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PRATIQUES - eau et assainissement - 1. techniques- Fiche E&A - 1.4.7
Didier Gallard* Mise en garde
Il est indispensable d'avoir lu et compris la fiche 1.4.1. concernant l'adduction gravitaire avant d'aborder la distribution. Objectif: Connaître la démarche à
suivre pour concevoir une adduction de distribution.
Cette fiche est un complément de la fiche technique concernant l'adduction gravitaire (1.4.1.). Une adduction, si un stockage de l'eau est nécessaire, se décompose en deux parties distinctes, de fonctionnements très différents au niveau hydraulique: - en amont du réservoir, l'alimentation, fonctionne continuellement
à un régime fixe imposé par la source captée
et les conditions topographiques. Sa conception est expliquée dans
la fiche 1.4.1. sur les adductions gravitaires. Le cas est fréquent, de disposer d'une forte pente depuis la source jusqu'à la citerne; l'alimentation fonctionnant en continue son diamètre sera réduit. Par contre la distribution de l'eau captée devra se faire en générale, dans une zone moins en pente, pendant quelques heures de la journée et les diamètres qui seront utilisés devront être souvent plus importants. Ces éléments montrent que le coût de la distribution est souvent plus important que celui de l'alimentation et qu'un dimensionnement bien calculé est indispensable. D'autre part, la qualité du service est en jeu. Tous les robinets doivent pouvoir être alimentés en même temps, avec un débit satisfaisant et une pression suffisante. Les calculs permettent d'assurer un service de qualité, faute de quoi les risques de détérioration de l'ouvrage sont grands. Des dysfonctionnements peuvent entraîner des conflits entre comités fontaine et risquent de mettre en péril la survie de l'ouvrage. Même à petite échelle, le partage de l'eau est un thème délicat, autant social que technique. Enfin, les risques de pollution de l'eau, lorsque l'adduction présente des passages en dépression, doivent être évités par un dimensionnement approprié. C'est la santé des bénéficiaires qui est en jeu.
La Romana est une localité dispersée dans une vallée de la province de Sanchez Ramirez (Cotui), qui a sollicitée une intervention du centre de La Cabirma pour la réalisation d'une adduction d'eau potable. La source retenue d'un débit de 0.6 l/s en période sèche semble suffisante pour la période actuelle pour alimenter les 300 familles demandeuses. On peut compter sur une consommation de 25 l/personne/jour, soit environ 30 m3, alors que la ressource représente une production journalière de 50 m3. L'adduction d'alimentation et l'emplacement du réservoir sont imposés par le terrain et les calculs de ces ouvrages ne sont pas détaillés dans ce document (adduction de 2 pouces et réservoir de 20 m3 correspondant à 8 heures de stockage). Les calculs
2. Tracer un schéma d'ensemble du système projeté (schéma n°2)
3. Etablir les débits transitant par chaque tronçon, en partant du bas et en remontant la ligne et en additionnant les débits des différentes fontaines ou branches. Un tronçon étant un partie de l'adduction par lequel transite un débit constant en heure de pointe (toutes fontaines ouvertes). On reporte ces données dans le tableau suivant (tableau n°1): Tronçon, longueur du tronçon, dénivelé depuis la citerne jusqu'au point final du tronçon, débit transitant par le tronçon. On peut alors démarrer les calculs de dimensionnement depuis la partie haute de la ligne en choisissant un diamètre arbitrairement, et en utilisant l'abaque des pertes de charge des canalisation PVC. On reporte la pente hydraulique correspondant au débit considéré et au diamètre retenu.
Tableau n°1: Calcul hydraulique sur la branche principale 4. On calcule en suite, la perte de charge total sur le tronçon
considéré (en multipliant la longueur du tronçon
par la pente hydraulique extraite de l'abaque) et l'on reporte sur le
profil la ligne piézométrique correspondante. 5. Vérification: pour chaque choix de diamètre on doit s'assurer que la pression dans l'adduction est supérieure à 5m. Cette valeur seuil est indispensable pour éviter toute pollution de l'eau et une bonne qualité de la distribution (pression suffisante aux fontaines). Dans l'exemple ci-dessus (tableau n°1), le choix d'un diamètre de 2 pouces donne une pente hydraulique de 6 % soit des pertes de charge total sur le tronçon 1 de 50.4 m. Le dénivelé de ce tronçon étant de 53 m la pression résiduelle sera de 2.6m au point final du tronçon, ce choix de diamètre doit donc être rejeté pour un diamètre supérieur. 6. On poursuit les calculs de tronçon en tronçon, en déterminant la pression résiduelle à partir du dénivelé cumulé et des pertes de charge cumulées. On mène en parallèle aux calculs, le tracé des lignes piézométriques de façon à s'assurer que les points hauts des tronçons ne présentent pas des pressions inférieures à 5 m. Le tableau n°1 présente les résultats des calculs effectués pour le dimensionnement de l'adduction de La Romana sur la branche principale avec un choix de diamètre de 3 pouces pour les tronçons 1 à 4. Le schéma n°1 courbe supérieure, montre le profil hydraulique de la branche principale correspondant aux choix de diamètre et aux calculs du tableau précédent. 7. Pour les branches secondaires, on effectue les mêmes type de calculs en reportant les dénivelés cumulés et les pertes de charge cumulées sur les tronçons en amont. Exemple de calcul pour l'embranchement LA CUESTA qui démarre à partir à la fin du tronçon 1 (tableau n°2):
Tableau n°2: Calculs hydrauliques sur la branche LA CUESTA Autre exemple pour l'embranchement EL CANAL qui démarre à partir de la fin du tronçon 7, et doit alimenter deux fontaines publiques (tableau n°3).
