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PRATIQUES - eau et assainissement - 2.1.5. animation préalable à Manakara
1. Préambule
L'objectif d'un programme d'Accès à l'Eau Potable (AEP) est de permettre aux communautés bénéficiaires d'accéder à de l'eau de qualité, en quantité suffisante, dans le but d'améliorer de manière durable leurs conditions de vie et d'hygiène. L'amélioration de l'accès à l'eau potable se fait par la construction d'un puits ou d'une adduction gravitaire. Cette amélioration doit être associée à d'autres interventions en matière d'hygiène et d'assainissement (promotion de latrines semi-familiales, éducation à l'hygiène ). L'animation préalable a pour objectif principal l'émergence d'un véritable projet d'accès à l'eau et à l'assainissement pour la communauté. La communauté villageoise doit vraiment se positionner en véritable maître d'ouvrage et le projet doit donc être perçu comme un prestataire de service ou un "facilitateur". Il est donc essentiel que les futurs usagers participent activement à la construction de l'ouvrage en fonction de leurs propres possibilités. La participation communautaire est une garantie de pérennité parce qu'elle permet l'appropriation de l'ouvrage par les membres de la communauté villageoise. Cf. également sur ce thème les Fiches E&A-2.1.1 et E&A-2.1.2
L'animation préalable d'un village se fait à travers 12 étapes présentées ci dessous et décrites une à une par la suite.
Le programme base son intervention sur un principe de réponse à une demande villageoise exprimée. Pour cette raison c'est seulement suite à la réception d'une demande écrite venant de la communauté que démarre formellement le processus d'animation pour l'amélioration de l'accès à l'eau potable dans un village. Ce pré-requis concernant la demande écrite peut évidemment être expliqué lors d'une première visite "informelle" notamment lors d'une prospection ou au cours de l'intervention d'un autre programme d'Inter Aide dans ce même village. Cette demande écrite restera ensuite aux mains de l'animateur tout au long de l'animation pour bien prouver que l'intervention correspond à un besoin exprimé par la communauté et non à une obligation du projet (vis à vis de ses financeurs par exemple). Les signataires de la demande écrite sont généralement les notables, les représentants administratifs (maire de la commune, PCLS, ) et certains leaders du village.
Suite à la réception de la demande, l'animateur s'assure
que cette demande est connue de tous (et pas seulement de quelques notables)
et que ce qui y est formulé correspond bien au souhait de la majeure
partie de la communauté. 2.3. Les visites d'explication de la
méthode d'intervention. C'est seulement après cette première réunion que l'on pourra véritablement expliquer les conditions d'une éventuelle collaboration du projet. L'animateur insistera notamment sur les aspects suivants :
Ces différents aspects doivent être bien expliqués à tous les membres de la communauté et c'est donc pour cela qu'il n'est pas inutile de réaliser plusieurs réunions de ce genre afin qu'un maximum de villageois soient au courant des règles de la collaboration avec le programme. Si l'on organise plusieurs réunions de ce style, il est important de suivre l'évolution du nombre de participants et de voir si les différents groupes sociaux sont bien représentés (les femmes, les jeunes ). L'animateur visitera chaque famille du village pour : Ø être connu de tous et si possible gagner la confiance
et la sympathie des habitants ; Ces visites doivent être effectuées de manière exhaustive
(chaque famille du village doit être visitée séparément).
La visite domiciliaire est un travail qui peut paraître long et
fastidieux mais cela permettra ensuite de gagner du temps lors de l'organisation
du village, lors de la réalisation de l'ouvrage et même lors
du suivi post-ouvrage.
Une étude de faisabilité technique est réalisée avant chaque construction. Elle prend en compte de nombreux paramètres (topographie des lieux, type de sources existantes, nombre de bénéficiaires, débit d'approvisionnement nécessaire, situations des différents éléments de l'ouvrage, des latrines ) afin de trouver la solution technique la plus appropriée répondant de manière optimale et au moindre coût aux besoins des villageois (adduction gravitaire avec ou sans citernes, puits...). La visite technique se fait généralement au même moment que les visites domiciliaires. Il y a lieu à ce sujet d'arriver à un accord de l'ensemble des villageois sur l'appartenance du terrain (source, chemin de l'adduction, bornes fontaines), sur le choix de la source et sur le positionnement de la ou des bornes fontaines. Lors de la visite et durant la marche, il est intéressant d'écouter les commentaires souvent instructifs des villageois. On invitera les femmes à s'exprimer, notamment pour l'emplacement du point d'eau (c'est généralement les femmes qui sont concernées par la " corvée eau "). Le choix de l'emplacement du (des) futur(s) point(s) d'eau est un excellent moyen de tester la communauté face à la résolution d'un problème important.
