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PRATIQUES - fiches OKPK : retours
Yves Lecorgne est responsable du projet d'appui
aux écoles de Manakara depuis juin2000. 1.A propos
de la fiche OKPK-1
A Manakara, la densité est plus faible, autour de 60 Hab/km2. L'enclavement est par contre assez prononcé, la plupart des villages où intervient le projet n'étant accessibles qu'à pied. Cette zone est aussi défavorisée, les structures de l'Etat étant minimales ou inefficientes. La sécurité alimentaire est tout juste assurée, la riziculture dépendant étroitement des aléas climatiques et des faibles rendements obtenus par des techniques traditionnelles peu intensives. L'analphabétisme y est identique, peut-être 50%. La présence d'Inter Aide à travers ses différents projets est plus récente, le premier volet - hydraulique - ayant démarré en 1994, le volet scolaire en 1998. Les objectifs du volet scolaire sont identiques :
A Manakara, le nombre d'écoles ciblées est plus élevé (53 établissements en 2002) mais pour des effectifs totaux moindres (environ 6.800 élèves). Ceci semble refléter la plus forte densité de population dans les Cahos. Une différence de taille entre les deux contexte est l'existence à Manakara d'une administration scolaire, qui est l'interlocutrice du Projet et la clef de la pérennisation des actions entreprises. (...) On re-dynamise en quelque sorte le tissu scolaire : animation communautaire, structuration des comités de parents, réhabilitations matérielles, formations pédagogiques. Nos initiatives doivent être des innovations assimilées tant par les parents, les enseignants que par les agents de l'Etat. En Haïti, on évoque beaucoup l'importance de la " gestion " des écoles par les comités locaux. A Manakara, la gestion des écoles est d'abord de la responsabilité de l'Etat (qui paye les enseignants, dote les établissements en fournitures, organise des formations pédagogiques trimestrielles, etc) qui en a partiellement les moyens (surtout humains, malgré un encadrement rapproché bien en place). Bien sûr, les parents doivent aussi jouer un rôle dans le suivi des écoles, mais sans doute de moindre importance que dans le contexte haïtien. Concernant le taux de scolarisation : il est assez étonnant de constater qu'après 17 ans d'intervention, le taux demeure faible (51 % à Pérodin). Comment l'expliquer? Ici, à Manakara, lors de la décision de ciblage par le projet, les taux de scolarisation observés sont proches de 50-60%. Très rapidement (pour ainsi dire dès la première année d'intervention), ce taux monte brusquement, pour atteindre 75-85%. Pour l'ensemble du pays, l'Unicef a pour objectif, avec l'Etat malgache, d'atteindre 80 % de taux de scolarisation. Peut-être faudrait-il s'entendre sur le calcul de ce taux : à Manakara, nous rapportons le nombre d'enfants de 6 à 10 ans scolarisés à la population totale des enfants de 6 à 10 ans, sur un district bien déterminé. Nous obtenons de la part des communautés des recensements plus ou moins exhaustifs. Pour une école, le calcul du taux souffre d'une marge d'erreur, mais lorsque nous cumulons les recensements d'une trentaine d'écoles (ce qui est pratiquement le cas aujourd'hui), nous obtenons des données significatives. Concernant le taux de survie scolaire (ou proportion d'élèves
d'une classe d'âge atteignant un niveau de scolarisation donné)
: les programmes haïtiens semblent obtenir des résultats similaires
à ceux qui sont observés ici à Manakara. En effet,
environ 10 % des effectifs inscrits en 1ère année atteignent
la 5ème année du cycle primaire à Manakara, contre
17% dans les écoles des projets haïtiens (mais après
un plus grande nombre d'années d'exposition des écoles aux
actions des projets). Concernant l'abandon en cours d'année : les progressions affichées par les projets haïtiens sont remarquables. Actuellement, les écoles suivies par IA à Manakara souffrent de taux voisins de 20%. Nous avons pour objectif de les faire passer en dessous de 10% avant d'envisager notre désengagement. Encore faut-il relativiser cette notion d'abandon : certains élèves ayant quitté l'école en cours d'année se réinscrivent l'année suivante ou sont transférés dans des établissements proches (le tissu scolaire est assez serré : les écoles sont distantes de maximum 5 km les unes des autres). Il nous est donc difficile de calculer le taux d'abandon "définitif " des élèves. Il faudrait pour cela créer un système de suivi nominal dans les villages, ce qui est très complexe et pour le moment hors de portée tant des communautés que de l'administration scolaire locale (le projet a cependant commencé de faire remplir des " fiches de survie scolaire " permettant de suivre une cohorte bien déterminée, dans chaque école, à partir de l'année scolaire 1999-00). Concernant l'implication financière des parents dans la gestion des écoles : à Manakara, elle est moins nécessaire du fait de la présence effective de l'Etat pour le paiement des salaires des enseignants. Par contre, depuis 1998, face à la pénurie d'enseignants et aux limites budgétaires imposées par les bailleurs de fonds internationaux, l'Etat a été contraint de "recruter" des enseignants dits "suppléants". Ils ne sont pas titulaires, sont payés principalement par les parents en nature (riz et logement). Il leur faut être titulaires d'un BEPC au minimum pour obtenir l'autorisation d'enseigner. Les montants financiers engagés par les parents pour le soutien des enseignants "suppléants" (119 sur 750 enseignants dans l'arrière-pays manakarois) sont presque insupportables, au delà de deux ou trois ans. Les parents font cet effort dans l'espoir que les suppléants soient un jour titularisés (donc rémunérés par l'Etat). Nous sommes actuellement dans une impasse puisque au rythme actuel des titularisations (une quinzaine par an), il faudrait 8 ans pour " absorber " les suppléants actuels, dont le nombre risque encore d'augmenter compte tenu de la vague irrésistible de scolarisation primaire en brousse.