Tableau n°3: Calcul hydraulique sur la branche EL CANAL On notera que les calculs sur une branche peuvent amener à reprendre
l'ensemble ou une partie des calculs effectués sur la ligne principale.
Il est toujours intéressant d'évaluer la situation la plus
limite, satisfaisant aux conditions que l'on s'impose.
Tableau n°4: Calculs hydrauliques de la ligne principale avec T4 en 2 pouces Les résultats montrent (tableau n°4) que ce choix se répercute par l'obligation de réaliser les tronçons 8 et 9 en diamètre de 2 pouces. D'autre part, en reprenant les calculs sur la branche EL CANAL avec le nouveau cumul des pertes de charge, la pression en fin de ligne chute à moins de quinze mètres, ce qui est proche de la limite. 8. A partir des calculs de dimensionnement, on pourra réaliser une évaluation économique des différentes solutions envisagées. Dans l'exemple de La Romana, deux solutions sont en concurrence dont
le coût respectif est évalué dans le tableau suivant
(tableau n°5)
Tableau n°5: Evaluation des coûts des différentes solutions techniques envisagées Dans le cas présent, compte tenu des incertitudes au niveau des extensions possibles et de la faible différence de coût entre l'une et l'autre des deux solutions, c'est le calcul 1 qui a été retenu pour un coût de 283 070 pesos.
La localisation de la citerne On tentera autant que possible de le positionner au point le plus haut
à proximité de la zone à desservir. C'est l'altitude
du réservoir qui est le moteur de l'adduction (on pourra alors
diminuer les diamètres des tuyauteries à utiliser). Décantation Compte tenu du fait que les débits peuvent être nuls (la nuit par exemple), il est indispensable de prévoir un système de décantation pour éviter une sédimentation dans l'adduction. Si l'on veut éviter la construction d'un décanteur on pourra placer le départ de la distribution à 20 cm du radier de la citerne pour éviter d'entraîner des éléments déposés au fond. Fontaines Chaque fontaine devra être équipée d'une vanne de
régulation en plus du robinet manuvré par les usagers.
Cette vanne sera réglée pour que chaque fontaine fournisse
0.2 l/s lorsque toutes les fontaines sont ouvertes. Le type de vanne recommandé
est de type "globe valve" qui sont des vannes orientée. Précautions particulières Il est indispensable pendant la phase d'animation de mettre en garde les usagers contre les abus de consommation d'eau (!). Dans le cas de la Romana, le stockage utile prévu est de 20 m3 (10 heures de stockage pour un débit de 0.6l/s). Si tous les robinets sont ouverts en même temps, le réservoir sera vide en 2 heures environ. Il est donc clair que les robinets doivent être fermés dès que possible par les usagers, et que la fontaine dont le robinet est cassé doit être réparée dans les meilleurs délais. On pourra également prévoir une vanne générale, qui sera fermée la nuit et permettra d'assurer un stockage suffisant et une bonne distribution au moins en début de journée. Cette vanne sera placée à proximité du réservoir et en amont d'une prise d'air qui évitera que l'adduction ne passe en dépression avec les risques que l'on connaît (rupture de la tuyauterie et aspiration d'eau polluée) Cas de profils de terrain accidentés Il pourra s'avérer intéressant de réduire le diamètre sur les portions de terrain en forte pente. Cette réduction entraîne une chute de la ligne piézométrique qui suit le profil de terrain. On devra cependant s'assurer que les pertes de charge ne nuiront pas au fonctionnement de la partie basse de l'adduction. Pour les adduction de distribution de type profil en U. La précaution indispensable est de s'assurer que la pression hydraulique ne dépasse pas la résistance de la tuyauterie. Bibliographie: Cours de l'ENGREF (Mastère maîtrise de l'eau et développement) L'avis
de Damien du Portal :
"Cette fiche concerne essentiellement le calcul, avec l'exemple particulier
de la Romana (qui est un cas de grosse distribution relativement peu courant
à IA). Cette première partie correspond (en français
et simplifié, ce qui est un mérite pour tous les éventuels
anglophobes) au "design example" du Handbook or gravity-flow
(ref. ci-dessus). Seule différence de vue
notable : ils acceptent une pression résiduelle au robinet minimum
de 7 m ce qui me paraît plus adapté pour nos réalisations
car on rencontre souvent des problèmes de dénivellé. Vous pouvez donner VOTRE AVIS, faire part de vos idées et suggestions par mail. Merci !
* Didier Gallard fut responsable du programme hydraulique de Bayaguana en République Dominicaine, après avoir travaillé en Haïti sur le programme hydraulique d'Inter Aide dans le Nord Ouest de 1988 à 1990 et en Ethiopie sur le programme hydraulique de Bélé de 1990 à 1992.
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