SANTE - Autres thèmes : recueil des données. 2

REMARQUES SUR LES INDICATEURS SANTE PROPOSES PAR B. Riezou

Philippe Redon*
février 9
8 / mise en ligne mars 01

1. Actions curatives
2. Actions préventives
Annexe : Enquête comparative sur les systèmes de mesures de l'état nutritionnel des enfants de moins de 5 ans à Pune en Inde (1995)

Propositions de Bruno Riezou
Contribution de Thierry Vincent
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PMI à Sadoye, Éthiopie


AVIS IMPORTANT

Les fiches et récits d'expériences "Pratiques" sont diffusés dans le cadre du réseau d'échanges d'idées et de méthodes entre les ONG signataires de la "charte Inter Aide".
Il est important de souligner que ces fiches ne sont pas normatives et ne prétendent en aucun cas
"dire ce qu'il faudrait faire"; elles se contentent de présenter des expériences qui ont donné des résultats intéressants dans le contexte où elles ont été menées.
Les auteurs de "Pratiques" ne voient aucun inconvénient, au contraire, à ce que ces fiches soient reproduites à la condition expresse que les informations qu'elles contiennent soient données intégralement y compris cet avis .

 

1. Actions curatives

a) Consultations générales: peu de choses à rajouter, l'indice d'accès aux soins me paraissant le paramètre essentiel. Il pourrait être souhaitable de calculer le pourcentage du recouvrement des coûts, notamment en ce qui concerne pharmacies rurales et postes de santé, mais c'est une donnée plus difficile à maîtriser qu'il n'y paraît (prix des médicaments et de leur transport le cas échéant, indemnité de l'agent, coût de la supervision et de l'encadrement, renouvellement du matériel…)

c) Contrôle de la TB.

Un élément important (cf. directives OMS) est le taux de dépistage, qui mesure l'efficacité du recrutement (actif ou passif) d'un programme, c'est à dire sa capacité à agir au plan de la chaîne de transmission en dépistant le plus grand nombre possible de nouveaux cas apparus en un an au sein de la population cible. Ce taux, calculé sur une année, est donné par le rapport: Nombre de cas observés/Nombre de cas attendus (*).

(*) Le nombre de cas attendus est obtenu à partir du RAI (Risque Annuel d'Infection) qui est en général disponible dans la plupart des pays, m&ne s~il s'agit d'une valeur moyenne nationale, susceptible donc de présenter des variations locales. Le RAI oscille en général dans les PVD entre 1.5 et 2.5%.

1% de RAI signifie 50 nouveaux cas de TB contagieuse pour 100 000 hb et par an., et deux fois plus de cas toutes tuberculoses confondues.

Ex: Population de référence: 75 000 hb.
RAI=2.5%
Nombre de nouveaux cas contagieux attendus (incidence); 2.5 x 50 * 0.75 = 94
Nombre total de nouveaux cas attendus: 188

L'OMS préconise un taux de dépistage d'au moins 75%.

J'ajouterais à la liste d'indicateurs fournis par Bruno le taux de conversion à 2 mois (% de malades contagieux devenus négatifs à la fin de la phase intensive).

Je proposerais personnellement enfin un critère spécifique, censé mesurer l'impact de l'action d'éducation et d'information intégrée dans tout programme de ce type: il s'agit d'un indice moyen de précocité du diagnostic (il faudrait préciser les critères utilisés: nombre de mois de toux, classement en catégories de gravité...). Il donnerait une image du travail de sensibilisation effectué auprès des communautés, le postulat fondateur étant que les malades se rendent d'autant plus tôt au dispensaire qu'ils établissent un lien plus rationnel entre l4effet et la cause, c'est à dire entre des symptômes et une origine médicalement curable à un endroit donné. (Cet indicateur n'est bien entendu valable que rapporté à la même population de référence).

