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PRATIQUES - éducation - appui aux école.1.1.2
Jean Copreaux Préambule
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L'objectif du programme d'appui aux écoles de Manakara, démarré en août 1998, est de faciliter l'accès au système scolaire de base pour un maximum d'enfants et de lutter contre l'échec et l'abandon scolaires une fois cet accès autorisé. Comme on l'a vu, (fiche EDUCATION.1.1.1), le projet a choisi de travailler en deux étapes, la première préparant la seconde :
Une séquence d'intervention a été élaborée, intégrant tant les contraintes socioculturelles de la région, que les besoins ressentis ou les motivations exprimées lors de l'enquête préliminaire.
Le choix des écoles est conditionné en premier lieu par celui des communes d'intervention et répond à trois critères de base, mesurés lors d'une enquête préliminaire :
Concrètement, les animateurs réalisent une enquête préliminaire avec visites domiciliaires systématiques pour recenser le nombre de familles et d'enfants, identifier les chefs du village, les responsables politiques et administratifs, les membres du comité de parents d'élèves (Fram), etc. mais aussi pour évaluer les conditions de vie des familles, leurs blocages vis-à-vis de l'école, leur motivation et le pourquoi de la non scolarisation. Ils utilisent pour cela une grille d'enquête (annexe 1). Ils organisent également des réunions communautaires en
présence des autorités locales et des instituteurs afin
d'identifier les besoins réels en termes de réhabilitation
des bâtiments scolaires, de mobilier scolaire (tables, bancs, table
de maître, tableaux noirs), et de personnel (nombre d'élèves
par instituteur, nombre d'enfants scolarisés). L'enquête est du seul ressort de l'animateur. Au démarrage du programme, il était impératif que le responsable de programme se rende le plus vite possible sur les lieux afin de s'assurer de la motivation réelle des villageois. Maintenant que le projet est connu sur la zone, il vaut mieux que la visite du RP se fasse lorsque l'enquête a déjà révélé un potentiel d'intervention. Autrement, pour les villages, la visite du responsable de programme signifie " garantie de ciblage " (le bouche-à-oreille fonctionnant bien en brousse). Il est préférable de prendre une décision en interne, entre l'animateur et le responsable de programme, avant que ce dernier ne rencontre le village. Par ailleurs, lorsque la décision est prise (ciblage ou pas, ou
bien mise en attente), il faut aller l'expliquer de façon transparente
aux villageois. On doit exposer nos critères de choix dès
le début de l'enquête, en précisant bien que "
enquête ne veut pas dire ciblage " et que certains villages
pourraient ne pas être retenus. Cette transparence est nécessaire
pour éviter des conflits postérieurs ou de simples malentendus. La sélection faite, une demande écrite émanant des villages eux-mêmes doit être formellement reçue par le projet Inter Aide.
Une fois l'école ciblée, un animateur vient régulièrement au village pendant 3 à 6 mois. C'est le temps des grandes réunions avec l'ensemble de la communauté et avec les femmes. Le responsable de programme doit être obligatoirement présent aux premières réunions, en tout cas durant les premières années du projet. Cette période est essentielle : l'animateur et le responsable de programme doivent s'assurer que la volonté exprimée à travers la demande écrite est bien celle de tous et faire en sorte qu'un vrai débat ait lieu. Enfin, ils précisent les objectifs à atteindre et les étapes de la collaboration avec le projet IA, dont le positionnement est clairement en appui d'un projet communautaire. Le rôle et les prérogatives de chacun sont précisés dès ce stade. Le comité de parents d'élèves est fortement mobilisé : un appui est apporté de manière à ce que ce dernier puisse devenir à terme la clé de voûte de la dynamique scolaire locale : appui matériel - cahiers par exemple dans le cadre du recensement des enfants scolarisables - mais surtout humain, pour qu'il prenne conscience qu'il est l'interlocuteur privilégié pour tout ce qui concerne les relations avec l'administration, que c'est à lui de faire les démarches pour demander un nouvel instituteur ou en changer, etc. Quand le projet est bien connu dans la région, cette phase d'animation est plus courte car le bouche-à-oreille fonctionne bien en brousse. Les villages nouvellement ciblés sont déjà bien au courant des méthodes du projet IA. La présence du responsable de programme est fondamentale au démarrage du projet (les deux premières années) puis s'estompe quand un coordinateur est recruté et que la méthode est bien rodée. Avec l'accroissement du volume d'action, le responsable de programme ne pourra plus assurer une présence systématique à toutes les réunions d'animation. Les animateurs du projet doivent acquérir un certain degré d'autonomie, que le responsable de programme favorisera.
