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PRATIQUES - agro. Diagnostic agro-économique
Hélène Leprovost et Clément Aupetitgendre*
Un diagnostic agro-économique a été réalisé à l'Est de la zone de Nathenje par Hélène Leprovost et Clément Aupetitgendre pour caractériser l'agriculture de la zone, identifier les besoins prioritaires des agriculteurs et les comparer au diagnostic réalisé en 1995 par Laurent et Elisabeth Mercat qui avait fixé les grandes lignes d'actions mises en uvre par les programmes agricoles d'Inter Aide depuis près de 10 ans (IA mène un programme agricole sur la zone voisine de Lilongwe-East depuis 1996 et dans le Sud dans la région de Zomba-Mayaka depuis 2003 (1)). Bref rappel historique : le protectorat britannique (1891) instaure un
système de taxes qui monétarise l'économie (auparavant,
les tributs d'allégeance aux chefs traditionnels étaient
payés en nature (2)) . Beaucoup
de personnes partent travailler dans les mines de Zambie et de Rodhésie
(3) tandis que les plus gros agriculteurs
commencent à se spécialiser dans la culture du maïs.
La culture du tabac se développe également et permet aux
chefs de s'enrichir. Après l'indépendance en 1966, la dictature
du président Banda renforce la spécialisation en maïs
et le tabac, en privilégiant les grandes exploitations au détriment
de la petite paysannerie et en favorisant 10 à 15% de " paysans
modèles " bénéficiant de prêts d'engrais.
Un cycle de paupérisation commence : la pression foncière
augmentant (morcellement des parcelles lors des héritages) les
paysans commencent à déboiser (arbres et légumineuses
poussant dans les champs). Aujourd'hui, la surface cultivée en maïs a baissé
(de 80% à 56%) et il est de plus en plus associé à
des légumineuses (haricots, soja) et curcubitacées. La taille moyenne du terrain agricole sur la zone étu-diée est de 3 acres (contre 1,3 à 1,5 sur la zone où Inter Aide travaille (4)). 25% de la population de la zone a une surface cultivable inférieure à 1,5 acre et 25% une surface supérieure à 4 acres. L'étude propose une typologie d'agriculteurs en 5 catégories : 1. les femmes sans terre : 8 à 10 mois de déficit ali-mentaire.
Leur revenu dépend du salariat agricole. Le seuil de pauvreté se situe entre les niveaux 3 et 4. Plus de la moitié des agriculteurs vivent en dessous du seuil de survie (155 € / an) et 75% vivent en-dessous du seuil de pauvreté (570 € / an (5)) . Dans les bas-fonds sont cultivés le maïs vert et la patate douce. Les " gros exploitants " y font aussi du choux, de la carotte et des pommes de terre, Les " très gros exploitants " y cultivent ce qui rapporte le plus : la patate douce, le manioc et le tabac. Les bas-fonds sont théoriquement communautaires mais un projet de loi est en cours sur la propriété de la terre. Les plus riches sont en train de les accaparer à travers un sys-tème de location avant que l'État n'intervienne. Les agriculteurs peuvent s'enrichir à partir du moment où ils sont en mesure de diversifier leur production. Mais pour ce faire, il faut déjà être suffisamment riche. L'enjeu principal d'une action agricole serait donc de redonner aux petits agriculteurs les moyens de diversifier. L'étude propose quelques pistes : - augmenter la production de maïs par surface, pour dégager
de la surface pour la diversification. Pour faciliter la sélection des bénéficiaires, l'étude propose de concevoir des " packages " qui correspondent aux différentes catégories d'exploitants sans exclure les " riches " ni les pauvres (par exemple le package " jardin de case " proposé par le programme de nutrition / suivi familial mené par Catherine Boucquey intéresse forcément les familles les plus pauvres). Un suivi rapproché impliquera sans doute de restreindre dans un premier temps le nombre de bénéficiaires. L'étude menée lors de ce diagnostic sur la zone de Nathenje (non touchée par le projet agro d'Inter Aide) montre que sur la période 1995-2004 les riches se sont enrichis et les pauvres se sont appauvris. Selon l'étude d'impact menée sur un petit échantillon d'agriculteurs de la zone du projet, il semblerait que la tendance soit la même mais que l'écart est atténué . Sur la zone du projet (Lilongwe-East), l'impact a été étudié par activités en incluant la perception des agriculteurs : - l'impact de l'agroforesterie est jugé positif à
très positif par les bénéficiaires à qui cette
action fournit une épargne à moyen (2 à 3 ans) et
long terme. La capacité d'élargissement est forte comme
le montre l'effet " tache d'huile " : des villages non touchés
par le projet ont démarré leurs propres pépinières
(car le gouvernement fournit le matériel gratuitement). - Elevage avicole (introduction de poules mikolongwe de race améliorée) : la limite de cette action est la revente immédiate et le non renouvellement de l'élevage en cas de mortalité. L'impact à moyen terme peut être positif si les familles investissent suffisamment : cette action peut donc concerner les familles de type 4 et 5. - Banque de semences : c'est l'activité qui fonctionne le mieux. Elle a un large impact et est en bonne voie d'appropriation par les membres. - Intensification des bas-fonds : c'est une activité à développer car elle peut bénéficier à toutes les familles qui ont accès aux bas-fonds (2 d, 3, 4 et 5), ce qui n'est malheureusement pas le cas de la majorité d'entre elles. Sources : présentation résumée du diagnostic agro-économique de la zone de Nathenje, 2004, Nouvelles d'Ailleurs n°15 L'étude diagnostique (synthèse + étude complète)
est à la disposition des membres de Pratiques sur demande. Notes : Vous pouvez donner VOTRE AVIS, faire part de vos idées et suggestions, par mail ou sur le forum. Merci ! * Hélène Leprovost et Clément Aupetitgendre ont mené cette étude agricole pour Inter Aide dans le cadre de leur année de spécialisation à l'Institut national agronomique Paris-Grignon.
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