PRATIQUES - eau et assainissement - E&A- 2.2.1.

PROCESSUS D'ANIMATION RELATIF à LA CONSTRUCTION DE LATRINES Programme hydraulique de BAINET - HAÏTI

Élisabeth Arangaray*
Haïti 2000- mise en ligne mars 2005

Introduction
Les neuf étapes de l'animation pour la promotion et la construction de latrines

  1. demande écrite de la population
  2. prise de contact et présentation des conditions de collaboration du programme
  3. animation sur la contamination et les moyens de l'éviter ( illustrations)
  4. animation technique et organisation
  5. localisation de la future latrine
  6. signature du contrat et calendrier de chantier
  7. animation sur l'utilisation et l'entretien de la latrine ( illustrations)
  8. contrôle par l'animateur de la construction des abris
  9. animation pour la construction d'une seconde latrine

Pour aller plus loin: éléments bibliograhiques
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Introduction

L'ambition de cette série d'animation est de sensibiliser une population donnée à l'importance et à la réalisation de latrines. Elle aussi l'occasion d'élargir le sujet à l'hygiène en général. Cotte série se déroule en 9 étape. Principales suivant un processus chronologique. Celui-ci débute par une demande écrite adressée au projet Inter Aide et se termine par l'étude de la construction d'une deuxième latrine par la famille elle-même.

Entre ces deux étapes, la famille a assisté et participé aux différentes animations qui ont occasionné de nombreuses rencontres et à la construction même de sa première latrine. Ce contact régulier établi avec les familles participantes et qui s'installe sur plusieurs mois me semble très important car il permet d'instaurer confiance et dialogue, et au bout du compte, une bonne appropriation de ce travail.

Il faut cependant préciser que ces techniques ont été mises en oeuvre et testées dans un contexte particulier. En effet, le programme de latrines à Bainet n'a commencé que très tard dans l'histoire du programme hydraulique, c'est-à-dire deux ans avant la fermeture définitive de ce dernier. On peut dire qu'il ne s'agit pas d'un programme à part entière, mais plutôt d'un moyen d'accompagner, de renforcer les effort consentis au niveau de l'hygiène et de l'eau potable. De plus cela permet d'élargir le sujet, de l'hygiène familiale à la santé en général.

Ainsi, le public visé est celui des comités sources inscrits au Sepotab (Service d'Entretien d'Eau Potable de Bainet). Au sein de ces comités, nous avons sélectionné ceux qui montraient la plus forte implication dans le système d'entretien (rassemblement des utilisateurs autour du problème de l'eau, cotisations régulières, entretien régulier de leur ouvrage).

Cette sélection représente donc dans le cas de Bainet, un point important mais qui s'avère aussi chronophage. En effet, le travail d'animation entrepris avec plus de la moitié des comités n'a pas abouti à la construction de latrines.

Comme certains comités membre du Service d'Entretien, encore très jeune, n'ayant pas bien compris les efforts qu'implique un bon entretien du point d'eau, nous avons toujours pris soin d'intégrer le sujet de l'entretien aux animations, et de rappeler ce sujet lors des différentes rencontres. Ceux d'entre eux qui n'ont pas su s'organiser suffisamment rapidement n'ont pas vu leur demande de latrines satisfaite.

Par ailleurs, au cours des 15 mois de leur élaboration, ces documents ont subi de nombreuses modifications nées de l'expérience et des besoins exprimés sur le terrain.

Ainsi la dernière animation (expliquant comment la famille bénéficiaire pourra construire par ses propre moyens une autre latrine lorsque la première sera pleine) n'a pu être véritablement testée. Aucunes latrines n'ayant été remplie dans le laps de temps imparti, nous ne savons pas si ce document sera effectivement mis à profit pour la construction des secondes latrines.

Voyons maintenant comment s'enchaîne le processus d'animation.

Étape n° 1 : demande écrite

Cette première étape consiste pour le comité source à faire une demande écrite à Inter Aide sous forme de mini projet. Afin de susciter une véritable réflexion auprès des demandeurs, un guide de présentation du projet et une formation sur le sujet ont été donnés aux comités intéressés. Par la suite, de nombreux entretiens individuels ont complété ce travail.
Cependant l'aide non conditionnelle apportés par certains organismes étrangers aux populations locales, et l'illettrisme font de ce type de réflexion un exercice difficile et qui aurait nécessité beaucoup plus de temps.

