|
PRATIQUES - URBAIN - 2. éducation, soutien scolaire 2.3.1
L'objectif général du soutien scolaire
à Pune est de prévenir l'abandon des enfants en situation
d'échec scolaire, c'est-à-dire de préserver leurs
chances de faire une scolarité normale qui débouche sur
l'équivalent du BEPC (qui permet l'accès aux formations
professionnelles d'infirmiers, techniciens, enseignants du primaire...).
L'abandon précoce ainsi évité, permet par ricochet
de prévenir des dérives telles que recherche de petits
profits immédiats, délinquance, alcoolisme... L'enjeu majeur est de permettre à l'enfant et au jeune du bidonville de rester en quelque sorte dans le jeu social, en lui permettant d'accéder à un diplôme reconnu et d'accumuler un capital lui ouvrant les portes du marché officiel du travail - il peut alors imaginer échapper au secteur informel auquel son origine socio-économique semble le condamner. L'objectif général des classes d'éducation informelle est de préparer les enfants qui n'ont jamais été à l'école ou qui ont abandonné prématurément le circuit scolaire, à intégrer ou réintégrer l'école. Avec comme second objectif, pour ceux dont la réinsertion au circuit scolaire semble trop utopique (problèmes familiaux, retards trop importants), l'alphabétisation et la création d'un lieu de convivialité.
Les critères de sélection sont
variés :
Les classes conduites avec l'autorisation de la Municipalité de Pune dans les locaux des écoles publiques sont gratuites car nous n'avons pas l'autorisation des autorités municipales de les faire payer. Pour les classes de soutien conduites en dehors de l'école publique, les parents participent financièrement à raison de 10 Roupies / mois / enfant en moyenne (10 INR soit environ 1.50 FF). Le programme prévoit d'informer et motiver les parents (assiduité de l'enfant, paiement des écolages...). Les enseignants doivent faire des visites à domicile régulières et organiser des réunions de parents d'élèves; ils informent les enseignants de l'école publique, parents et field-workers du programme d'accompagnement familial des progrès de l'enfant.
Les classes sont donc conduites pour partie dans les locaux de l'école publique, pour partie dans les locaux de Sneh Deep et Deep Griha dans les bidonvilles. Les filles viennent aux classes du matin parce qu'elles ont cours l'après-midi et les garçons l'après-midi parce qu'ils ont cours le matin. Ils viennent pour 2 heures ½ de soutien 6 jours par semaine (hors vacances). Il y a de 25 à 30 élèves par classes (58 classes au total pour 30 enseignants). Les classes de soutien scolaire qui ont lieu dans les écoles publiques reprennent le principe d'une salle de classe par niveau d'élèves. Les classes qui ont lieu dans les bidonvilles peuvent
réunir jusqu'à 7 niveaux (du CP à la 5ème),
faute d'espace disponible ; les élèves sont répartis
en autant de rangées qu'il y a de niveaux (1 rangée
par niveau) ; en fonction des activités, les enfants peuvent
aussi être assis en cercle. Les autorités scolaires sont invitées à participer à la sélection des enfants et rendent compte de l'impact du soutien scolaire en communiquant régulièrement aux enseignants du soutien scolaire les notes reçues par les enfants à l'école.
Pour les interventions dans les écoles publiques,
Sneh Deep et Deep Griha ne recrutent que des enseignants diplômés
qui, jeunes pour la plupart, cherchent à accéder à
la fonction publique. Au mois de juin (rentrée scolaire), ils
savent qu'ils ne sont pas embauchés dans une école publique
et acceptent d'animer des classes de soutien à partir de juillet.
Nous considérons qu'ils doivent avoir au moins le même
niveau que les enseignants de l'école publique - ceux-ci feraient
de la résistance si on leur assurait pouvoir obtenir de meilleurs
résultats en faisant intervenir des enseignants moins diplômés
qu'eux. Les classes conduites dans les bidonvilles en revanche, sont souvent animées par des enseignants moins diplômés (niveau BEPC ou même moins, avec une formation spécifique préalable dispensée par le programme). Les enseignants gagnent 500 à 600 roupies (environ 75 à 90 FF soit 12 à 14 €) par mois par classe (indépendamment de leur statut ou diplômes), ce qui veut dire qu'ils touchent entre 1000 et 1200 roupies par mois pour un plein-temps (environ 150 à 175 FF ou 23 à 27 €) . Ils travaillent tous à plein-temps, soit en animant deux classes de soutien par jour ou une classe de soutien et une classe d'éducation de base, ou d'alphabétisation pour adultes ou encore de maternelle (balwadis). Les différents statuts : - Certains des enseignants sont salariés permanents de l'ONG Deep Griha, d'autres ont un contrat à durée déterminée (pour l'année scolaire + un mois de congés payés en mai) et ils peuvent être réengagés à la rentrée suivante en juin. - D'autres enseignants ont rejoint le Collectif d'enseignants (Ratnasagar Shishu Vikas Kendra, créé par les éducateurs anciennement salariés par Sneh Deep pour autonomiser le volet Éducation préscolaire du programme cf. URBAIN.2.2.2.) parce qu'ils animent à mi-temps une maternelle (ils sont rémunérés par le Collectif, sur les écolages collectés et la subvention mensuelle de Sneh Deep). - D'autres encore n'ont pas de contrat mais reçoivent
des " tuition fees " de Sneh Deep pour chaque enfant admis,
en fonction de critères fixés dans une sorte d'accord
de partenariat : ils doivent sélectionner les enfants, faire
des visites domiciliaires, maintenir un dossier pour chaque enfant (fiches
de progrès, carnet de santé...), assurer les cours, suivre
les enfants qui ne viennent pas régulièrement, maintenir
les contacts avec l'école publique, avec les parents et avec
le coordinateur-superviseur de l'ONG. Le coordinateur de l'ONG ainsi que le responsable de programme suivent régulièrement les enseignants dans leur travail sur le terrain. Des sessions de formation continue sont organisées deux à trois fois par an.