L'existence de l'OKPK administratif et logistique est liée au contexte local haïtien (grosso modo, absence de l'Etat). Il est donc peu pertinent d'essayer une comparaison avec le projet scolaire de Manakara, du point de vue de cette structure d'appui permanente. En effet, les inspecteurs administratifs (le terme "inspecteur" fait effectivement un peu "froid dans le dos" ! ) ont des responsabilités assumées ici par les Chef ZAP (Zone Administrative et Pédagogique), agents de l'Etat, ex-instituteurs, supervisant une dizaine d'établissements. Les Chefs ZAP rendent compte directement au Chef CISCO (Circonscription Scolaire au niveau sous-préfectoral). Quelques éléments de cette fiche m'ont cependant interpellé :
Des réponses à ces questions nous seraient utile ici
à Manakara. Pour le moment, les élèves des écoles
ciblées ne disposent que des fournitures (livres et cahiers) délivrées
par l'Etat. Elles sont nettement insuffisantes et cette carence est un
obstacle majeur sur la voie de la réussite scolaire. IA hésite
à prendre des initiatives dans le domaine des fournitures scolaires
(même par le biais de subventions) de peur de se faire " piéger
" à long terme, les écoles attendant d'IA une substitution
soit à la défaillance motivationnelle des parents soit aux
carences budgétaires et structurelles de l'Etat.
Vérification des absences et retards des maîtres
: pense-t-on que le maître coordonnateur comptabilise effectivement
les absences et retards ? notre expérience à Manakara nous
amène à constater que les directeurs d'écoles ne
font pas ce travail, simplement parce qu'eux-mêmes sont autant absents
ou en retards que leurs adjoints ! Il y a donc un consensus au sein de
l'équipe pédagogique visant à "cacher"
aux instances de tutelle la réalité dans ce domaine. Il existe encore un autre moyen de constater la présence effective des enseignants : dans chaque classe, existe un "cahier de roulement ", sur lequel un élève différent chaque jour rédige les leçons et exercices. Lors d'une visite de suivi, il est facile de repérer les jours non travaillés. Ce cahier de roulement a d'autres raison d'être : estimer le degré de maîtrise par l'enseignant du sujet abordé et estimer le niveau des élèves d'une classe (sur la forme - rédaction - comme sur le fond - compréhension de la leçon). En tout état de cause, il est certain que l'absentéisme des enseignants est un facteur d'échec scolaire, contre lequel tout projet devrait trouver des réponses adéquates. Bien sûr, il est aussi nécessaire de connaître les raisons des absences et retards pour pouvoir agir en conséquence. Pour les programmes haïtiens, quelles sont-elles ? Enfin, nous ne pouvons qu'approuver l'intervention de Pierre Teisseire dans ce débat : la préparation des leçons est un thème majeur à traiter dans le cadre de la lutte contre l'échec scolaire. Outre la sensibilisation et la formation des enseignants, nous serions enclins à penser qu'une dose de contrainte soit requise. Ici, à Manakara, le projet n'a pas prise sur la rémunération des enseignants, payés par l'Etat. Nous rêvons d'un moyen efficace de contrainte sur les enseignants faisant preuve de mauvaise volonté et l'idée de lier rémunération et préparation des leçon nous paraît fort séduisante ! ! Pression sur les maîtres : la question des absences et retards,
de la non-préparation des leçons doit mécaniquement
avoir des répercussions sur les résultats scolaires des
élèves ; il serait donc intéressant de connaître
quelle évaluation est faite des connaissances acquises par les
élèves. S'agit-il d'un contrôle continu ? D'examens
réguliers ou finaux ? Dans le cas du contrôle continu, l'enseignant
est juge et partie : afin de masquer ses défaillances vis à
vis des regards extérieurs, il pourrait être plus "
libéral " sur la notation et ainsi présenter un taux
de passage en classe supérieure n'éveillant aucun soupçon.
Dernière " recommandation " : à la lecture des différentes fiches, il me semble définitivement gênant de voir le titre " inspecteur " appliqué à un acteur devant faire preuve de toutes les compétences habituellement reconnues à un " animateur " ou " médiateur ". Résoudre l'équivoque de la terminologie des acteurs est peut-être déjà faire un pas vers un peu plus de simplicité et de clarté dans la fameuse complexité des questions éducatives à laquelle nous sommes tous, sur nos programmes respectifs, confrontés. Vous pouvez donner VOTRE AVIS, faire part de vos idées et suggestions, par mail ou sur le forum. Merci ! Retour
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Cette contribution de Yves Lecorgne a été reçue
le 19 avril et envoyée le 16.5.2002 à:
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