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Santé - santé infantile - Haïti "Mères pouvoir et santé en Haïti", Johanne Tramblay, Éditions Karthala 1995 ©, Fiche de lecture Jérôme Bruckmann, Inter Aide, juin 1999, revue et complétée par Anne Carpentier, Pratiques, oct. 2007 NB: Dans cette fiche de lecture nous avons fait le choix de reproduire certains passages qui nous paraissaient particulièrement pertinents pour appréhender la culture haïtienne et/ou pertinents pour la mise en uvre des programmes de santé tels que ceux que nous appuyons en Haïti. Ces passages sont reproduits en bleu. Préface L'auteur, anthropologue, a vécu en Haïti, dans une famille paysanne de Varreux (à 60 km environ de Port-au-Prince) de 1986 à 1988, dans le cadre d'une étude sur les relations de parentés, les pratiques de prévention et de soins materno-infantiles, et les stratégies de guérison des femmes de Varreux. Elle est inspirée par les oeuvres de Foucault, Deleuze, Guattari, interrogeant le sens donné par les Haïtiens aux technologies apportées par ceux qui "aident", se souvenant que les relations sociales sont des relations de pouvoir. Elle analyse les relations de pouvoir liées à la maladie, les stratégies de guérison élaborées au sein de ce qu'elle appelle les "affrontements socio-symboliques". La mythologie vaudou devrait permettre d'implanter un véritable ordre socio-politique comme l'assise de base pour la construction d'une éthique personnelle et sociale. "Il ne s'agit pas pour Trembay de re-propulser la religion vaudou vers un âge d'or ou de re-mythologiser une théologie en la réinsérant dans un lointain passé africain. Ce n'est ni d'une nouvelle temporalité ni d'une autre spacialité dont il est ici question mais plutôt d'un ancrage dans des fondations métahistoriques et toujours d'actualité (...). L'univers du vaudou est présenté comme forces directionnelles pour les Haïtiens dans la mesure où il fournit les paramètres à partir desquels les personnes construisent leur identité, balisent leur temporalité, marquent le cycle de vie, de la naissance à la mort, en ritualisant chacun des passages, tirant de leurs pratiques rituelles et sacrificielles force et sens pour la vie quotidienne et puisant dans des représentations ) contenu religieux des repères éthiques pour leur conduite". (p.11) Une pratique anthropologique (chapitre 1) "De septembre 1986 à mars 1988, j'ai vécu dans une famille paysanne de la section communale de Varreux. Cette zone rurale de la commune de Croix-des-bouquets est située à 60 km environ de Port-au-Prince. (...) La qualité des informations recueillies dépend en grande partie de l'accueil chaleureux et protecteur de cette famille vaudouisante qui m'a accueillie sous son toit (...) Le travail de l'anthropologue s'exerce à partir de cette entrée dans la culture pour l'entendre en son dedans. (...) c'est une position d'écoute et de regard qui se forme à l'intérieur de la culture. Mais cette position est nomade et revient sans cesse à une position d'extériorité par rapport à la culture étudiée. (...) C'est dans ce va-et-vient (...) que se met en place une logique d'interprétation. (...) Il y a d'abord et cela n'est jamais terminé, une rencontre intersubjective. L'anthropologue se permet ce genre d'approche parce qu'il pose la question du sujet se représentant la vie, la mort, la souffrance, l'injustice, le travail, la liberté, la jouissance et la transgression. Comment en effet, puis-je comprendre ces représentation qui, à Varreux, fondent les pratiques si je ne ressens pas leur beauté, leur plaisir et leur puissance?". (p.17-18) "Les projets de développement les plus nobles ou les plus rigoureusement établis se heurtent toujours à la représentation qu'en donne un groupe à partir des effets qu'ont ces projets sur le fonctionnement des relations. Les technocrates du développement ont tourné le dos au fait anthropologique de la représentation des choses, de la vie, de la mort et du travail, pour ne considérer que leur mécanisme. Le sens donné par un groupe à l'effet que produit une technologie nouvelle sur ses relations est déterminant pour son utilisation et son appropriation. Une technologie aussi utile soit-elle doit nécessairement passer par la mise en ÷uvre de sa symbolisation qui est multi-directionnelle. Il faut que cette technologie fasse sens au sein des relations qu'un groupe entretien avec lui-même, le monde et Dieu". (p.28) Repères cartographiques (Chapitre 3) Les soins du corps mettent en jeu des forces mécaniques et symboliques. La médecine créole est d'abord communautaire et s'exerce dans le lakou et son voisinage. Elle se distingue de la médecine moderne basée sur la méthode anatomo-pathologique développée à la fin du 18ème siècle qui relève de la tradition culturelle occidentale. Les femmes de