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PRATIQUES - éducation - appui aux école.1.1.1
Jean Copreaux
L'enseignement primaire malgache est dans une passe extrêmement
difficile. Victime des changements politiques successifs, il n'a cessé
de se dégrader au cours des années 1980 et 1990: le taux
net de scolarisation est ainsi passé de 78,8% en 1980 à
61% en 1993. Mais il existe une forte disparité géographique:
seuls 25 à 30% des enfants vivant en zone rurale fréquentent
l'école. Mais un système scolaire existe : à l'échelle de la sous-préfecture, le système scolaire est géré par la Circonscription Scolaire (CISCO). La Cisco assure le suivi et l'entretien des constructions scolaires, l'approvisionnement en fournitures scolaires, matériaux et mobilier, en appui aux initiatives communautaires et municipales (la politique actuelle, "les caisses de l'état étant vides", est d'encourager les comités de parents à assurer ces investissements ). La Cisco a également un rôle (purement) administratif dans la nomination des instituteurs et la légalisation des ouvertures d'écoles communautaires. Dans les faits, les maîtres sont en nombre de plus en plus insuffisant, pour la plupart isolés, mal formés, mal payés et n'assumant, surtout en brousse, pas même la moitié du temps de présence requis par leur fonction. La structure de contrôle et de formation des instituteurs est quasi inopérante. Dans l'arrière-pays de Manakara, où le programme Inter Aide intervient, l'école se résume bien souvent à une case traditionnelle (sol en terre battue, murs en matériaux traditionnels). Lorsqu'il existe, le mobilier scolaire est rudimentaire, la plupart du temps en très mauvais état et mal dimensionné par rapport aux besoins réels d'accueil. Néanmoins, depuis 1993, on enregistre une forte mobilisation des familles. Mobilisation qui se traduit par une augmentation spectaculaire des effectifs : + 77% entre 1993 et 1998 dans notre région d'intervention (+ 25% sur l'ensemble du territoire malgache) ! Dans ce contexte, le programme Inter Aide a choisi délibérément de se positionner en appui extérieur et d'intervenir au niveau des réhabilitations matérielles (bâtiments et mobilier) de l'animation des communautés et des autorités locales et de la formation des maîtres.
Après une enquête exhaustive (Appui à la scolarisation dans l'arrière pays de Manakara, États des lieux et méthodologie d'intervention, J. Copreaux, juin 99) réalisée sur l'ensemble des écoles des 8 communes de la zone nord ouest de la CISCO de Manakara, le programme a démarré en août 1998 avec comme objectifs de :
Concrètement, le programme a choisi de travailler en deux étapes :
L'animation est à la base même du programme. L'attitude
des communautés rurales à l'égard de l'école
est, nous l'avons dit, en pleine évolution. Considérée,
voici seulement quelques années, comme inutile ou comme une perte
de main d'uvre potentielle (travail domestique ou dans les rizières),
l'éducation est aujourd'hui perçue comme une nécessité
afin que les générations futures affrontent au mieux la
réalité socio-économique de la région. "Petit village isolé, situé à
5-6 km au nord de Sahasinaka, dans la commune de Mahamaibe, Mahatsara
est caractérisé par la solidarité et l'union du fokonolona
(communauté villageoise), en bien comme en mal d'où l'expression
: " ranu vaki " (rivière en crue, débordante).
Un DINA fort (contrat social), sans trop de liberté et de choix
régit la communauté de Mahatsara, surtout au niveau de l'école.
L'animation a été conçue en deux étapes, la première servant à préparer la seconde.
A ce stade, l'objectif est la scolarisation massive des classes d'âges 6-10 ans et le maintien des enfants dans le système primaire (minimum 5 années d'école), responsabilités qui incombent aux élèves, aux parents, à la communauté, à la CISCO, et non pas au projet Inter Aide. La motivation et l'implication des parents et de la communauté peut varier dans le temps : le travail d'animation des communautés a pour but de favoriser et faciliter cette implication puis de créer les conditions de sa durabilité par la formation d'animateurs villageois.
