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PRATIQUES urbain- 2.2. éducation préscolaire - Fiche URBAIN-2.2.2.
Frank Wiegandt* Avertissement : cette fiche a été écrite en 1999. Depuis, l'action continue d'évoluer. Cette fiche constitue donc une part des archives du programme éducation de Pune. Première partie :
3.A. La création d'une entité juridique distincte pour assumer la gestion du préscolaire Les différentes alternatives : "la semi-privatisation pure" Une fois que le concept et l'intérêt de la semi-privatisation ont été bien compris et partagés par les éducateurs, différentes formules ont été évoquées pour atteindre les objectifs fixés. Nous avions d'abord proposé de semi-privatiser chaque balwadi (cf. URBAIN.2.2.1. Préambule) : les éducateurs seraient des entrepreneurs indépendants dans le domaine de l'éducation (seuls ou associés à deux ou trois) qui conduiraient leur classe sans être salariés d'une école ou d'une ONG, et se rémunérant sur les cotisations parentales. Ces cotisations étant insuffisantes dans les quartiers pauvres, les éducateurs indépendants recevraient un soutien de l'ONG locale : les éducateurs accepteraient de prendre en charge des enfants identifiés par l'équipe de l'accompagnement familial, et l'ONG verserait une subvention complémentaire en fonction du nombre de ces enfants. En contrepartie, l'ONG exigerait un certain nombre de garanties quant au niveau des enseignants (formations obligatoires organisées par l'ONG), à la qualité de l'enseignement (contrôle de qualité, adhésion à une charte) et à la rigueur des comptes (contrôle des comptes). Nous proposions également la labélisation des maternelles garantissant leur qualité, et prônions la mise en réseau des écoles labélisées (un tel réseau de maternelles semi-privées serait en meilleure position pour négocier avec les autorités et obtenir un appui, ou pour résister en cas de diminution des ressources en provenance de l'extérieur via les ONG partenaires). Mais ce modèle a été rejeté par les éducateurs
préscolaires de Snehdeep, pour les raisons suivantes : Une notion qui revenait fréquemment dans le discours des éducateurs était celle d'entraide : chaque enseignant, conscient de ses propres limites et lacunes, était désireux être associé à d'autres éducateurs pour partager et échanger sur des sujets pédagogiques et financiers. Ils ont alors proposé de constituer une association d'éducateurs semi-privés.
La décision des éducateurs de se constituer en association inaugurait bien d'une dynamique désormais portée par les éducateurs eux-mêmes. Cette formule paraissait possible dans la mesure ou il y a une forte homogénéité au sein de l'équipe d'éducateurs de Snehdeep et que la plupart se connaissent et travaillent ensemble depuis de nombreuses années. En considérant la longue période pendant laquelle ces éducateurs (toutes des femmes issues d'un milieu très modeste et vivant soit en périphérie ou dans un bidonville avec un capital culturel faible) ont été employées par Snehdeep (10 à 15 années pour certaines), il paraissait évident qu'elles auraient eu, individuellement, énormément de mal à échapper à la tutelle paternaliste de leur ancien employeur, le Dr. Bhandari. Le fait de former une association semblait aussi créer les conditions d'une réelle autonomisation et d'un transfert de responsabilités. Cette formule présentait aussi l'avantage de permettre une meilleure division du travail, avec la formation d'un comité pour le travail sur la qualité de l'enseignement, et d'un autre comité pour les aspects financiers et comptables. Ces comités se spécialisent alors sur certains aspects très techniques, pédagogiques ou financiers, puis soumettent au " Board " (composé d'un Président, d'un vice-président, d'un Secrétaire et d'un Trésorier) et au " Général Body " un ensemble de propositions. L'Association d'éducateurs a opté pour un mode de fonctionnement réellement démocratique.
