d'inspiration.

| 3. Des techniques et outils d'animation |
Il n'est pas possible de dresser un catalogue de toutes les techniques
d'animation susceptibles d'être employées . Les exemples
ci-dessous sont davantage une invitation à rechercher et à
compiler des techniques locales (auprès des bénéficiaires,
des éducatrices, des organismes de formation...). Ces techniques
sont à adapter, à tester avec des groupes de bénéficiaires,
et à retenir définitivement ou non en fonction de leur impact.
La création d'un module de formation est au départ un travail
de recherche-action.
Dans le cas de populations analphabètes, certains outils d'animation
classiques sont évidemment à écarter : tableau, supports
visuels un peu complexes, diapositives, slogans affichés dans la
salle de formation, résumés photocopiés de la formation,
livrets du participant, tests écrits, jeux qui requièrent
de dessiner, écrire ou lire...
- Témoignages de bénéficiaires : cette
technique porte ses fruits à Manille et à Cotonou. On
sent les participants soudainement attentifs quand l'un des leurs parle
de sa vie. Nous n'hésitons pas à présenter des
témoignages de réussite aussi bien que d'échec,
dans des domaines précis : budget, maladie, problème conjugal,
mévente... Nous sollicitons en général la réaction
des participants après le (ou les) témoignage(s) afin
d'en prolonger la résonance.
- Histoires de vie : l'animateur raconte l'histoire de quelqu'un,
vraie ou imaginaire. Nous avons remarqué à Manille que
les participants sont très sensibles aux histoires d'autrui,
surtout si elles concernent des gens proches de leur milieu. Les réactions
d'identification ou de différenciation entraînent généralement
un fort coefficient de mémorisation. Le même principe vaut
à Cotonou et certainement ailleurs. A Manille, nous avons compilé
et distribué aux animateurs une série d'histoires de vie
et d'anecdotes concernant des bénéficiaires (dont le nom
peut être cité ou non selon les cas).
- Conte : beaucoup de peuples sont friands de contes et très
réceptifs aux enseignements qui s'y trouvent contenus. En Afrique,
les adultes se souviennent volontiers de leur enfance au village et
des soirées-contes sous l'arbre à palabres. Contes d'animaux,
de créatures ordinaires ou fantastiques... L'efficacité
de la narration sera amplifiée par l'usage de techniques telles
que : mime, instrument de musique (tam-tam...), ombres chinoises, marionnettes,
marionnettes d'ombres (wayang goleh indonésien), déguisement,
objets...
- Pictogramme / Boîte à images : mode traditionnel
d'enseignement au Bénin, le pictogramme représente un
concept abstrait par un dessin très simple, qui laisse à
l'intelligence le soin d'en décrypter le message. Parce qu'il
stimule l'intelligence et parce qu'il est visuel, le pictogramme reste
facilement en mémoire . Facile à réaliser (un peu
de tissu ou de papier suffisent), les animateurs du programme d'ID au
Bénin représentent ainsi les messages-clés qu'ils
souhaitent véhiculer. Tout comme le pictogramme, la boite à
images est un outil spécialement adapté pour les populations
analphabètes. Les images, montrées en évidence
à tous les participants, sont passées les unes à
la suite des autres, à mesure que l'animateur explique les situations
et laisse l'auditoire poser des questions. Il est ensuite demandé
aux participants de résumer la causerie à partir des images
observées.
- Posters papier / posters interactifs / flannelographes : nous
avons remarqué l'importance des supports visuels. A Manille,
un dessinateur a réalisé des posters colorés pour
le programme, illustrant une bonne douzaine de sessions de formation.
Chaque agence possède un jeu de posters. En République
Dominicaine, un poster interactif a été réalisé
sur le thème de l'hygiène : les bénéficiaires
positionnent et déplacent des figurines autocollantes en fonction
de l'histoire . Le même principe est utilisé en Haïti
et au Malawi pour la prévention du sida, de la malaria ou des
maladies hydriques.
- Diapositives : Les diapositives s'avèrent généralement
plus pédagogiques qu'une vidéo : chaque image reste plus
longtemps à l'écran, permettant aux bénéficiaires
de réagir.
- Musique / Théâtre : à Cotonou ou à
Tananarive, il existe de nombreux groupes de jeunes dans les quartiers
offrant des prestation musicales ou théâtrales, souvent
de qualité. Il importe bien sur de vérifier tout au long
de la préparation que la pièce colle parfaitement avec
le message indiqué. En cas de succès, la troupe peut jouer
la pièce devant tous les groupes de bénéficiaires.
Il nous semble que le meilleur parti peut être tiré de
la pièce en préparant les bénéficiaires
avant le spectacle, et en les faisant réagir après.
- Saynète / Psychodrame : la saynète, ou le sketch,
est une petite pièce théâtrale comique. L'équipe
peut à travers la saynète traduire certaines réalités
de la vie quotidienne et sensibiliser les participants à un sujet
donné. Le psychodrame est une courte saynète au cours
de laquelle les acteurs cherchent à résoudre une situation
traumatisante ou à aborder une situation difficile.
- Théâtre populaire : instrument privilégié
de formation en Haïti, le théâtre populaire peut être
introduit dans les formations, selon les pays. Toutefois, comme il s'agit
de faire intervenir les participants dans le spectacle, deux préalables
paraissent nécessaires : ne pas utiliser cette technique dans
les premières formations (laisser aux participants le temps de
se connaître et de perdre la timidité du début),
et faire jouer des professionnels avant de former l'équipe. A
Manille, nous n'avons pu utiliser cette technique, car les bénéficiaires
sont plutôt timides et n'interviennent pas spontanément
dans ce type de pièce.