Mobilisation communautaire autour d'une ouverture ou d'une réouverture d'école, ou d'une réhabilitation partielle du bâtiment scolaire (dalle béton, fondations et toiture si nécessaire, apport de mobilier scolaire) avec l'appui du programme IA et de la Circonscription Scolaire (CISCO ). Cette action commune tripartite (communauté, CISCO, projet Inter Aide) est précédée de la signature d'un contrat (Contrat de Réhabilitation d'école ou Contrat de Réouverture ou d'Ouverture d'école). La signature du contrat a lieu avant le démarrage du chantier : les rôles, responsabilités et engagements de chacun y seront précisés en présence de la communauté dans son ensemble. Les villageois apportent les matériaux locaux, la main d'uvre d'appui, le logement de l'équipe technique. Le projet IA apporte les matériaux onéreux, la main d'uvre spécialisée et le mobilier. La CISCO participe à l'achat de certains matériaux. La signature de ce premier contrat aura nécessairement lieu dans la case du chef, lieu des décisions communautaires impliquant tous les villageois (voir fiche EDUCATION.1.1.3.). Comme on l'a vu, l'action de réhabilitation en préliminaire de l'intervention est un choix délibéré : une action matérielle touchant directement l'école implique l'ensemble des habitants des villages concernés, parents d'élèves ou non. La prise de conscience qui se fait à travers cette action collective permet de passer à l'étape suivante.
Le Contrat de Réussite Scolaire vise la scolarisation massive,
le recensement de la population infantile (0-15 ans), et des actions spécifiques
choisies par la communauté pour améliorer les conditions
d'études des enfants. Il débouche également sur la
formation des instituteurs (voir fiche EDUCATION.1.1.3). Sa mise en place est assurée par les élèves eux-mêmes,
les parents d'élèves, la communauté au sens large
et les instituteurs. Les agents CISCO autres que les instituteurs assurent
par ailleurs le suivi et la dynamisation des actions à mener.
Entrepris parallèlement à la réhabilitation elle-même et au Contrat de Réussite Scolaire, le suivi individuel des familles a pour but de limiter l'abandon scolaire et les absences prolongées en cours d'année scolaire. Ce travail, réalisé par les animateurs au cours de leurs
visites de suivi, s'effectue en collaboration directe des instituteurs.
Il permet d'identifier les motifs d'abandon et d'absence prolongée.
Il est fondé sur un simple dialogue avec les familles, laissant
à la communauté le soin de rédiger et d'appliquer,
si elle le souhaite, un contrat coercitif de scolarisation.
Si nécessaire, appui à la communauté pour la construction d'un bâtiment supplémentaire lorsque l'effectif scolaire augmente de manière significative et pour autant que la participation communautaire s'avère active. Cette construction est également conditionnée par la nomination d'un enseignant supplémentaire par la CISCO. Après une année d'animation scolaire et de suivi des effectifs, la croissance du nombre d'élèves rend parfois nécessaire la construction d'autres bâtiments. Une demande officielle du comité de parents est alors adressée au Chef de la Circonscription Scolaire pour qu'un instituteur supplémentaire soit affecté à l'école. Si cette demande est entérinée, une action de construction est menée, suivant le même protocole que lors de la première réhabilitation ou (ré)ouverture d'école.
Les besoins de tous les instituteurs des écoles cibles ayant signés le Contrat de Réussite Scolaire sont évalués. Une formation dans les locaux de l'école même est faite par une équipe de formateurs Inter Aide agréée par la CISCO et formée par le MINistère de l'Éducation SEcondaire et de Base (MINESEB). Des formations de groupe peuvent également se révéler utiles : pour des questions de coûts (économie d'échelle) et si les thèmes abordés en formation sont communs à un certain nombre d'enseignants. Ces formations de groupe favorisent également les échanges entre les maîtres et permettront une mise en réseau des enseignants des écoles cibles. Pour les représentants de la CISCO : les chefs ZAP (zone administrative et pédagogique) supervisent 6 à 7 écoles du point de vue pédagogique, administratif et d'animation. Dans la réalité, ils se cantonnent souvent à un rôle purement administratif (relevés statistiques par exemple). Les animateurs du projet IA doivent les amener à s'intéresser d'avantage aux aspects animation et pédagogie, en particulier lorsque le projet IA entrera en phase de retrait. Le suivi des réalisations du Contrat de Réussite Scolaire, la signature annuelle du contrat de réussite scolaire, l'apport de méthodes pédagogiques pourraient ainsi leur échoir ; pour ce faire des formations adaptées doivent être conçues (méthodes d'animation, outils pédagogiques, etc.) pour ce public particulier. Pour les comités de parents d'élèves, des formations en gestion, en entretien de bâtiment et mobilier, en suivi statistique et en animation de réunion pourraient être organisées par le projet IA de manière à ce que les comités soient plus efficaces et puissent dans un futur proche, assumer leurs responsabilités sans appui extérieur. Un " pôle formation " sera créé au sein du programme qui ne se cantonnera pas à des enseignements relatifs au programme officiel de l'éducation nationale, mais s'adaptera aux besoins des populations.