 

2. Actions préventives

a. Planning familial: ce qu'il faut surtout définir avec précision c'est la méthode de calcul du nombre d'utilisatrices et de celui des cycles protégés, et la période sur laquelle elle s'applique.

Un exemple: on suppose, au temps 0, que nous travaillions sur une population de 1000 femmes, que les 2 principales méthodes soient la pilule et le Dépo, et que, en théorie, le nombre de cycles soit égal au nombre de femmes.

mois
1
2
3
4
5
6
NB de plaquettes
100
90
80
120
110
140
NB d'injections
100
50
0
80
60
60
NB de bénéficiaires dans le mois
200
140
80
200
170
200
NB total d'utilisatrices
200
240
230
250
250
340
NB de cycles
400
240
80
360
290
320

Le nombre total de cycles protégés est donc de 1690, soit sur la période un taux de couverture de 1690 / 6000 = 28%. Il s'agit d'une valeur objective (au respect des modalités d'utilisation des plaquettes près). En revanche, le nombre d'utilisatrices ne peut que refléter un moment particulier de l'action, et les moyennes sont dans ce cas plus difficiles à marner.

Par ailleurs, le suivi de l'évolution du taux de naissance, là bien sûr où il est possible de le calculer (zones urbaines) représente un indicateur d'impact intéressant.


b) Suivi des grossesses

Deux indicateurs me paraissent fondamentaux: le taux d'accouchements assistés (en milieu médicalisé ou en présence d'une matrone), et le taux d'accouchements normaux. Dans la même optique et idéalement, la mortalité néo-natale et/ou péri-natale (dans les 8 jours après l'accouchement) semble un indice important pour traduire l'impact d'un programme de sauté préventive.

d) Le suivi nutritionnel

Rappelons les 3 indicateurs qui résument l'ensemble des paramètres liés à la malnutrition:

Le Poids/Taille, qui décèle la malnutrition aiguë
La Taille/Age, qui reflète la malnutrition chronique
Le Poids/Age, qui indique indifféremment les deux et qui, à lui seul, n'est pas suffisant pour acquérir une certitude.

Rappelons également que nous avions, Jean François Bruchet et moi, rédigé un papier de deux pages, il y a trois ans, établissant une comparaison entre 4 types de mesures sur la même population d'enfants, utilisant successivement le P/A, le P/T, et la circonférence brachiale avec le ruban MSF et le ruban TALC. Si mes souvenirs sont bons, les meilleurs indices sur le plan de la sensibilité et de la spécificité étaient le P/T et le ruban TALC, qui présentaient entre eux des résultats très similaires.

Pour les études de population, Save the Children utilise en Ethiopie pour ses enquêtes nutritionnelles, un indice de P/T moyen (P/T µ), qui correspond simplement à la somme des mesures effectuées divisée par le nombre de mesures. La valeur obtenue s'évalue ensuite grâce à une grille très simple:
P/T µ > 95%: Bon.
Entre 90 et 94.9 %: Satisfaisant.
Entre 85 et 89.9 %: Médiocre.
P/T µ < 85%: Mauvais.

Cet indice est aussi intéressant dans son évolution, où un écart de 2% est nécessaire (pour les mêmes zones) pour considérer que la tendance est significative.


ENQUETE COMPARATIVE SUR LES SYSTEMES DE MESURE DE L'ETAT
NUTRITIONNEL DES ENFANTS DE MOINS DE 5 ANS.
Pune, Inde

Philippe Redon
Jean François Bruchet
Mars 1995

1) Paramètres testés:

Indice poids/âge (W/A)
Indice poids/taille (W/H)
Périmètre brachial (ruban TALC)
Périmètre brachial (ruban MSF)

2) Population de référence:

88 enfants des centres de nutrition de divers bidonvilles de Pune, tous présentant à l'admission une malnutrition sévère mesurée selon l'indice W/A

3) Opérateur:

