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PRATIQUES - eau et assainissement - E&A- 2.2.1.
Élisabeth Arangaray* Introduction
L'ambition de cette série d'animation est de sensibiliser une population donnée à l'importance et à la réalisation de latrines. Elle aussi l'occasion d'élargir le sujet à l'hygiène en général. Cotte série se déroule en 9 étape. Principales suivant un processus chronologique. Celui-ci débute par une demande écrite adressée au projet Inter Aide et se termine par l'étude de la construction d'une deuxième latrine par la famille elle-même. Entre ces deux étapes, la famille a assisté et participé aux différentes animations qui ont occasionné de nombreuses rencontres et à la construction même de sa première latrine. Ce contact régulier établi avec les familles participantes et qui s'installe sur plusieurs mois me semble très important car il permet d'instaurer confiance et dialogue, et au bout du compte, une bonne appropriation de ce travail. Il faut cependant préciser que ces techniques ont été mises en oeuvre et testées dans un contexte particulier. En effet, le programme de latrines à Bainet n'a commencé que très tard dans l'histoire du programme hydraulique, c'est-à-dire deux ans avant la fermeture définitive de ce dernier. On peut dire qu'il ne s'agit pas d'un programme à part entière, mais plutôt d'un moyen d'accompagner, de renforcer les effort consentis au niveau de l'hygiène et de l'eau potable. De plus cela permet d'élargir le sujet, de l'hygiène familiale à la santé en général. Ainsi, le public visé est celui des comités sources inscrits au Sepotab (Service d'Entretien d'Eau Potable de Bainet). Au sein de ces comités, nous avons sélectionné ceux qui montraient la plus forte implication dans le système d'entretien (rassemblement des utilisateurs autour du problème de l'eau, cotisations régulières, entretien régulier de leur ouvrage). Cette sélection représente donc dans le cas de Bainet, un point important mais qui s'avère aussi chronophage. En effet, le travail d'animation entrepris avec plus de la moitié des comités n'a pas abouti à la construction de latrines. Comme certains comités membre du Service d'Entretien, encore très jeune, n'ayant pas bien compris les efforts qu'implique un bon entretien du point d'eau, nous avons toujours pris soin d'intégrer le sujet de l'entretien aux animations, et de rappeler ce sujet lors des différentes rencontres. Ceux d'entre eux qui n'ont pas su s'organiser suffisamment rapidement n'ont pas vu leur demande de latrines satisfaite. Par ailleurs, au cours des 15 mois de leur élaboration, ces documents ont subi de nombreuses modifications nées de l'expérience et des besoins exprimés sur le terrain. Ainsi la dernière animation (expliquant comment la famille bénéficiaire pourra construire par ses propre moyens une autre latrine lorsque la première sera pleine) n'a pu être véritablement testée. Aucunes latrines n'ayant été remplie dans le laps de temps imparti, nous ne savons pas si ce document sera effectivement mis à profit pour la construction des secondes latrines. Voyons maintenant comment s'enchaîne le processus d'animation. Cette première étape consiste pour le comité source
à faire une demande écrite à Inter Aide sous forme
de mini projet. Afin de susciter une véritable réflexion
auprès des demandeurs, un guide de présentation du projet
et une formation sur le sujet ont été donnés aux
comités intéressés. Par la suite, de nombreux entretiens
individuels ont complété ce travail. Étape n° 2 : prise de contact
et énoncé des conditions du projet IA Une première réunion formelle est réalisée par l'animateur de la zone alors que d'autres rencontres, plus informelles, ont déjà eu lieu entre certaines personnes et l'animateur. Ces personnes sont pour la plupart du temps, des membres du Bureau du Comité (président, secrétaire, trésorier, conseiller) ou bien des leaders de leur zone lorsque la demande n'émane pas d'un comité source. Il s'agit lors de cette réunion, de prendre contact avec les membres du comité que le projet intéresse, mais aussi de faire connaître celui-ci à ceux qui n'en avait pas entendu parler. L'animateur informe les personnes présentes des conditions posées par le projet Inter Aide permettant de bénéficier d'un appui pour la construction de latrines. Ces conditions sont :
Au cours de cette réunion, l'animateur évalue approximativement la motivation des personnes présentes (nombres de personnes, participation, questions, réactions). A l'énoncé des conditions, le public réagit peu en général. En fait on observe deux sortes de sélection qui s'opèrent automatiquement :
Ainsi et dans tous les cas, jusqu'à 1/3 des personnes présentes lors de cette prise de contact abandonnera. Étape n° 3 : animation sur
la contamination et les moyens de l'éviter C'est la première animation avec ( Pour aider l'animateur, il dispose pour chaque animation du petit document écrit en créole qui lui permet de ne pas oublier les idées importantes. Y sont inscrits, au moment où il doit les présenter, le numéro et le titre du dessin correspondant qu'il retrouve aussi au dos de chaque dessin. Il peut s'y référer tout au long de son intervention. Cette animation se déroule en deux temps :
Étape n° 4 : animation technique
et organisation. Cette étape se décompose aussi en deux parties. Dans un premier temps il s'agit de montrer aux futurs bénéficiaires comment seront faites les latrines individuelles, de quels éléments elles sont constituées, leur utilité, la manière dont ils seront assemblés, pourquoi. L'objectif est de montrer que le maximum est fait pour éviter le contact entre les utilisateurs et les microbes. Dans un deuxième temps, on expose le déroulement pratique
du chantier, en insistant sur la nécessité de s'organiser.