Étape n° 2 : prise de contact et énoncé des conditions du projet IA

Une première réunion formelle est réalisée par l'animateur de la zone alors que d'autres rencontres, plus informelles, ont déjà eu lieu entre certaines personnes et l'animateur. Ces personnes sont pour la plupart du temps, des membres du Bureau du Comité (président, secrétaire, trésorier, conseiller) ou bien des leaders de leur zone lorsque la demande n'émane pas d'un comité source.

Il s'agit lors de cette réunion, de prendre contact avec les membres du comité que le projet intéresse, mais aussi de faire connaître celui-ci à ceux qui n'en avait pas entendu parler.

L'animateur informe les personnes présentes des conditions posées par le projet Inter Aide permettant de bénéficier d'un appui pour la construction de latrines. Ces conditions sont :

  • une forte implication du comité dans la maintenance de son ouvrage hydraulique,
  • réunion et cotisations régulières des membres,
  • puis, concernant les latrines elles-mêmes : forte participation des familles, financière, matérielle et en main d 'oeuvre

Au cours de cette réunion, l'animateur évalue approximativement la motivation des personnes présentes (nombres de personnes, participation, questions, réactions).

A l'énoncé des conditions, le public réagit peu en général. En fait on observe deux sortes de sélection qui s'opèrent automatiquement :

  1. les personnes n'ayant pas les moyens d'apporter la participation demandée ainsi que certaines autres qui n'admettent pas qu'on ne donne pas tout (cela arrive) se retirent.
  2. Les leaders du comité écartent rapidement les membres qui participent peu aux activités, aux efforts du comités, et cherchent à faire bénéficier les membres les plus actifs. Un système d'entraide est parfois mis en place pour permettre à un membre actif mais qui n'a pas les moyens, d'accéder au projet latrines.

Ainsi et dans tous les cas, jusqu'à 1/3 des personnes présentes lors de cette prise de contact abandonnera.

Étape n° 3 : animation sur la contamination et les moyens de l'éviter

C'est la première animation avec ( illustrations)

Pour aider l'animateur, il dispose pour chaque animation du petit document écrit en créole qui lui permet de ne pas oublier les idées importantes. Y sont inscrits, au moment où il doit les présenter, le numéro et le titre du dessin correspondant qu'il retrouve aussi au dos de chaque dessin. Il peut s'y référer tout au long de son intervention.

Cette animation se déroule en deux temps :

  1. Série sur la contamination de l'eau ( illustrations)
    Chacun des dessins est présenté l'un après l'autre dans l'ordre chronologique et positionné en cercle sur le panneau de toile (flannelographe).
    L'animateur laisse le public les déchiffrer en favorisant la prise de parole et les échanges d'idées entre le maximum de personnes. Il guide l'interprétation des dessins par des questions . Lorsque les 5 images ont été lues et déchiffrées, une personne du public récapitule ce qui a été dit. Ceci est fait plusieurs fois si nécessaire, de manière à bien mettre en évidence le lien entre chacune, et à reconstituer l'histoire représentée.
  2. Série sur les moyens d'éviter les maladies ( illustrations):
    Après cela l'animateur demande au public : "Que peut-on faire pour éviter que les gens ne deviennent malades à cause des microbes ?"
    C'est le public qui apporte les réponses. S'il n'y arrive pas, l'animateur suggère des situations favorables à la contamination pour l'aider. A chaque bonne réponse, le dessin correspondant est affiché sur le flannelographe, la situation est discutée, expliquée, précisée.

Étape n° 4 : animation technique et organisation.

Cette étape se décompose aussi en deux parties.

Dans un premier temps il s'agit de montrer aux futurs bénéficiaires comment seront faites les latrines individuelles, de quels éléments elles sont constituées, leur utilité, la manière dont ils seront assemblés, pourquoi. L'objectif est de montrer que le maximum est fait pour éviter le contact entre les utilisateurs et les microbes.

Dans un deuxième temps, on expose le déroulement pratique du chantier, en insistant sur la nécessité de s'organiser.
Les différentes étapes du travail sont décortiquées et illustrées par des photos couleurs. Cela permet de bien mettre en évidence quelle sera la part de travail de chacun des acteurs: la famille bénéficiaire, le boss (maçon), le projet Inter Aide

En général, la participation du public est importante et constructive.

Étape n° 5 : localisation de la future latrine

Chaque maison est visitée par l'animateur qui envisage l'endroit le mieux situé pour accueillir les latrines individuelles. Ceci est réalisé avec le maître de maison et à partir de ses propres suggestions. Le problème le plus souvent rencontré est le manque d'espace qui oblige alors à une localisation assez proche de la maison.