A mon sens, le principal succès des animations, qu'elles soient scolaires, hydrauliques ou sanitaires, vient du fait qu'elles "utilisent" la structure sociale locale comme vecteur de communication et d'intervention. Il me semble que la maîtrise du contexte socioculturel local est nécessaire avant d'envisager une quelconque intervention. L'échec de nombreux programmes dans le domaine scolaire à Madagascar - et ailleurs - vient du fait de leur non intégration dans le contexte socioculturel local. C'est pourquoi nous avons attaché une grande importance à la connaissance des structures sociales traditionnelles. Basant notre approche sur la dynamique communautaire, nous avons débuté notre action dans des villages de taille intermédiaire (60 à 200 familles), qui restent très attachés à la tradition, avec ce que cela implique en terme de solidarité et d'entraide : dans ces villages, les chefs traditionnels décident et agissent au nom de la communautés, pour le seul profit de la communauté, sans poursuivre des buts personnels et partisans. C'est ce qui a motivé notre choix de travailler en priorité avec ces villages . A Madagascar, l'animateur a la chance de pouvoir s'appuyer sur la structure communautaire des villages: toute prise de décision concernant la vie du village est collégiale, le débat étant la plupart du temps ouvert au travers de réunions de la communauté, la décision finale revenant aux chefs de clan. L'animation s'effectue essentiellement à l'échelle du village qui héberge l'école (village principal) et des villages drainés par l'école (villages secondaires). Les animateurs n'interviennent au niveau de la cellule familiale qu'au moment de l'enquête préalable, ou en cas d'abandon ou d'absence prolongée d'un enfant déjà scolarisé. Ce choix d'échelle (communautaire plus que familiale) est essentiellement lié au nombre de familles supervisées par chaque animateur. A la rentrée scolaire 1999/2000, 4 animateurs avaient la charge de quelque 2200 familles éparpillées sur plus de 50 km2, ce qui représente près de 550 familles par animateur ! A la différence d'une démarche d'accompagnement familial, où l'on s'adresse aux individus, nous raisonnons en termes de villages et d'écoles ciblées. Chaque animateur a sous sa coupe 5 à 7 écoles en même temps. Par le biais d'un dialogue et d'une concertation entre tous les acteurs scolaires, l'animateur amorce l'intégration de l'école dans la communauté villageoise : en effet, l'école est souvent ressentie comme un élément étranger au village . De même, la relation entre les instituteurs et le village est distante, teintée de méfiance et source de conflits plus ou moins larvés. A charge de l'animateur de rétablir le dialogue et la confiance entre les deux partenaires ! L'école est donc à la croisée de deux mondes avec d'un côté, l'administration, qu'elle soit communale ou scolaire, et, de l'autre, la communauté villageoise et les parents d'élèves. Deux mondes, deux logiques, qu'il faut concilier autour de l'élève.
Inutile de dire que le choix des animateurs est fondamental : ils doivent en effet rester en brousse de façon continue pendant 2 à 3 semaines par mois, adopter le mode de vie des communautés et gagner leur confiance. Une fois les villages cibles sélectionnés, l'animateur
y vient régulièrement pendant 3 à 6 mois, pour
une animation communautaire centrée sur l'intérêt
de l'école et la possibilité d'en améliorer la qualité
en s'y investissant ensemble. L'animation préalable au "Contrat de Réussite Scolaire"
démarre une fois la réhabilitation ou la (ré)ouverture
de l'école achevée. Elle s'étale également
sur 3 mois. La bonne intégration des animateurs est la condition nécessaire
(mais non suffisante) à une animation réussie. Par
ailleurs, il leur faut montrer de réelles capacités à