Ce choix d'appuyer la création d'une association d'éducateurs n'exclut pas l'option de travailler, parallèlement, avec des éducateurs entrepreneurs indépendants. (Les éducateurs des classes de soutien scolaire de Snehdeep, qui sont recrutés sur une l'année scolaire, et qui changent du coup d'une année à l'autre, s'intègrent plus facilement dans ce concept - voir présentation du soutien scolaire à Pune). Cette formule d'association d'éducateurs pourrait également (notamment en cas d'échec ou de dysfonctionnement de l'association) être une phase de transition vers la semi-privatisation à proprement parler, les éducateurs pouvant se regrouper ensuite en réseau labélisé de "balwadis" semi-privés (et décider de partager des services communs, tels que commandes de fournitures, audit comptable, etc.). Enfin, passer par la case association paraît être une bonne option, étant donné l'ampleur et l'ancienneté du programme et la tendance au paternalisme de l'ONG locale - et l'expérience menée avec Snehdeep cette année semble le confirmer : pour l'instant, tandis que l'association d'éducateurs bénéficie d'une réelle autonomie (les membres de l'association ont organisé leur propre voyage d'études à Bangalore, par exemple), les quelques éducateurs semi-privés (indépendants) sont véritablement des "RMIstes" du travail social, avec tous les inconvénients d'une autonomie relative et tous ceux d'un rattachement aléatoire à Snehdeep (ils sont rattachés à Snehdeep quand tout va bien, et sont "à leur compte" quand il y a des problèmes !).
Son but est d'assurer la préscolarisation ainsi que - partiellement
(certains éducateurs conduisant également ce type de classe)
- le soutien scolaire des enfants de 4 bidonvilles de Pune : Kashewadi,
Lohia Nagar, Patil Estate et Janawadi, avec pour mots d'ordre : proximité
et qualité. L'association a décidé de fixer à 12 roupies (1.70 FF) le montant demandé par mois et par enfant aux parents pour l'année scolaire 1999-2000. Snehdeep s'est alors engagé à couvrir la différence de 33 roupies sous forme de " tuition fees " et de la verser sur un compte ouvert par l'association d'éducateurs.
La décision d'affecter les cotisations collectées à l'amélioration de l'environnement éducatif L'association indépendante d'éducateurs " Ratnasagar Shishu Vikas Kendra " a décidé lors d'une réunion extraordinaire d'affecter une partie substantielle du montant des cotisations parentales collectées à l'amélioration de l'environnement des classes. Par environnement des classes, nous entendons bien sur environnement physique - toujours susceptible être amélioré - mais aussi environnement intellectuel ou stimulation intellectuelle : il s'agit de faire en sorte que l'enfant puisse manipuler un matériel toujours à proximité en fonction de choix personnels, en se servant de l'enseignant comme guide et en utilisant un langage adéquat (le parler fort et de manière " infantilisante " est à bannir). Les éducateurs veulent aussi tenter, en vertu des thèses du pédagogue russe Vygotsky, d'identifier pour chaque enfant - et là c'est totalement nouveau - " la zone de développement à proximité ", c'est-à-dire de repérer exactement le stade auquel est l'enfant dans sa progression cognitive, pour le guider vers le stade suivant. Ceci nécessite bien sûr un suivi continu, rapproché et bien documenté (fiches de suivi personnalisées, bien négligées pendant des années ). Il a aussi été décidé de diviser la classes en zones (apprentissage, jeux, repos, collation, etc.) et de diviser le temps en séquences. Le " syllabus " ou " curriculum " pour l'année scolaire 1999-2000 fut fixé pour la première fois par le personnel concerné de Snehdeep en collaboration avec les éducateurs membres de l'association. Si cette décision d'affecter une partie des écolages à l'amélioration de l'environnement éducatif a eu l'effet positif de motiver les éducateurs, qui s'approprient ainsi l'action en la dynamisant, et de légitimer, auprès des parents, l'augmentation des écolages, elle présente aussi le risque - si elle est renouvelée chaque année - de vider la semi-privatisation de son sens, dans la mesure où la rémunération des éducateurs est, de fait, financée par Snehdeep. (Le schéma proposé de semi-privatisation prévoyait que les éducateurs se rémunèrent, à terme, sur les écolages - la subvention complémentaire de l'ONG ne servant plus qu'à préserver l'accès des plus pauvres aux balwadis, et au suivi et à la formation des éducateurs).