Étape n° 6 : signature du contrat

Ce moment est important dans le processus d'animation car il formalise l'engagement qui n'est pas encore effectif et valorise (tant pour nous que pour la population concernée) le temps passé en réunion.

On commence par rappeler les conditions de construction de latrines par un membre du comité, futur bénéficiaire.
Puis le boss maçon qui effectuera le travail est présenté à l'assistance. Selon la demande, l'animateur fait un rappel sur le déroulement du chantier, rappel souvent réclamé.
Il passe ensuite à la lecture du contrat. A la fin de chaque article, la parole est donnée aux membres du comité afin de ne pas laisser de zones d'ombre.

Lorsque la discussion sur le contrat est terminé, que tout le monde y adhère, on établit le calendrier de chantier.

Avec le boss et le comité, une date qui convient à tous est choisie pour débuter le travail. A partir de là, on procède par proximité des maisons pour faciliter les déplacements du boss et de son matériel plutôt encombrant (moules). Une date est alors assignée à chaque famille où elle recevra le boss qui va couler dans le béton les différents éléments de la latrines. Ce calendrier sera soumis à variations selon la rapidité d'exécution du boss.

Cela fait, on procède à la signature du contrat. Un représentant de chacune des familles vient déposer sa participation financière (100 gourdes haïtiennes) et signe deux exemplaires du contrat, une qui sera remise au comité, l'autre au projet Inter Aide.

Il faut à présent résoudre la question du transport des matériaux fournis par le projet IA. C'est le comité source qui doit trouver un chauffeur, négocier le prix et organiser le transport et la réception des matériaux pour chaque famille. Les bénéficiaires donnent alors leur participation au coût du transport à hauteur de 200 GH pour le comité.

Le dernier point de discussion concerne le choix d'un manœuvre de la localité (il s'agit souvent d'un bénéficiaire) qui secondera le boss maçon. Intégrant ainsi la méthode de construction, il sera par la suite plus à même de construire une autre latrine lorsque la première sera pleine (avec l'aide du guide conçu pour cela). Le manoeuvre est sous l'entière responsabilité du boss maçon qui négocie et le rémunère lui-même.

Cette réunion dure en général entre 3 et 4 heures, ce qui est long mais ne semble pas poser de difficulté. En effet, concrétisant une "promesse" qui s'est fait attendre, elle est bien acceptée.

Sur la construction des latrines, voir dans la section EAU / Techniques : pose de sanplats à Manakara (document power point); fiche E&A-1.7.1 Latrines La Cabirma (format html ou pdf), fiche E&A-1.7.2. Latrines scolaires au Malawi (format pdf)

Étape n° 7 : animation sur l'utilisation et l'entretien des latrines illustrations.

Cette animation se fait de préférence vers la fin du chantier mais avant que le boss n'ait fini son travail. On bénéficie ainsi de la motivation, de l'engagement récent des bénéficiaires. On essaie de réaliser cette réunion chez l'un d'eux. L'animateur peut alors se "mettre en situation" et mimer la position, la manière de nettoyer la latrine. Cela fait rire et, on le souhaite, marque d'avantage les esprits...

A la fin de la séance, une fiche récapitulative "Ki jan pou nou sèvi ak latrin" (voir fiche illustrée noir et blanc qui se trouve en fin d'animation n° 3 étape n° 7) qui sera affichée sur la porte de la latrine, est remise à chaque famille bénéficiaire.

Lorsque le boss maçon aura fini de sceller les différents éléments dans chaque maison, il restera aux familles un mois pour construire la petite "kay" (abri) si elles veulent recevoir deux feuilles de tôle pour la couvrir. Ceci s'avère un moteur efficace pour accélérer cette dernière étape de la construction.

Étape n° 8: contrôle des petites "kay" (abris)

L'animateur parcourt la zone d'intervention pour vérifier que les abris ont effectivement été faits. Une date prévue au préalable est communiquée pour que ceux qui en bénéficieront aillent à Bainet chercher leurs feuilles de tôle.

Étape n° 9: animation pour faire une autre latrine:

Cette animation vise à permettre à tous les bénéficiaires de construire, par leurs propres moyens, une nouvelle latrine lorsque la première sera inutilisable. Le but est de réutiliser le maximum des éléments constituant la première pour un coût moindre (dalle, siège, tuyau, planches de la petite kay, tôles).
La difficulté réside donc dans le respect des dimensions de la fondation. Si celle-ci n'est pas bien réalisée, la dalle et le siège ne pourront pas resservir.