L'animateur doit accompagner la communauté dans la constitution du comité-eau du village notamment en expliquant les rôles et fonctions de chacun des dirigeants. Généralement, le comité est formé d'un minimum de cinq personnes (le président, le secrétaire, le trésorier, l'agent hydraulique et une responsable de l'entretien de l'ouvrage). Le comité doit être créé le plus tôt possible, nettement avant le commencement des travaux pour de nombreuses raisons : Ø si les membres du comité participent activement à
la préparation et à la réalisation de l'ouvrage avec
les villageois, d'une part ils auront une meilleure vision du travail
qu'il a fallu fournir et d'autre part cela leur permettra d'avoir une
meilleure reconnaissance de la part des villageois ;
(Voir aussi fiche E&A 2.2.2. Animation sur l'hygiène de l'eau "Conférence sur les microbes" à Manakara (format html) (ou pdf + illustrations)
2.7. La création des équipes
de travail Avant le début du chantier, il faut que le comité réalise un plan de travail avec une liste d'équipe journalière (composée de 8 à 10 personnes selon les villages et l'ampleur du travail à réaliser). Ce plan de travail doit être connu de tous et l'on peut éventuellement afficher la liste des équipes et les jours où elles travaillent. Le premier travail de ces équipes journalières va être de préparer les matériaux locaux (voir point suivant). Il est donc intéressant à ce sujet d'inclure les femmes dans ce plan de travail car elles peuvent jouer un rôle important (récolte et transport du sable, préparation des repas ). Lors de la formation des équipes journalières, on essaiera aussi de connaître les " fady " ou interdits (il est souvent interdit de travailler à certains endroits les jeudis) et les coutumes du village afin de pouvoir renseigner les maçons et ne pas risquer ainsi de commettre un impair lors des travaux.
Avant l'arrivée de l'équipe technique, la communauté s'organise pour collecter les matériaux locaux : le sable et les graviers. Pour le sable, ce travail est généralement dévolu aux femmes qui s'organisent pour aller le chercher à la rivière la plus proche. Pour ce qui est des graviers, nous envoyons "un casseur" qui à la lourde tâche de découper un rocher en pierres de blocage. Les pierres de blocage sont ensuite amenées sur les lieux du chantier et les villageois s'arrangent pour en faire des graviers grâce à des massettes prêtées par le projet pour l'occasion. 2.9. La récolte des cotisations
Pour les communautés de plus grandes tailles (présence d'un nombre plus important de notables et de commerçants), nous avons pris l'habitude de demander une participation financière (calculée généralement en fonction du nombre d'habitants et des possibilités financières de la commune et des villageois). La récolte des cotisations est effectuée par les membres du comité mis en place précédemment. Nous avons aussi mis en place un système de garantie que nous appelons "caution de main d'uvre" qui a pour objectif principal d'éviter les absences des travailleurs volontaires durant les travaux. Cette caution de main d'uvre est calculée en fonction du nombre de points d'eau qui sera construit dans le village et doit être versée au projet avant la signature du contrat. La communauté étant intéressée pour récupérer cette garantie elle sera plus attentive pour respecter ses engagement en matière de participation. Un autre avantage de cette garantie est qu' à la fin des travaux et si tout s'est bien déroulé, les villageois disposent d'une somme d'argent intéressante qui pourra leur permettre soit d'acheter le kit d'entretien que nous leur proposons soit d'alimenter la caisse du comité pour l'entretien et les réparations futures de l'ouvrage. 2.10. Confirmation par les villageois
de leur volonté de démarrer le chantier Lorsque l'animation préalable est en phase terminale, nous demandons aux villageois par l'intermédiaire du comité si ils sont prêts à commencer le chantier. Il est important de poser cette question avant la signature du contrat car il arrive parfois que les villageois préfère reculer le démarrage du chantier pour différentes raisons : · on approche d'une période agricole importante qui nécessite
une forte main d'uvre ;
Sur base de critères objectifs (cf. tableau ci-dessous) et suite à la confirmation par la communauté de sa volonté de démarrer le chantier, l'animateur pourra s'engager moralement et certifier" qu'il à fait tout le nécessaire pour préparer cette communauté et qu'il considère qu'elle est prête, c'est à dire que selon lui la réalisation devrait se dérouler sans problème et que l'on peu donc procéder à la signature du contrat avec la communauté.
2.12. La signature du contrat. Lorsque la communauté est prête (prise de conscience de tous sur l'importance de l'eau propre, garantie d'une participation réelle et massive des habitants), que la répartition des tâches entre le projet et la communauté est acceptée par tous, on procède à l'établissement d'un contrat de collaboration entre Inter Aide et le fokonolo (communauté). Le contrat précise les engagements de chacun et est signé lors d'une réunion solennelle dans le Tranobe, maison où se déroule les cérémonies communautaires. Parmi les signataires, outre les autorités traditionnelles (mpanjakas) signent le président du comité eau et le représentant de la mairie. La signature du contrat doit vraiment être ressentie par les bénéficiaires comme une passation entre l'animateur et le chef maçon. L'animateur a préparé la communauté et il doit donc laisser la place à l'équipe technique qui va réaliser l'ouvrage.
L'animation préalable est coûteuse en temps et en effort. La durée de l'animation préalable peut parfois prendre de nombreux mois et même parfois ne pas aboutir (problème d'organisation, de motivation ). Il est donc important qu'un nombre élevé de communautés villageoises soient en phase de préparation en même temps. L'objectif est de ne pas commencer un chantier avant que la communauté ne soit réellement prête et motivée. Nous avons donc une équipe assez importante chargée de l'animation préalable afin de permettre le choix lorsqu'une équipe de réalisation attend de démarrer un nouveau chantier. Nous avons aussi développé un outil de suivi sous la forme d'un tableau synoptique mensuel (page suivante) qui reprend l'état d'avancement de cette animation dans tous les villages concernés. Ce tableau présenté ci après permet aux animateurs et à toute l'équipe de : · repérer la communauté la plus avancée ; Ce Tableau de suivi des phases de l'animation préalable a été repris et adapté par Antoine Delepierre sur le programme AEP de Vavatenina (format xls). * Pierre-Yves Dubois fut responsable du programme
Eau et Assainissement de Manakara (Madagascar) du printemps 2002 à
l'automne 2003. il est maintenant responsable du programme Eau et Assainissement
de Kalolo (Malawi) depuis août 2004.
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