L'association d'éducateurs a constitué un " programme committee " chargé d'étudier les problèmes liés à la pédagogie, l'environnement de la classe, le développement de l'enfant, la préparation de cessions de formation, etc.. Ce "programme committee" composé de 3 membres (Mesdames Chawan, Totekar et Budhkar) travaille en collaboration avec madame Bhaosar, le superviseur qualité de Snehdeep. Madame Bhaosar visite toutes les classes à intervalles réguliers et rend un rapport sur la qualité (matérielle et pédagogique) du travail avec une série de recommandations à Snehdeep (à son coordinateur, Monsieur Patil) et à la Présidente de l'association d'éducateurs (Madame Balgohire). Cette dernière remet le rapport d'évaluation au "programme committee" qui agit et réagit en fonction des recommandations et interrogations formulées. L'enjeu à terme étant de faire réaliser un contrôle de qualité par les membres de l'association eux-mêmes. Puis de confronter les 2 rapports, et d'agir en conséquence (pour de ne pas laisser à Snehdeep le monopole de la définition des critères de qualité et d'évaluation, afin de favoriser l'autonomie de l'association d'éducateurs).
4.A. La logique de transfert des responsabilités à l'association d'éducateurs Sur le plan de la gestion financière En mai 1999, avant même son enregistrement officiel, l'association (les membres du Board en fait, le "finance committee" ayant été constitué plus tard) a proposé à Snehdeep un budget pour l'année scolaire 1999-2000. Pour conduire 24 classes pendant 12 mois (le mois de vacances en mai étant consacré à la formation et à la préparation de l'année scolaire suivante), le budget de l'association est de 417.600 roupies (environ 59 655 FF).
NB : les classes de soutien coûtent moins cher car il n'y a pas d'assistnat et moins de fournitures à acheter que pour les maternelles Ayant fixé le niveau de la cotisation parentale à 12 roupies par mois par enfant pour l'année en cours, et en attendant une moyenne de 25 enfants par classe (25 enfants x 24 classes = 600 enfants), avec 80% d'enfants qui doivent payer (20%, soit 120 enfants étant supposés être issus de l'accompagnement familial et donc sponsorisés par l'ONG), on obtient 72 960 roupies de recettes d'écolages ( 10 420 FF), + 10 560 roupies ( 1500 FF) en donations diverses (collecte lors de la fête de Diwali notamment) soit un total de 83 520 roupies ( 11 930 FF) que l'association d'éducateurs s'engage à collecter auprès des parents. Snehdeep doit donc apporter une contribution financière complémentaire de 218 880 roupies (31 270 FF) sur la période allant de juin 1999 à mai 2000.