Varreux désignent 4 catégories de maladie - naturelle Chacune de ces maladie réfère à une des deux médecines (traditionnelle ou moderne). "Chacune des deux médecines offre des moyens de prévention et de guérison pour les problèmes de santé spécifique aux enfants et aux mères. Les femmes de Varreux choisiront l'ensemble de ces moyens si ils sont facilement accessibles, s'ils se complémentarisent et surtout s'ils font sens dans leur logique interprétative de la maladie, de la naissance et de la mort. La maladie du bon dieu indique le chemin du docteur de la médecine moderne. La maladie naturelle, qu'on pourrait qualifier de mécaniste, peut conduire sur le chemin du docteur, mais elle relève d'abord d'un premier échelon de soins, celui des soins de santé communautaires tels que les a développé la médecine créole. Si c'est une maladie loa ou une maladie diable, les femmes de Varreux se dirigeront vers le hougan ou la mambo, qui occupe le troisième échelon dans la médecine créole." (p. 60) La médecine créole a 3 échelons :
Le lakou et la famille à Varreux (chapitre
4, p.71) Au moment de l'indépendance, les paysans se sont dotés de petits villages fortifiés où le chef patriarche regroupait les autres maisons en étoile autour de sa maison. Le chef du lakou (du français "la cour") est le représentant d'un groupe de parents formé de descendants d'un ancêtre commun. Les terres transmises par voie d'héritage sont indivises entre membres d'une même lignée. A l'origine, à la mort du chef de lignée, les terres étaient divisées en parties égales entre ses héritiers, devenant de plus en plus petites. L'appropriation privée se développe aujourd'hui. Les lakous se transforment aussi face à l'individualisme lié à l'ordre social chaotique et à la diversité des obédiences religieuses. Le droit coutumier (vrai "poumon juridique") régit l'ensemble
des relations familiales dont une composante est le plaçage (la
"place" était la parcelle de terre de l'esclave). Le
plaçage est un mariage coutumier, le plus souvent bigame ou polygame.
Il existe une hiérarchie dans la position des femmes. La femme
principale est la fanm kay, c'est à dire la femme maison; les autres
sont nommées fanm deho ou faem jaden, c'est-à-dire la femme
du dehors ou la femme du jardin. (p.77) Les auteurs s'opposent sur la question de la filiation:
Selon S.H. Vieux (Plaçage, droit coutumier et famille en Haïti, Paris Publisud 1989) on aurait là plutôt une filiation patrilinéaire, puisque le "principe de l'exclusivité sexuelle de la femme à l'égard de son mari s'explique en partie par le mode d'établissement de la filiation de l'enfant. Cette règle n'aurait aucun fondement dans un système matrilinéaire". (p.81) L'existence de deux systèmes juridiques produit des confusions. Le droit coutumier n'est pas reconnu par l'état. Les gouvernements on opté pour un droit positif monogame. Les hommes de Varreux profitent de la polygamie mais en renonçant souvent aux devoirs qui y sont liés. Les femmes vivent donc des plaçages successifs; nombre d'entre elles vivent près de leur mari ou de leur famille. Les femmes, dans un système qui apparaît patrilinéaire, prennent en charge la maison et les enfants. Mais dans un tel contexte de polygamie en désordre, les femmes deviennent des gestionnaires de la pauvreté. Une économie rituelle sapée, (Chapitre 5 p.87) Ayant perdu le droit sur la terre, les femmes se sont investies dans le travail de marchande, sans pour autant délaisser le travail de la terre. (p.99) Malgré l'animation de la journée, qui est souvent ponctuée de visites, d'humour et de courtoisie, la bienveillance dans les rapports sociaux est aussi traversée par une souffrance exprimée de toute sorte de façons. La situation économique de bon nombre des femmes de Varreux est une situation de survie. Si l'entraide se pratique dans les lakou et entre les membres d'une famille nucléaire, elle est loin d'être inconditionnelle.. 6. Les échanges symboliques (Chapitre 6
p.105) Les arbres et les plantes sont à la fois habitacle et média de l'énergie divine des esprits vaudous. Le vaudou est une institution religieuse fonctionnant sur la base de regroupements socio-politiques (filiation et / ou alliance). Il existe plusieurs réseaux de temples. Cette religion aménage un rapport cosmologique, écologique et énergétique au social. "Les esprits sont localisables dans l'environnement immédiat de la paysannerie. Les esprits sont omniprésents; Zaka réside dans la terre, Legba dans les carrefours, Guede dans les espaces souterrains, Buku dans les rivières, Ezili dans les sources des plaines. Les Loa tiennent une position qui leur est spécifique dans cette géographie mystique. Avec les feuilles qui sont associées aux Loa et en référence à cette géographie, une configuration anatomique est dessinée et