Dès le début de notre action, nous avons associé
les agents de la CISCO. Tout d'abord en les informant régulièrement
de l'état d'avancement des réalisations puis, plus concrètement,
en faisant participer les chefs ZAP concernés aux réunions
d'animation organisées conjointement par les communautés
villageoises et Inter Aide. Par la suite, les signatures du Contrat de
Réussite Scolaire sont effectuées en présence du
responsable des écoles cibles du projet Inter Aide, délégué
par la CISCO. Les parents et les animateurs villageois auront eux aussi un rôle crucial à jouer dans la reprise des responsabilités. En effet, si on ne transférait les responsabilités qu'à la CISCO, les enseignants risqueraient d'être les interlocuteurs privilégiés, au détriment des autres parties responsables de la réussite scolaire (les élèves, les parents, les communautés villageoises). La Cisco a parfois une attitude condescendante envers les soit-disant " masses illettrés " des campagnes Parallèlement, les villageois acceptent avec prudence les interventions des autorités administratives (type Cisco) associées au Fanjakana, la " force publique ", le pouvoir en général. Des animateurs villageois issus de la communauté seraient plus facilement écoutés et du coup, plus à même de mobiliser des énergies de toutes part (y compris les enseignants avec lesquels ils partageront idéalement un même niveau d'éducation) . La pertinence de ce système reposant sur des animateurs ou médiateurs villageois sera vérifiée au fur et à mesure de sa mise en place. Annexe 1: grille d'enquête de départ Pour
le calcul des taux, voir la note de Pascale Siciliano "indicateurs
pour une analyse statistique des effectifs scolaires" Vous pouvez donner VOTRE AVIS, faire part de vos idées et suggestions, par mail ou sur le forum. Merci !
* Jean Copreaux a lancé et supervisé
le programme scolaire de Manakara d'août 98 à juin 2000.
Depuis juillet 2000 il est responsable du programme urbain de Golibar
- Navi Mumbai (Bombay) en Inde.
Annexe 3 : L'exemple d'Ambodilaza résume parfaitement les étapes de notre intervention en matière d'animation scolaire. Ambodilaza est un village situé dans la commune d'Ambalavero, à une dizaine de kilomètres de Sahasinaka. Son école est l'une des plus anciennes de la région : ouverte en 1952, elle fut depuis régulièrement endommagée par les tempêtes et cyclones tropicaux qui ont touchés la région. A chaque fois, elle fut reconstruite grâce à l'union du fokonolona (la communauté) et de l'influent comité de parents d'élèves (Fram). La tradition reste très forte dans la région : toutes les décisions relatives à l'école sont prises collégialement par les onze mpanjakas du fokontany (quartier ou groupement de familles). En octobre 1998, un animateur Inter Aide s'est rendu dans la zone pour enquêter et dresser un premier bilan : à la rentrée 1998-1999, 180 enfants, filles et garçons en nombre sensiblement égal, s'entassaient dans deux bâtiments en très mauvais état. Murs en rapaka (écorce de l'arbre du voyageur) toitures défectueuses et tables bancs en nombre insuffisant posés tant bien que mal sur ce qui reste d'une dalle béton. Trois instituteurs se partageaient alors le travail. Les enfants viennent d'Ambodilaza et de sept villages environnants, les plus éloignés étant à 2,5 kilomètres. Suite à cette enquête, la communauté a demandé au programme son appui pour réhabiliter ses deux bâtiments. Un animateur s'est rendu très régulièrement dans le village. Une campagne d'animation communautaire a alors commencé qui a duré 6 mois. C'est une période essentielle au cours de laquelle le RP et l'animateur se sont assurés que la volonté exprimée à travers la demande écrite est bien celle de tous. La forte motivation des villageois était d'ailleurs manifeste puisqu'ils ont réhabilité une piste sur environ 2 kilomètres et 6 petits ponts afin de permettre au 4x4 d'Inter Aide d'arriver au village avec ses chargements. Le 7 mai 1999, la communauté d'Ambodilaza a signé un contrat (dina) pour la réhabilitation du 1er bâtiment scolaire. La communauté, les autorités locales, les trois instituteurs, le programme IA se sont engagés : la communauté à fournir la main d'uvre et les matériaux de base, le programme, le ciment, les tôles et le mobilier scolaire, la Cisco, 10% des tables bancs (sous forme de planches). Le 8 mai, au lendemain de la signature, 157 personnes se sont présentées pour transporter 270 daba de sable. Le 11 mai, ces mêmes personnes ont transporté 50 daba de sable (1 daba = 20 litres) et 30 m3 de blocages sur plusieurs kilomètres. Le 18 mai, 100 personnes acheminaient 75 daba de sable et 2m3 de blocages. Et ainsi de suite jusqu'à ce que soient rassemblés les 22 m3 de sable, les 16 m3 de gravillons, et les centaines de blocages et de moellons nécessaires à la réfection de la dalle béton. A cela, il faut ajouter les 90 bois carrés qu'il a fallut trouver et tailler pour la charpente et les 120 rapaka pour les murs. Le 27 mai, la communauté s'est mobilisée à nouveau pour démolir la vieille école. Le chantier a démarré aussitôt. Chaque jour, 10 à 15 personnes étaient présentes pour aider l'équipe de maçons IA. Deux mois plus tard, deux bâtiments flambants neufs recevaient les tables bancs, le tableau noir et les bureaux pour les maîtres. Quasiment un an après jour pour jour, Ambodilaza a signé un contrat de réussite scolaire (CRS) orienté cette fois-ci sur la qualité de l'enseignement. Retour
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