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PRATIQUES urbain- 2.2. éducation préscolaire - Fiche URBAIN-2.2.2.
Frank Wiegandt* Avertissement : cette fiche a été écrite en 1999. Depuis, l'action continue d'évoluer. Cette fiche constitue donc une part des archives du programme éducation de Pune. 1. La situation à la veille de l'autonomisation:
A. La situation du partenariat entre Snehdeep et Inter Aide Jusqu'en 97-98, Inter Aide se situait dans une optique d'expansion des
activités (essentiellement multiplication des offres de services
en éducation et santé) et d'amélioration constante
de la qualité technique de l'intervention. Le partenaire local,
Snehdeep, se percevait comme l'instrument de cette politique qui, au cours
des années, a produit d'excellents résultats en termes de
santé primaire et d'éducation. (Sneh Deep travaille sur
5 bidonvilles de Pune : Kashewadi, Lohia Nagar, Janwadi, Patel Estate,
Kamgar Putla (l'ensemble de ces quartiers regroupe environ 55 000 hb). L'annonce d'une possible réduction, voire même d'un possible
arrêt du financement via Inter Aide intervient en 98 comme un coup
de théâtre. La préparation de l'autonomisation Nous entendons par autonomisation un processus visant à rendre
les acteurs de l'intervention de développement (qu'ils soient professionnels
salariés de l'ONG locale ou "bénéficiaires")
en mesure de continuer les activités en cours, indépendamment
de la permanence ou de l'absence de flux financiers et d'expertise technique
en provenance de l'étranger. Cela veut dire que dans notre esprit,
le progressif détachement du partenaire local vis-à-vis
d'Inter Aide va de pair avec le détachement de membres salariés
de l'ONG locale qui s'établissent "à leur compte"
(semi-privatisation proprement dite) ou avec la constitution de groupes
autogérés de "bénéficiaires", etc. Le processus d'autonomisation qu'Inter Aide engage inclut par ailleurs
la constitution au sein de Snehdeep de la capacité à collecter
des fonds, ainsi que la constitution de groupes au sein de la communauté
cible qui pourraient reprendre des pans d'activités. La "semi-privatisation"
n'est alors qu'une facette d'un processus d'autonomisation à détentes
multiples. Il n'est pas possible de comprendre la singularité du processus d'autonomisation à l'intérieur de Snehdeep sans évoquer la nature des relations entre I.A. et Snehdeep. Snehdeep est une ONG indienne, dont le plus gros des activités est réalisé au travers des financements et de l'appui technique apportés par Inter Aide. Cette situation rend évidemment tout discours sur l'autonomisation délicat Des intérêts convergents Inter Aide veut promouvoir la "semi-privatisation" des actions d'éducation (dans une perspective classique de stratégie du développement : viabilisation et pérennisation), présentée comme une opération visant à rendre les éducateurs individuellement responsables de leur classe, comme entrepreneurs indépendants. Pour sa part et dans la perspective d'une cessation (ou réduction) des activités, Snehdeep est également intéressé par la réduction du nombre de ses salariés permanents.