détermine des traitements spécifiques: "Ainsi, Legba qui est le dieu des ouvertures va commander pour la maladie et la guérison toutes les affections buccales comme des autres ouvertures du corps. Dambala (l'air ou le ciel) guérit tout ce qui a rapport à la tête au moyen des herbes sacrées qui combattent les céphalées. Ezili, divinité des sources, par conséquent divinité humide, guérit les coliques"." (J.E. Pierre, La notion de salut dans le vaudou haïtien, thèse de doctorat, université de Montréal, 1989) (p.115) Il existe deux rites : rada (blanc) et pétro (rouge). La grande potentialité du vaudou réside dans son jeu avec les antinomies, à l'image des deux rites qui s'incorporent à l'image du ruban de Moebius. Dans le houmfo (temple) deux petites pièces sont reliées par un portique (une pour chaque rite). Chacun est habitée par les loas du rite concerné. Quant une fête y est donnée, les dons en l'honneur des loas sont par la même occasion un cadeau aux plus pauvres du groupe parental. En ce sens, la fête maintient les règles de réciprocité au sein du groupe. La générosité dans le don est attendue. Les membres de la famille rendront en retour des services et les loas pourront réaliser les vux de l'organisateur de la fête. La cérémonie est faite pour que chacun oublie son corps, son "moi" afin d'accueillir la voix des loas. Cette pratique s'acquiert par initiation. La transe est un premier pas de transgression. Papa Legba ouvre les barrières du monde invisible. Le rituel a pour principe la réciprocité (comme fin et moyen) loi non seulement d'ordre économique mais aussi de représentation. Cet espace est aussi celui de la faute possible car les dons sont précisément codifiés. "La ritualisation des procédures de guérison permet de préserver une position d'agent chez le malade, elle fait sens et favorise l'appropriation personnelle et sociale de l'événement". (p.125) Le vaudou est une expérience érotique collective. Le discours lubrique et la danse érotique souligne l'intime liaison entre la mort et l'érotisme. Par leur exaltation, les vivants transmettent leur énergie vitale aux esprits morts. Ces esprits la retourne en fertilisant la vie. Aussi apparaît ce pouvoir de jouissance, de transgression. (p.120-121) ainsi, le corps du malade sera guérit non pour qu'il se retrouve "productif" mais afin qu'il retrouve sa place et sa vitalité dans l'espace des échanges symboliques. D'ailleurs, le vaudouisant conçoit la personne comme étant formée de 5 éléments : - la gros bon ange (la personne spirituelle) La mort chez le vaudouisant est la perte du corps et un déplacement vers un autre ordre de vie. En résumé, le vaudouisant témoigne de sa conformité à un ordre écologique divin. Par ses rites, il établit une liaison entre lui, son groupe, la nature et le monde invisible, liaison par laquelle il tente de réduire la distance entre le profane et le sacré, jusqu'à leur fusion. 7. Dieu, l'Église et l'hôpital (chapitre
7, p.131) La position de Dieu est absolue. Il a créé les Loas. Les loas permettent aux vaudouisants de matérialiser la présence de Dieu. Leur présence est presque concrète dans la vie des paysans. Les loas blancs (du rite rada) se conjuguent aux saints, se distinguant des loas rouges (ou noirs, du rite petro) qui se conjuguent aux diables chrétiens. En effet, le vaudou s'est approprié les éléments de la religion catholique en modifiant la notion même de Dieu. Il est un principe de fertilité qui agit dans un bon sens, indiquant une route à suivre. L'église catholique a été le dispositif privilégié du pouvoir moral de la colonisation. l'épiscopat catholique reste composé d'Européens jusqu'en 1957. Duvalier change alors cette situation pour permettre aux Noirs de détenir ce pouvoir ecclésiastique. La superposition du discours religieux sur le "développement" a influencé les paysans (Dieu-développement-progrès). Certes il n'y a pas en Haïti de pouvoir prescriptif en dehors du religieux. Une différence entre catholicisme et vaudou réside dans la capacité de ce dernier à extérioriser ce que le premier incite à garder à l'intérieur (et retourne contre soi) la haine, la violence (p.137). Par ailleurs la Théologie de la Libération a rapproché le Dieu "chrétien" des paysans mais en affaiblissant la dialectique entre rada et petro qui produisait encore du sens en Guinée. Les Chrétiens excluent le rite petro (rejet de la représentation du mal) de même qu'en Occident, l'affirmation de la santé est posée comme exclusion de la maladie. Quand les paysans associent le docteur à Dieu, la cause de la maladie est abstraite alors que dans la pensée magique elle a presque "trop" de sens. Les conversions et la recherche d'une pratique morale. (p146) "Le protestantisme propose une structure de relation d'entraide qui n'a rien à voir avec les fondements de la culture créole; l'église catholique et l'église protestante exacerberent l'opposition Dieu-diable; (...) le vaudou pétro amalgamé aux rites lucifériens domine, par sa violence pure, l'imaginaire contenu dans les rapports sociaux. Ces institutions religieuses et magiques accroissent le durcissement des tensions paradoxales contenues dans les relations de pouvoir". (p.150) Les acteurs qui promeuvent un culture occidentale judéo-chrétienne ajoutent un degré de tensions (non résolues) au sein de relations sociales et socio-symboliques. Le fonctionnement des relations de pouvoir (chapitre