D'après les essais que nous en avons fait, le document semble suffisamment clair. Mais nous n'avons pu le tester dans les faits c'est-à-dire lors de la construction de la seconde latrine elle-même, l'occasion ne s'étant pas présentée.

Deux exemplaires de ce document sont confiées aux personnes les plus sérieuses du comité (il s'agit souvent du président, secrétaire ou trésorier) ainsi qu'à l'animateur de la zone.

De plus, un jeu de moules ayant permis ces constructions reste à la disposition des comités au bons soins du Sepotab à Bainet.

Conclusion

Pour conclure je dirais que l'utilisation de ces outils d'animation exige une bonne maîtrise des techniques d'animation de la part de l'animateur. Il doit être capable de provoquer réflexion, questions et réponses de la part de son auditoire, sans succomber à la tentation, forte de "déballer" son savoir.
Ceci semble tout à fait évident, mais ne l'est pas forcément avec des animateurs qui sont issus du milieu rural haïtien, qui n'ont parfois reçu en animation que des formations courtes, spécifiques et de façon irrégulière.

Élisabeth Arangaray


* Joël Delsaart a été responsable du programme hydraulique de Bainet de juillet 98 jusqu'en janvier 2000. Élisabeth Arangaray, sa compagne, a travaillé sur l'animation, notamment en réalisant ce matériel pédagogique. A partir de 2000, le service d'entretien hydraulique de Bainet était en place pour gérer entretien, réparations et d'éventuelles nouvelles constructions, sous la supervision de l'association haïtienne Concert-Action.

Copie couleur des illustrations à la disposition des membres de Pratiques sur demande

Sur la prévention des diarrhées, voir aussi La fiche E&A-2.1.5 "microbes" du programme Eau de Manakara (Madagascar), la fiche SANTE-1.1.9 sur la prévention des diarrhées et le jeu de cartes et le jeu de dominos mis au point par le programme santé de Manakara.
Sur l'animation latrines, voir aussi le protocole d'Animation du programme Eau de Tuchila au Malawi (format pdf)
Sur la construction des latrines, voir dans la section EAU / Techniques : pose de sanplats à Manakara (document power point); fiche E&A-1.7.1 Latrines La Cabirma (format html ou pdf), fiche E&A-1.7.2. Latrines scolaires au Malawi (format pdf)

En savoir plus : (Voir aussi la bibli'eau et la page de liens )

les illustrations sont inspirées de: Le point d'eau au village: manuel de formation des formateurs villageois CINAM, Ministère de la Coopération (épuisé)

D'autres idées et outils intéressants sont détaillés dans le manuel " Outils et techniques pédagogiques pour une formation participative " 1994 (58 p.) de Vétérinaires Sans Frontières. (copie disponible au relais IA à Port-au-Prince ; ou à commander auprès de VSF,
ainsi que dans: How to make and use visual Aids, Distribution TALC, Ed. Heineman, VSO

A lire aussi :
"Amazi" Fiche de l'animateur, Inades Rwanda (71 pages) : la partie animation et très intéressante très "pratiques" (D.du Portal, CdS Madagascar rural)
Making the Links : guidelines for hygiene education in community water-supply and sanitation, IRC occasional papers Series n°5, M.T.Boot, 1984 (82 p.): bien fait, à recommander du point de vue de l'animation (D.du Portal) Bien pour les programmes d'assainissement en milieu urbain aussi, très digeste, pas trop technique, peut être utilisé pour une formation de base des accompagnatrices familiales et les éducateurs de rue. (J-L. Bellut, Lingap, Philippines)
Le captage de source, AFVP / GRET 1987, chapitre sur l'animation (p. 24 à 31)

(Voir aussi la bibli'eau et la page de liens )

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AVIS IMPORTANT

Les fiches et récits d'expériences "Pratiques" sont diffusés dans le cadre du réseau d'échanges d'idées et de méthodes entre les ONG signataires de la "charte Inter Aide".
Il est important de souligner que ces fiches ne sont pas normatives et ne prétendent en aucun cas "dire ce qu'il faudrait faire"; elles se contentent de présenter des expériences qui ont donné des résultats intéressants dans le contexte où elles ont été menées.
Les auteurs de "Pratiques" ne voient aucun inconvénient, au contraire, à ce que ces fiches soient reproduites à la condition expresse que les informations qu'elles contiennent soient données intégralement y compris cet avis .

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