- Chants / Danse : à Manille, le goût très
prononcé des bénéficiaires pour les chants et danses
nous a conduit à y faire très souvent appel. Cela détend
l'atmosphère, offre une pause, souligne un message... Nous utilisons
aussi bien les chants traditionnels, que les comptines enfantines, les
chants mimés que des chants créés ou adaptés
par l'équipe. Trois agences ont spontanément composé
un chant (à message) chacune.
En Inde, les formations peuvent bénéficier de quelques-unes
des multiples danses et rondes traditionnelles de femmes.
- Jeux de rôle : faciles à mettre en uvre,
ils peuvent être joués par les animateurs ou par des participants.
Nous avons remarqué que cette technique vaut lorsque les participants
se connaissent bien les uns les autres, lorsqu'ils sont en confiance.
Un exemple de jeux de rôle sur le thème de la vente : un
client saoul face à une vendeuse qui essaye de s'en défaire,
un client malpoli ou exigeant face à une vendeuse affable et
conciliante, etc.
- Etudes de cas : la formation UPLiFT aux micro-entrepreneurs
est essentiellement composée, pour la partie ventes, d'études
de cas. Par exemple, l'histoire du commerçant Valério
dont les ventes commencent à décliner. Nous invitons les
participants à poser des questions, dire ce qu'ils feraient à
sa place, quelles sont les conséquences de tel choix, etc. Cette
technique nous paraît susceptible d'être utilisée
aussi pour les populations plus démunies, si des éléments
visuels rendent très concret le cas proposé.
- Partage d'expériences : les participants peuvent beaucoup
apprendre les uns des autres. Nous avons noté à Manille
que l'impact en est d'autant plus fort que l'atmosphère incite
aux confidences, que le partage est ciblé et relativement court.
Durant les formations, nous demandons régulièrement aux
participants quelles ont été leurs joies et leurs déceptions
dans la conduite de leur activité au cours de la semaine.
- Jeux : des dizaine de jeux existent, à la fois instructifs
et relaxants (le chapeau, le stylo qui passe de main en main, etc.).
Il appartient à chaque programme de se construire son répertoire
(on peut s'inspirer des jeux de société tels que jeu de
l'oie, " trivial pursuit ", monopoly...). UPLiFT a émaillé
le module de formations d'une quinzaine de jeux. Au Chili, le CEPAS
(l'un des partenaires d'IA juqu'en décembre 95) a développé
des jeux intéressants, en espagnol, pour des bénéficiaires
alphabétisés. Les jeux d'animation ou " dinámicas
" sont très utilisés dans les formations du Centre
de La Cabirma en République Dominicaine (cf. fiche
Eau & Assainissement 2.1.3. Les jeux d'animation ou dinámicas
)
- Provoquer les participants : créer artificiellement
des mini-conflits dans le groupe pour faire réagir les participants.
Cette méthode peut être très efficace (pour des
programmes qui octroient des prêts à des groupes solidaires
par exemple) ... à condition de savoir contrôler la situation
et ses effets induits.
- Quizz / Devinette / Charade : ces exercices stimulent l'intelligence
des participants (s'ils sont adaptés à leur niveau). Ils
permettent de faire attendre des participants, de leur offrir une pause,
de stimuler leur créativité 1. Les Philippins en sont
très friands. Nous avons fréquemment posé la devinette
du loup, la chèvre et du chou (cf. séminaire "Creativity",
de UPLiFT), des devinettes mathématiques visuelles (dessins géométriques)
5, etc.
- Jeux / concours : au cours de certaines animations, nous séparons
les participants par groupes de 4-5 personnes, mis en compétition.
Nous leur demandons selon les cas de faire la plus belle présentation
d'étalage, de réaliser la plus haute pile d'objets (cf.
séminaire "Creativity", UPLiFT), de choisir 3 objets
dans une série de 15 dessins d'objets loufoques pour vivre sur
une île déserte, etc. Le meilleur groupe est récompensé
par un petit cadeau. Ces jeux / concours permettent d'occuper manuellement
les participants et de les faire travailler par équipe. Ils permettent
également de leur faire prendre conscience d'une difficulté
particulière, qui sera expliquée et débattue après
le jeu 5.
Pour d'autres idées, voir le recueil "Outil et techniques
pédagogiques pour une formation participatives" de Vétérinaires
sans Frontières.
A Manille, le manuel du formateur a été traduit du tagalog
à l'anglais, à la demande de plusieurs programmes dans d'autres
pays. Les formations ont fourni au départ la matière première
du magazine économique NegoTips. Ce magazine illustré vise
à donner aux micro-entrepreneurs de l'économie informelle
des idées pratiques pour améliorer leur activité
économique et accroître leurs revenus. Toutefois, les animations
sont indissolublement liées à la culture locale (problèmes
spécifiques des bénéficiaires, manière de
présenter les idées, croyances et superstitions, folklore,
etc.) de sorte qu'il appartient à chaque programme de développer
son propre module (toutefois, la diffusion d'un module de formation peut
intéresser d'autres organismes du même pays ou d'autres pays
de même langue et de culture proche: Accion International a par
exemple imprimé des manuels de formation en espagnol diffusés
à tous les membres du réseau dans 13 pays d'Amérique
Latine).
Le "Manuel de Formation" du programme Crédit-Epargne
d'ID à Cotonou (doc
WORD zippé 220 Ko) détaille le contenu de chaque
thème traité en formation, ainsi que l'organisation pratique
et les outils pédagogiques utilisés
voir le sommaire du
Manuel de formation de Cotonou cf. URBAIN.3.3.20.

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* Paul Hibon a été
responsable du programme NBA de crédit productif à Manille,
depuis le lancement en 93 jusqu'en 95.

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