8, p.155) - pratiques d'exclusion: La notion d'individualité (personnelle et collective) qui induit une responsabilisation de la personne et de son groupe est absente en Haïti. Dieu, le diable, les Loas, les ancêtre et les Pères sont les souverains qui gouvernent les conduites. Le marquage social est fort. Dès l'origine, le baptistère fixe la place de chacun, renvoyant le citadin et le paysan à leur lieu d'origine, reproduisant la distinction qui existait entre les deux formes d'esclaves (l'esclave nouvellement arrivé d'Afrique, "bossale", était méprisé par l'esclave créole né dans le pays). La société haïtienne est extrêmement hiérarchisée. Il y a toujours quelqu'un au-dessous de soi et quelqu'un au-dessus auquel on se soumet ("tou moun pa moun": il y a des personnes qui ne sont personne). "Tou moun PA moun"
rappelle la relation maître-esclave où le premier se pose
comme sujet(...°. Il y a des êtres et des non-êtres et
entre ces deux catégories extrêmes se situent des modulations
de la voix selon un ensemble de critères qui fixent les règles
de différenciations sociales. Une personne interpellée par
quelqu'un qui se sent supérieur, parce qu'il détient des
attributs de la représentation du pouvoir, est interpellée
dans un langage impératif; le ton se module du doux au sec et du
chaud au froid, selon la distance psychosociale et économique qui
existe entre ces deux personnes. Il existe deux formes de travail domestique : la personne qui reçoit
un maigre salaire est le restavek (enfant du groupe
parental qui en échange de sa soumission reçoit nourriture,
vêtement et - en principe - scolarité). ainsi, dans la recherche
de solutions aux problèmes de survie, les paysans pauvres acceptent
de confier un ou deux de leurs enfants à des membres de la famille
plus fortunés. Le pouvoir du paraître (p.160): En tant que technique de relation de pouvoir, l'apparence codifie l'accès
à une position de maître. Les principaux attributs sont la
classe sociale, la scolarité, la proximité sociale avec
le pouvoir en place ou en opposition, l'argent, la maîtrise du français,
la couleur de la peau et la "possession" de plusieurs femmes
pour l'homme. "L'histoire d'Haïti est sillonnée d'ingérences multiples de la part de l'Occident. Et celles-ci sont validées par les représentations de la civilisation: la chrétienté contre l'animisme, l'humanisme contre la barbarie et la démocratie contre le totalitarisme. Même si la chrétienté procède du mépris, l'humanisme d'une violence douce et d'un intégrisme, et la démocratie d'un impérialisme, le Blanc domine toujours. La quête du pouvoir en Haïti vise un sommet à deux têtes: la tête blanche et la tête noire. les attributs du Blanc sont suffisamment incorporés pour que le pouvoir noir ait l'air blanc" (p.163) Le pouvoir de la violence des armes (p.168) Les macoutes ont contrôlé par la force la conduite des paysans. La police avait à la campagne un pouvoir d'intervention absolue intégrant les règles d'administration, de juge, de police et de chef de section. Suivant l'occupation américaine, le duvaliérisme - qui a utilisé les sociétés vaudous - a prolongé l'appauvrissement des paysans, non seulement économiquement mais aussi symboliquement, en maintenant l'ordre du colonialisme et évoquant le désir de décolonisation sans le rendre réel. Le pouvoir de la violence des esprits (p.174) Il existe trois grandes sociétés secrètes en Haïti (bizango, zobop, san pwèl) qui suggèrent par leur discours la transgression de l'interdit du meurtre. Ce thème met en forme l'extériorisation de la violence. (p.178-179) L'éthique duvaliériste a elle aussi poussé à l'extrême l'introduction du doute au sein des relations humaines, afin de se donner une position absolue d'autorité sur les autres. La culture vaudou participe de cet esprit par la protection ou la puissance conférée par la magie. Une logique "guerrière" se lit dans les acquisitions de loas et les pactes passés avec eux. Éthique néo-coloniale et coloniale (Chapitre 9, p.181) "La croyance des paysannes
de Varreux au bienfait du soluté après l'accouchement, aux
loups-garous dans les situations de maladies infantiles (...) appartient
au temps de "l'Aiön", il est du futur antérieur.