Une participation communautaire insuffisante Le programme n'a jamais été strict dans sa politique de recouvrement des cotisations parentales dans le domaine de l'éducation : le taux de collecte variait entre 20 et 50%, et le montant de la cotisation mensuelle parentale n'excédait pas 10 roupies (1.50 FF), voire 5 roupies pour certaines maternelle. En incluant le coût du local mis à disposition par les associations de quartier (mandals) dans le calcul du niveau de participation communautaire, on arrivait à un pourcentage compris entre 15 et 20 % du coût d'une classe couvert par la communauté. Ce faible résultat en terme de recouvrement s'explique par plusieurs facteurs : le programme donnait la priorité à la couverture des 4-5 ans, afin que toute la tranche d'âge ait bénéficié d'une année en préscolaire avant d'entrer à l'école ; de plus les associations de quartier (mandals) qui fournissent les locaux ne comprenaient pas où ne voulaient pas que le programme demande en plus une participation aux parents. Les éducateurs salariés, de leur côté, conduisaient la classe sans se soucier outre mesure du coût ou du niveau d'autofinancement de leur classe. L'équipe locale jugeait qu'il ne fallait pas pénaliser l'enfant à cause du comportement irresponsable des parents. Cet état d'esprit au sein de l'équipe était renforcé par l'attitude de Snehdeep dont la vocation est de pallier l'absence de structures publiques dans les bidonvilles. De plus, Snehdeep a longtemps, un peu mécaniquement, conclu à la pauvreté des "bénéficiaires" de son intervention dès lors qu'ils habitent le bidonville. C'est avec le démarrage des activités génératrices de revenus à Kashewadi (un des bidonvilles d'intervention), que l'équipe du programme a pris conscience de l'intérêt d'évaluer à intervalles réguliers le niveau réel de pauvreté des habitants des différentes poches du bidonville. On a ainsi pu constater une grande disparité des niveaux de revenu en fonction des poches, et en fonction des foyers. Cette évaluation a aussi débouché par la suite sur la sélection des premières "familles accompagnées" (voir à ce sujet la description synhtétique du projet d'accompagnement familial mené en partenariat avec Snehdeep à Pune).
Nous avons entamé fin 98, une campagne de promotion en faveur de la semi-privatisation des balwadis (littéralement "jardins d'enfants"), telle que décrit dans la fiche URBAIN.2.2.1 : mais la semi-privatisation a pris une tournure différente à Snehdeep, puisque seuls certains éducateurs de classes de soutien sont individuellement "semi-privés" : ils opèrent en tant qu'individus, managent leur classe, se rémunèrent sur les écolages collectés auprès des parents, et touchent une subvention complémentaire de Snehdeep calculée en fonction du nombre d'enfants pauvres inscrits, identifiés par l'équipe d'accompagnement familial. Les autres éducateurs ont préféré se regrouper au sein d'une association, Ratnasagar Shishu Vikas Kendra, créée en juin 99 (cf. ci-dessous, § III.A.). Durant cette campagne de promotion de la "semi-privatisation", il nous est apparu qu'il était contre-productif de trop mettre l'accent sur l'aspect financier de l'opération : les éducateurs ne voyaient pas comment, livrés à eux-mêmes, ils pourraient atteindre de meilleurs résultats financiers que lorsqu'ils étaient employés d'une grande structure. Par ailleurs, ils ne voulaient pas consacrer trop de temps à la collecte, au calcul, au suivi des comptes, etc. (Dans une société très hiérarchisée, stratifiée et compartimentée comme l'est la société indienne, il est excessivement difficile de faire remplir différentes taches à un même individu). Les éducateurs avaient jusque là compris la semi-privatisation comme une contrainte négative à travers laquelle Inter Aide cherchait à faire supporter à Snehdeep les conséquences des perspectives financières moroses, avec Snehdeep, qui s'empresserait à son tour de les répercuter sur certaines catégories de salariés (un peu comme ce qui se passe pour l'économie mondialisée où, sous couvert d'ouverture et de libéralisation, les salariés voient leur statut fragilisé et leurs avantages démantelés ). A cela s'ajoutait que les cotisations parentales collectées allaient alimenter un compte recettes locales de Snehdeep, sans que l'argent ne revienne sous une forme ou une autre sur les sites de collecte. Nous avons insisté sur le fait (au cours de multiples réunions préparatoires) que la semi-privatisation permettrait aux éducateurs de réinvestir dans leurs classes les fruits de leur collecte, et que chaque enseignant serait libre d'aménager sa classe en fonction de ses désirs, pour la rendre plus attractive, ce qui leur permettrait également de justifier auprès des parents l'augmentation des écolages. Les éducateurs étant légitimement plus soucieux de pédagogie que de finance, nous avons rencontré à ce moment un écho très favorable. Cet aspect a été ultérieurement formalisé dans l'agrément signé qui lie l'association d'éducateurs Ratnasagar Shishu Vikas Kendra à Snehdeep.