mobiliser les communautés. Il faut également qu'ils sachent mettre des limites car ils ne sont pas là pour assister la communauté ni faire les démarches à leur place. La mobilisation des communautés en début de "ciblage" nécessite une forte présence du projet IA mais il faut savoir progressivement se mettre en retrait, pour lui montrer qu'elle peut assurer seule ses propres responsabilités. Or les animateurs développent une telle connivence et intimité avec les communautés ciblées qu'il leur est parfois difficile de faire cet effort : on peut alors fixer des termes au début de chaque étape (chantier, mobilier, formation, contrat de réussite scolaire ) et pousser les communautés (et les animateurs) à respecter ces termes sous peine de voir le programme se retirer. Il faut contractualiser notre relation avec les communautés et éviter de tomber dans le copinage. C'est un point crucial de la réussite de l'animation. L'ensemble des animateurs se réunit chaque quinzaine et indépendamment du responsable de programme dans un local central situé à Sahasinaka. Cela leur permet de comparer les situations auxquelles ils sont confrontés, les solutions expérimentées, les obstacles, de se donner des idées et, éventuellement, de se conseiller mutuellement. Un animateur " superviseur " est chargé d'organiser ces réunions et de collecter les données recueillies par chacun de ses collègues au cours de ses visites (par exemple le nombre d'enfants présents à l'école afin de le comparer avec le nombre d'inscrits). Il est en effet nécessaire d'avoir une bonne visibilité des résultats, un bon suivi de la cohorte de départ afin d'évaluer les redoublements et les abandons. L'animation scolaire s'inscrit dans la durée : elle s'étale au minimum sur une année et n'est en aucun cas liée au temps de réalisation d'une construction ou d'une réhabilitation d'école (de l'ordre de quelques mois). Elle ne s'arrêtera que lorsque les objectifs de départ (liés à la scolarisation, au taux d'abandon et de passage d'un niveau à l'autre du cycle primaire) seront atteints. La mobilisation communautaire engendrée par les animateurs du projet devra à terme laisser place à la mise sur orbite d'animateurs villageois bénévoles, formés à nos méthodes et capables d'assurer un rôle de médiateurs indépendants après le retrait du programme. En effet, si au début du ciblage, il est nécessaire de dialoguer avec les structures traditionnelles (point d'entrée dans les villages), plus tard, quand on aborde des questions plus spécifiques à l'école et à sa réussite, il est préférable de changer d'interlocuteurs, afin d'avoir pour partenaires des villageois plus éduqués, eux-mêmes parents d'élèves, qui acceptent de gérer l'école et d'en assurer le suivi. Les chefs traditionnels sont souvent illettrés et trop vieux pour avoir des enfants en âge d'aller à l'école. Leur rôle, crucial au démarrage de la collaboration avec le village, se limite à nous faciliter l'entrée dans le village et à mobiliser l'ensemble de la communauté autour des réalisations matérielles. L'identification des ces animateurs villageois se fera de la manière suivante : dès le début de son intervention, l'animateur doit intéresser des parents aux méthodes du projet et se faire systématiquement accompagner par ces parents dans ses visites au village ; peu à peu, une ou plusieurs personnes du village " émergeront " naturellement pour occuper cette position médiane. Il ne faut pas attendre d'être en phase de retrait pour commencer à se poser la question de la mise en place d'animateur villageois, d'autant que les communautés sont très intéressées à garder un contact direct et permanent avec le projet IA, ce qui ne favorise pas responsabilisation et autonomie. Quelques résultats : au 8 septembre 2000 Le taux d'abandon en cours d'année pour les écoles ciblées par le programme est nettement plus faibles que dans les autres écoles (14% contre 25%). Les écoles ayant signé un Contrat de Réussite Scolaire font encore mieux avec 11% d'abandon ; cette méthode d'animation villageoise porte donc ses fruits, les parents maintenant les enfants à l'école malgré les aléas de l'économie familiale entre deux récoltes. Pour
le calcul des taux, voir la note de Pascale Siciliano "indicateurs
pour une analyse statistique des effectifs scolaires" Vous pouvez donner VOTRE AVIS, faire part de vos idées et suggestions, par mail ou sur le forum. Merci ! Retour
au sommaire Éducation * Jean Copreaux a lancé et supervisé
le programme scolaire de Manakara d'août 98 à juin 2000.
Depuis juillet 2000 il est responsable du programme urbain de Golibar
- Navi Mumbai (Bombay) en Inde. Diffusion : Centre de Formation pédagogique
et d'Appui aux écoles de Jean Rabel (Haïti), ID |