Jean-François Bruchet, qui a réalisé lui-même toutes les mesures

4) Méthodologie:

a) L'état nutritionnel de chaque enfant a été mesuré successivement par les 4 méthodes
b) On a supposé qu'un enfant n'était pas gravement dénutri lorsqu'au plus une seule des méthodes en témoignait
c) On a considéré qu'il existait une déficience nutritionnelle grave chaque fois qu'au moins 2 méthodes concordaient dans leurs résultats (stade le plus sévère sur l'échelle utilisée)
On a mesuré ensuite la sensibilité et la spécificité relatives des méthodes en fonction des critères adoptés ci-dessus

Rappel: la sensibilité d'un test correspond au risque de considérer comme normal ou
modérément dénutri un enfant gravement atteint (faux négatifs)
la spécificité correspond au risque de considérer comme gravement dénutri un
enfant normal ou modérément atteint (faux positifs)

5) Résultats:

les données recueillies

A) Dénutrition grave:
4 mesures convergentes: 30 cas
3 mesures convergentes: 12 cas
2 mesures: 18 cas

B) Etat nutritionnel normal ou sub normal
1 mesure: 8 cas
Aucune mesure: 20 cas

Calcul de sensibilité et de spécificité

 
W/A
W/H
TALC
MSF
Sensibilité:
0.78
0.90
0.90
0.61
Spécificité:
0.85
0.96
0.89
1


6) Commentaire

Le ruban MSF a une spécificité absolue, mais une sensibilité très faible, il présente donc des risques importants d'oublier des enfants dénutris. Il a probablement été conçu pour répondre à des situations d'urgence et de famine où il s'agit d'identifier les enfants les plus menacés parmi une population elle-même à haut risque.

Le poids/âge est la moins fiable des méthodes: c'est la moins spécifique et l'une des moins sensibles. Les risques sont importants et presque équivalents dans un sens comme dans l'autre.

Le poids/taille est incontestablement le meilleur test. C'est le plus sensible et l'un des plus spécifiques. Les risques de faux positifs comme de faux négatifs sont faibles et confèrent une grande fiabilité à cette mesure.

Le ruban TALC présente des caractéristiques analogues au précédent, aussi sensible mais un peu moins spécifique. Ces 2 tests offrent par ailleurs le taux de concordance le plus élevé dans les comparaisons partielles.

Dans le contexte des programmes conduits dans les bidonvilles, où le volet nutritionnel est un élément parmi d'autres de nos interventions auprès des familles et présente donc un fort contenu éducatif, la sensibilité est évidemment plus importante que la spécificité. Dans cette optique, le ruban MSF doit être abandonné. Une spécificité faible n'est pas un inconvénient majeur. Le poids/âge présente une meilleure sensibilité, mais insuffisante en théorie par rapport aux 2 autres méthodes qui sont sans conteste les plus intéressantes. Objectivement, le classement tenant compte de la pertinence de la méthode en fonction du but recherché donnerait:
1) W/H
2) TALC
3) W/A
4) MSF.

Remarques: W/H est également la plus complexe des mesures à effectuer, puisqu'elle introduit un risque d'erreur sur 3 paramètres: le poids, la taille, et l'âge. W/A est un degré plus simple. Le périmètre brachial restant la méthode la plus facile à utiliser.

Malgré tout, l'accent mis sur la pédagogie et l'appréhension par les mères de l'aspect dynamique du statut nutritionnel donne à 1'indice W/A une valeur pratique indéniable dans les conditions du programme.

 

Philippe Redon fut responsable du programme de santé d'Ennery (Haïti) puis des programmes urbains de Bombay et Pune avant d'être chef de secteur Inde. Il est maintenant responsable du secteur Afrimad (Ethiopie - Madagascar).

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Propositions de Bruno Riezou sur la standardisation du recueil des données
Contribution de Thierry Vincent
Rapport de mission sur le recueil des données en Haïti, Bruno Riezou (septembre 98)
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