L'enjeu est donc de faire retrouver à l'enfant
sa volonté naturelle d'apprendre, à travers l' "active
learning", routine journalière composée de plusieurs
séquences : L'enseignant alterne cours et jeux, favorise l'expression orale et artistique de chaque enfant et supervise des devoirs de classe des enfants. Il utilise les outils pédagogiques classiques (livres de classe utilisés à l'école) et alternatifs (jeux divers, souvent confectionnés par les enseignants eux-mêmes). L'accent est mis sur l'expérience concrète et la manipulation : par exemple, au lieu d'expliquer la photosynthèse de façon " magistrale ", l'enseignant apporte des plantes et les enfants suivent la croissance d'une plante privée de lumière, d'oxygène ou d'eau, etc. La réalité du bidonville étant totalement absente des livres scolaires officiels, nous tentons de la réhabiliter en l'introduisant dans les séquences des cours (l'éventail des métiers, la topographie des lieux...). Avant chaque examen du cursus scolaire officiel, nous organisons un examen probatoire (plus difficile) afin d'évaluer et d'anticiper les résultats, tout en diminuant le stress lié à ces circonstances.
L'outil de mesure d'impact principal réside
dans les résultats de fin d'année scolaire, les
taux de redoublements et les taux d'abandons (très faibles,
les effectifs de nos classes d'éducation informelle ont
d'ailleurs largement diminué ces dernières années). Résultats 97/98 (ONG Snehdeep)
Résultats 98/99 (Snehdeep)
* les examens faits dans les classes de soutien
scolaire sont plus difficiles et plus sévèrement
notés que l'examen final qui est fait en avril-mai à
l'école publique. Ceci explique que le nombre d'enfants
"recalés" augmente entre juin 98 et août/octobre.
Après les examens de fin d'année, nous ne continuons à suivre que les enfants qui ont toujours des difficultés (les " passables " faibles). Les enfants des classes d'éducation informelle sont admis dans les classes de soutien une fois qu'ils ont réintégré le cursus scolaire.
La participation financière des parents est très faible. Comme nous n'avons pas été assez stricts dès le début du programme sur la nécessité de collecter les cotisations, il y a un passif dans ce domaine qu'il est difficile de combler. Si j'ai un conseil à donner, c'est d'imposer dès le démarrage d'un programme une participation financière des parents (quitte à ce que l'accès des enfants de l'accompagnement familial soit gratuit ou à tarif réduit) et de lier la rémunération de l'enseignant à sa capacité à collecter les écolages pour financer sa classe, en prévoyant une progression sur un, deux ou trois ans, jusqu'à l'autofinancement total. Le coût moyen d'une classe est de 800 Roupies par
mois (environ 120 FF ou 18 €), avec un local gratuit. Le coût
mensuel par enfant est de 32 Roupies environ (soit 5 FF ou 0.75 €).
Les écoles publiques ne participent pas aux coûts des classes
(mais mettent à disposition leurs locaux) .
Nous envisageons, à partir de l'an prochain, d'encourager les enseignants à démarrer leurs classes en incluant suffisamment d'enfants des familles "aisées" du bidonville qui peuvent maintenir la classe à flot, et un certain nombre d'enfants pauvres que nous serons disposés à sponsoriser en partie ou en totalité. D'un point de vue organisationnel, la constitution d'un collectif d'enseignants de classes de soutien et de classes d'éducation informelle (option qui fonctionne pour les éducateurs de maternelles cf. fiche 2.2.2 sur l'autonomisation des maternelles) ne paraît pas une formule adéquate, pour des raisons historiques d'une part (il y a eu un fort turn-over des enseignants de soutien scolaire au sein des ONG partenaires qui ne permet pas de créer de solidarité telle qu'elle existe parmi les éducateurs de maternelles) et pour des raisons sociales : il y a en Inde pléthore de petits entrepreneurs privés de classes de soutien qui constituent un marché colossal.
_______ * * Frank Wiegandt a été responsable du programme Social à Pune (accompagnement des familles et éducation) de l'automne 97 au printemps 2000. Il a ensuite travaillé au Malawi, ou sa femme, Katya Wiegandt était responsable du programme d'éducation à la santé dans les écoles à Zomba. Depuis avril 2001 il est basé à Addis Abeba où il apporte un appui aux programmes hydrauliques, agricole et de santé menés par Inter Aide dans le Wolayta. Cette fiche sur le soutien scolaire
à Pune, Inde (F. Wiegandt en sept. 99) a été envoyée
en oct. 99 à _______ Vous pouvez donner VOTRE AVIS, faire part de vos idées et suggestions, par mail ou sur le forum. Merci !
|