Augmenter la collecte des cotisations parentales Lorsque nous avons fixé les objectifs pour l'année scolaire 1999-2000, nous avons mis l'accent sur la nécessité d'augmenter le niveau d'autofinancement des classes. Pour habituer les éducateurs à connaître dépenses et recettes des classes, à gérer un budget et à calculer le taux de collecte ainsi que le taux d'autofinancement, nous les avons associés dès janvier 1999 au calcul du budget mensuel prévisionnel (avec l'addition des dépenses : salaires, fournitures, etc., l'addition des recettes : cotisations parentales, donations, etc.) et d'un planning financier. Cela a permis aux éducateurs d'acquérir une pratique dans ce type de comptabilité et de savoir à tout moment quel était leur niveau d'autonomie et combien chaque parent d'élève devrait payer pour rendre la classe financièrement autosuffisante. Mais les éducateurs continuaient de penser qu'on leur demanderait d'être financièrement autonomes dès le lendemain de la semi-privatisation - ce qui, à ce stade, aurait été utopique. Nous avons précisé (Mr. Patil, coordinateur éducation à Snehdeep, et moi-même) qu'il s'agissait d'engager un processus qui devait déboucher sur l'indépendance financière, et que l'un des moyens pour atteindre cet objectif était de structurer différemment le travail éducatif (semi-privatisation), l'autre étant de rendre les classes plus attractives. Dès que la pression financière fut levée (la nécessité de devenir financièrement autonome étant projetée, avec des étapes, sur un horizon plus lointain), les éducateurs ont plus volontiers envisagé la perspective de la semi-privatisation. Ils ont été complètement rassurés au moment où ils ont su que l'équipe d'accompagnement familial les aiderait à identifier les familles qui sont vraiment pauvres et qui seront dispensées de payer (Snehdeep couvrant l'équivalent de leur participation). Un autre facteur déterminant dans l'acceptation des éducateurs de s'inscrire dans la logique de la semi-privatisation a été la promesse donnée par Snehdeep qu'ils toucheraient une indemnité compensatoire au pro rata des années de travail avec Snehdeep. Multiplier les sources de financement Nous avons calculé que pour espérer rendre les classes
financièrement autonomes, et en ayant une moyenne de 25 à
30 élèves par classe, la cotisation minimale par enfant
et par mois devrait être d'environ 6 FF (45 roupies ou 1 euro) : Pendant l'année de transition 98-99, l'écolage demandé était de 10 roupies (1.40 FF ou 0.20 euro) par enfant et par mois, avec des frais d'inscription semestriels de 10 roupies, soit 130 roupies par an par enfant (18.50 FF ou 2.80 euros). En imaginant un taux idéal de collecte de 100% et en incluant le coût du local mis à disposition gratuitement (400 INR = 57 FF par classe ou 8.70 euros), nous pouvons atteindre dans le meilleur des cas 130 Rs x 30 enfants = 3 900 INR par an à quoi on ajoute le coût du local, soit 400 roupies x 11 mois = 4 400, soit un total de 8 300 INR (1 185 FF = 180 euros), à mettre en face du coût 1.600 x 12 = 19 200 (2 740 FF = 418 euros) soit un pourcentage de 43,22% d'autofinancement. En admettant que 20% des enfants admis sont issus de l'accompagnement familial et donc sponsorisés par Snehdeep, nous aurions 24 parents d'élèves qui devront payer 45 roupies. Demander ce montant et réussir à le collecter a semblé complètement utopique aux éducateurs. Cependant, ce montant ne parait pas excessif dans l'absolu, compte tenu
de ce que les parents des classes moyennes indiennes investissent dans
éducation de leurs enfants, et compte tenu du revenu par tête
observé dans certaines poches développées du bidonville
(500 roupies, soit environ 10 euros per capita; pour une
famille de 5 personnes vivant au "seuil de pauvreté officiel"
(420 roupies * 5 personnes soit environ 300 FF = 45 euros) un écolage
de 20 roupies représenterait 1% du revenu mensuel. Mais ce seuil
de pauvreté est contesté par le milieu associatif indien
comme étant largement surévalué; de plus les parents
comparent plus facilement l'écolage mensuel à leur
revenu journalier: le revenu d'une journée de travail informel