En général, la participation du public est importante et constructive. Étape n° 5 : localisation de
la future latrine Chaque maison est visitée par l'animateur qui envisage l'endroit le mieux situé pour accueillir les latrines individuelles. Ceci est réalisé avec le maître de maison et à partir de ses propres suggestions. Le problème le plus souvent rencontré est le manque d'espace qui oblige alors à une localisation assez proche de la maison. Étape n° 6 : signature du contrat
Ce moment est important dans le processus d'animation car il formalise l'engagement qui n'est pas encore effectif et valorise (tant pour nous que pour la population concernée) le temps passé en réunion. On commence par rappeler les conditions de construction
de latrines par un membre du comité, futur bénéficiaire. Lorsque la discussion sur le contrat est terminé, que tout le monde y adhère, on établit le calendrier de chantier. Avec le boss et le comité, une date qui convient à tous est choisie pour débuter le travail. A partir de là, on procède par proximité des maisons pour faciliter les déplacements du boss et de son matériel plutôt encombrant (moules). Une date est alors assignée à chaque famille où elle recevra le boss qui va couler dans le béton les différents éléments de la latrines. Ce calendrier sera soumis à variations selon la rapidité d'exécution du boss. Cela fait, on procède à la signature du contrat. Un représentant de chacune des familles vient déposer sa participation financière (100 gourdes haïtiennes) et signe deux exemplaires du contrat, une qui sera remise au comité, l'autre au projet Inter Aide. Il faut à présent résoudre la question du transport des matériaux fournis par le projet IA. C'est le comité source qui doit trouver un chauffeur, négocier le prix et organiser le transport et la réception des matériaux pour chaque famille. Les bénéficiaires donnent alors leur participation au coût du transport à hauteur de 200 GH pour le comité. Le dernier point de discussion concerne le choix d'un manuvre de la localité (il s'agit souvent d'un bénéficiaire) qui secondera le boss maçon. Intégrant ainsi la méthode de construction, il sera par la suite plus à même de construire une autre latrine lorsque la première sera pleine (avec l'aide du guide conçu pour cela). Le manoeuvre est sous l'entière responsabilité du boss maçon qui négocie et le rémunère lui-même. Cette réunion dure en général entre 3 et 4 heures, ce qui est long mais ne semble pas poser de difficulté. En effet, concrétisant une "promesse" qui s'est fait attendre, elle est bien acceptée.
Étape n° 7 : animation sur
l'utilisation et l'entretien des latrines Cette animation se fait de préférence vers la fin du chantier mais avant que le boss n'ait fini son travail. On bénéficie ainsi de la motivation, de l'engagement récent des bénéficiaires. On essaie de réaliser cette réunion chez l'un d'eux. L'animateur peut alors se "mettre en situation" et mimer la position, la manière de nettoyer la latrine. Cela fait rire et, on le souhaite, marque d'avantage les esprits... A la fin de la séance, une fiche récapitulative "Ki jan pou nou sèvi ak latrin" (voir fiche illustrée noir et blanc qui se trouve en fin d'animation n° 3 étape n° 7) qui sera affichée sur la porte de la latrine, est remise à chaque famille bénéficiaire. Lorsque le boss maçon aura fini de sceller les différents éléments dans chaque maison, il restera aux familles un mois pour construire la petite "kay" (abri) si elles veulent recevoir deux feuilles de tôle pour la couvrir. Ceci s'avère un moteur efficace pour accélérer cette dernière étape de la construction. Étape n° 8: contrôle
des petites "kay" (abris) L'animateur parcourt la zone d'intervention pour vérifier que les abris ont effectivement été faits. Une date prévue au préalable est communiquée pour que ceux qui en bénéficieront aillent à Bainet chercher leurs feuilles de tôle. Étape n° 9: animation pour
faire une autre latrine: Cette animation vise à permettre à tous les bénéficiaires
de construire, par leurs propres moyens, une nouvelle latrine lorsque
la première sera inutilisable. Le but est de réutiliser
le maximum des éléments constituant la première pour
un coût moindre (dalle, siège, tuyau, planches de la petite
kay, tôles). D'après les essais que nous en avons fait, le document semble suffisamment clair. Mais nous n'avons pu le tester dans les faits c'est-à-dire lors de la construction de la seconde latrine elle-même, l'occasion ne s'étant pas présentée. Deux exemplaires de ce document sont confiées aux personnes les plus sérieuses du comité (il s'agit souvent du président, secrétaire ou trésorier) ainsi qu'à l'animateur de la zone. De plus, un jeu de moules ayant permis ces constructions reste à la disposition des comités au bons soins du Sepotab à Bainet. Pour conclure je dirais que l'utilisation de ces outils d'animation exige
une bonne maîtrise des techniques d'animation de la part de l'animateur.
Il doit être capable de provoquer réflexion, questions et
réponses de la part de son auditoire, sans succomber à la
tentation, forte de "déballer" son savoir. Élisabeth Arangaray * Joël Delsaart a été
responsable du programme hydraulique de Bainet de juillet 98 jusqu'en
janvier 2000. Élisabeth Arangaray, sa compagne, a travaillé
sur l'animation, notamment en réalisant ce matériel pédagogique.
A partir de 2000, le service d'entretien hydraulique de Bainet était
en place pour gérer entretien, réparations et d'éventuelles
nouvelles constructions, sous la supervision de l'association haïtienne
Concert-Action.
En savoir plus : (Voir aussi la bibli'eau et la page de liens ) les illustrations sont inspirées de: Le point d'eau au village: manuel de formation des formateurs villageois CINAM, Ministère de la Coopération (épuisé) D'autres idées
et outils intéressants sont détaillés dans le manuel
" Outils et techniques pédagogiques pour une formation
participative " 1994 (58 p.) de Vétérinaires Sans
Frontières. (copie disponible au relais IA à Port-au-Prince
; ou à commander auprès de VSF,
A lire aussi : (Voir aussi la bibli'eau et la page de liens )
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