Le "finance committee" composé de 3 membres de l'association (qui enseignent par ailleurs: il n'y a pas, à Ratnasagar, de salaire pour ce type d'engagement) remet chaque mois au superviseur administratif de Snehdeep un rapport comptable (nombre d'enfants, assiduité, montants collectés, etc.) donnant des informations sur l'utilisation de l'argent collecté et une demande d'argent pour le mois à venir. Le superviseur administratif évalue lui-même au cours de visites régulières la qualité de la ponctualité, de la documentation (respect des procédures comptables, etc.) et du niveau de collecte. Il établit un rapport qu'il remet à son coordinateur et à la présidente de l'association. L'association a son propre compte en banque sur lequel est transféré la subvention complémentaire de Snehdeep, et où est déposé l'argent collecté auprès des parents. Snehdeep a accès aux relevés de compte bancaire. Les rémunérations des éducateurs sont payés par l'association d'éducateurs qui puise dans les fonds transférés par Snehdeep comme dans les fonds collectés auprès des parents. Le niveau de rémunération des assistants est fixé par les éducateurs, celui des éducateurs est fixe par décision consensuelle de l'association (le critère choisi est l'ancienneté : la rémunération s'échelonne entre 400 et 700 roupies - 10 à 15 €- par mois et par classe pour les éducateurs, et entre 150 et 300 roupies - 3 à 6 € - par mois et par classe pour les assistants). Les salaires sont payés en liquide aux helpers par les éducateurs, et transférés sur le compte des éducateurs par l'association une fois par mois. Les sommes transférées par Snehdeep sont dénommées "tuition fees". C'est le soutien de "l'organisme de promotion de l'éducation" de Snehdeep à une Association qui préscolarise des enfants très pauvres du bidonville (complètement sponsorisés), et d'autres moins pauvres (partiellement sponsorisés, en attendant que - par étapes - les parents s'habituent à payer davantage).
Comme on l'a vu, les éducateurs ont fourni un effort particulier pour rendre les classes plus attractives : rénovations (coups de peinture, dessins, etc.), achat de matériel pédagogique en bois (plus longue durée de vie), division des effectifs en groupes en fonction de la phase de développement, division du temps de présence en séquences, etc. Le plus important, sans aucun doute, aura été que, pour la première fois, les éducateurs ont pu eux-mêmes réfléchir à ce qui était nécessaire au bon fonctionnement de la classe et au développement des enfants, puis le mettre en uvre. Le fait de ne plus être salariés de Snehdeep, et de pouvoir
faire suivre sans délais la formulation d'une idée par sa
mise en uvre, a libéré des quantités insoupçonnées
d'énergie productive chez les éducateurs. La conception
d'une "classe modèle" est prévue pour la rentre
prochaine. Au niveau de l'autonomie financière Comme on l'a vu ci-dessus, pour année scolaire 1999-2000, le degré
d'autonomie financière est de 47,58% sur un budget de 417.600 roupies
dès lors que l'on inclut dans le calcul le montant des loyers (400
roupies par classe) qui sont mis à disposition gratuitement par
les associations de quartiers. - le niveau de collecte pendant le mois de la rentrée (rentrée
qui s'échelonne de la mi-juin à la mi-juillet) est traditionnellement
faible ; Les résultats sont néanmoins encourageants, dans la mesure où l'association d'éducateurs cherche elle-même à résoudre le problème d'une collecte insuffisante par ses membres. Snehdeep soulève le problème, mais ne donne que le montant calculé en fonction du budget.
Au niveau pédagogique, une réelle dynamique d'appropriation
par les éducateurs du contenu de leur enseignement est en cours.
Les efforts consentis sont en train de porter des fruits : Donnez VOTRE AVIS, faire part de vos idées et suggestions, par mail ou sur le forum. Merci ! Retour au
sommaire éducation Sur le préscolaire, voir aussi la synthèse de la rencontre de juillet 98 : participation des parents au coût des maternelles, et la fiche 2.1.1. d'ESSOR sur les crèches au Brésil. Sur les actions d'éducation mené à Pune avec Snehdeep, voir aussi la description du volet soutien scolaire. Sur la petite enfance, voir aussi Module de formation sur la petite enfance, Alexandra Lesaffre, Coopé Sud / Inter Aide * Frank Wiegandt a été responsable du programme Social à Pune (accompagnement des familles et éducation) de l'automne 97 au printemps 2000. Il a ensuite travaillé au Malawi, ou sa femme, Katya Wiegandt était responsable du programme d'éducation à la santé dans les écoles à Zomba. Depuis avril 2001 il est basé à Addis Abeba où il apporte un appui aux programmes hydrauliques, agricole et de santé menés par Inter Aide dans le Wolayta.
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