oscille entre 1 et 2 euros (50 et 90 roupies). Dans un premier temps donc, et compte tenu du retard pris dans l'application
d'une politique de recouvrement stricte et de hausse progressive du niveau
des cotisations (qui devraient augmenter parallèlement à
la croissance du niveau de conscience de l'utilité de la préscolarisation),
nous avons établi comme priorité : 2.B. La nécessite d'améliorer
la qualité de l'enseignement dispensé Défonctionnariser la pratique de l'enseignement Parallèlement à la politique de recouvrement et à la hausse progressive du niveau des cotisations, il est apparu urgent de travailler sur la qualité du service rendu. Ce travail sur la qualité est devenu l'élément moteur de la semi-privatisation, ceci pour deux raisons : d'abord parce qu'il rejoint le souci premier de l'enseignant et qu'il réoriente l'attention sur ce qui est le plus important, la qualité de l'enseignement, ensuite parce que les parents ne sont prêts à payer davantage que si la qualité offerte est également revue à la hausse. L'équipe d'appui à l'éducation de Snehdeep, c'est-à-dire le coordinateur éducation, le superviseur qualité et le superviseur administratif, s'est ainsi mise à la disposition des éducateurs pour établir en commun une charte de qualité avec, à plus long terme, l'idée de concevoir une "classe modèle" (du point de vue de l'environnement éducatif, matériel et pédagogique, cf. ci-dessous) Cette charte de qualité est devenue par la suite le document qui, avec l'agrément signé, permet à Snehdeep de superviser le travail des éducateurs en échange du paiement de la subvention complémentaire mensuelle. Ce travail sur la qualité, l'établissement d'une charte et la réflexion soutenue autour de ce thème, ont contribué a complètement dépoussiérer la pratique de l'enseignement.
Pour améliorer la qualité de l'enseignement, mais aussi pour pouvoir travailler dans un cadre semi-privé, nous avons constaté que les occasions d'interactions constructives entre parents, éducateurs, responsables locaux devaient être multipliées. Les locaux ayant été mis gratuitement à la disposition de Snehdeep par les associations de quartiers (et non à des éducateurs indépendants ou à une association d'éducateurs) il a également fallu convaincre les responsables locaux du bien-fondé de cette nouvelle politique de semi-privatisation. Ces derniers considéraient que la mise à disposition des locaux constituait déjà une participation communautaire suffisante et s'opposaient à la hausse des cotisations. Des échanges soutenus ont été nécessaires pour surmonter leur résistance. Ce travail de communication devra de plus en plus être repris par les éducateurs. Pour travailler dans un cadre semi-privé (davantage à son propre compte), l'enseignant doit aussi "soigner sa clientèle" en quelque sorte, et constamment identifier et interpréter les besoins et les attentes des familles des élèves. Ceci nécessite une intensification des visites domiciliaires et une multiplication des réunions de parents. 3. Les activités mises
en oeuvre pour atteindre les objectifs: Donnez VOTRE AVIS, faire part de vos idées et suggestions, par mail ou sur le forum. Merci ! Retour au
sommaire éducation Sur le préscolaire, voir aussi la synthèse de la rencontre de juillet 98 : participation des parents au coût des maternelles, et la fiche 2.1.1. d'ESSOR sur les crèches au Brésil. Sur les actions d'éducation mené à Pune avec Snehdeep, voir aussi la description du volet soutien scolaire. Sur la petite enfance, voir aussi Module de formation sur la petite enfance, Alexandra Lesaffre, Coopé Sud / Inter Aide * Frank Wiegandt a été responsable du programme Social à Pune (accompagnement des familles et éducation) de l'automne 97 au printemps 2000. Il a ensuite travaillé au Malawi, ou sa femme, Katya Wiegandt était responsable du programme d'éducation à la santé dans les écoles à Zomba. En avril 2001 il fut basé à Addis Abeba où il apporta un appui aux programmes hydrauliques, agricole et de santé menés par Inter Aide dans le Wolayta.
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