Ce temps est la mémoire d'un passé récent qui oscille
vers un passé de plus en plus lointain. Cette mémoire travers
l'espace de vie personnel pour se projeter plus loin dans des événements
qui sont impersonnels parce qu'ils relèvent d'une histoire collective:
filiale, locale, nationale, universelle, animale et moléculaire.
La représentation du passé est intimement liée au
devenir imaginé; ces deux temps s'inspirent mutuellement, s'interpénètrent,
se contraignent ou s'affranchissent l'un de l'autre selon les effets produits
par le fonctionnement des relations sociales. La médecine moderne étant souvent pratiquée par des personnes issues de la bourgeoisie, le risque d'affrontement des cultures existe, et ceci d'autant plus que les femmes de Varreux se montrent extrêmement sensibles à la forme de la relation qui leur est proposée en clinique ou en poste de rassemblement. Chapitre 10: un emprisonnement dans l'histoire (p.211) Chapitre 11: L'art de produire de nouveaux mélanges (p.229) De façon courante en Haïti, on qualifie
la médecine créole de médecine traditionnelle. Cette
qualification empêche les Haïtiens de penser leur deux médecines
dans le même temps: la médecine moderne est orientée
vers un devenir alors que la médecine créole est enracinée
dans le passé. Cette incompatibilité temporelle s'installe
aussi dans la communication entre les deux médecines. Elle sert
de support conceptuel pour valider la subordination de la médecine
créole à la médecine moderne. (...) Cette surbordination
(...) se retrouve dans l'ensemble des politiques de santé en Haïti,
excluant ainsi toutes formes de complémentarité, de juxtaposition
ou de coordination entre les deux médecines. Le discours sur le développement de la santé en Haïti (p.236) "L'anthropologie sociale, qui travaille dans
le champ de la maladie et de la naissance (...) tient compte de l'usage
social de la maladie pour comprendre les problèmes humains qui
en résultent. L'anthropologie a un point de vue sur une autre variation
du réel en cela elle est complémentaire de l'épidémiologie,
mais non réductible au registre bio-médical. Elle met en
évidence le fait que les conceptions et les pratiques locales liées
à la maladie sont inséparables d'une logique symbolique
immanente aux relations sociales. (...) p.241: "Le transfert des technologie, c'est
aussi le transfert des codes fondamentaux de la culture d'où proviennent
ces technologies. L'OMS nous dit que "miser sur la participation
de la population c'est accepter la diversité". (...) Toutefois,
un ensemble de concepts utilisés par la médecine moderne
orientent l'intervention vers la formation de codes de conduite qui n'ont
rien à voir avec la complicité du milieu. La médecine créole est empirique et symbolique "Une autre caractéristique de la médecine
créole, comme du vaudou, est son art des mélanges en tant
que dispositif d'appropriation.. Ce point est important dans la mesure
où cet art révèle une habileté d'appropriation
de la culture créole, qui peut inspirer un développement
conçu comme processus de différenciation". (p.
247)
L'Occident a médicalisé les événement materno-infantiles, oubliant qu'il est nécessaire à une société de les ritualiser. Le transfert de ces technologies biomédicales ne peut être réalisé qu'à condition d'être approprié et recomposé dans les termes de la culture qui les reçoit.
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