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PRATIQUES - URBAIN - préscolaire (Synthèse présco).
Préambule Le préscolaire est un domaine relativement circonscrit, avec des objectifs clairs et des indicateurs d'activités et de coûts et des résultats qui sont relativement faciles à mesurer. Mais les sujets à aborder étant nombreux (pédagogie, formation des éducateurs, impact sur le développement de l'enfant, impact sur la scolarité primaire...) nous avions décidé de centrer cette première réunion-discussion sur une question précise qui se posait sur plusieurs programmes: l'analyse des coûts des classes maternelles et les possibilités de pérennisation ou d'autonomisation, partielle ou totale, des structures préscolaires. Plusieurs points communs existent entre les programmes décrits durant cette réunion, dont certains découlent à l'évidence des objectifs généraux de nos actions de développement (travail avec les plus pauvres, demande systématique de participation des bénéficiaires, pragmatisme dans le choix des actions) et d'autres des objectifs mêmes du préscolaire tel qu'il est mené dans le cadre de nos projets (prévention de l'échec scolaire et de la non-scolarisation par exemple). Des disparités existent également, dont certaines - qui ne sont peut-être pas les plus importantes - sont dues aux contextes locaux. D'autres découlent de l'histoire du programme dans lequel s'inscrit le volet préscolaire (ancienneté des programmes, existence ou non de partenaires locaux et historique des relations avec ces partenaires, et volonté du responsable de programme et/ou de l'association de travailler de manière plus ou moins communautaire).
... général... Sur tous les programmes (au Mozambique, et auparavant au Brésil
[ESSOR],
en Inde, et à Madagascar [I.A.]
), les activités de préscolaire se font en marge du système
officiel d'éducation : au Mozambique comme à Madagascar,
le préscolaire dépend du ministère des "Affaires
Sociales" ou de " la Population ", et non du ministère
de l'éducation. Nulle part les maternelles ne sont obligatoires. Ce travail en dehors de cadre officiel de " l'éducation nationale " a une conséquence directe: à moins d'un changement de politique (comme ce fut le cas au Brésil) l'autonomisation organisationnelle et financière de ces classes de préscolaire doit reposer sur les parents - même si l'obtention d'appuis ponctuels ou partiels des services publics sont envisageables.
A Maputo, capitale du Mozambique, le projet a démarré début 97 par l'accompagnement familial. Les trois axes du programme intégré d'Essor sont : santé sociale (accompagnement familial), éducation (de 1 à 18 ans : préscolaire, soutien scolaire, prévention de la délinquance via groupes d'adolescents) et emploi (formation professionnelle, placement, crédit). L'enquête menée en janvier 97 sur 1000 familles des deux
quartiers prospectés (Mafalala, quartier très urbain de
18 000 hb et Aeroporto B, 12 000 hb, quartier spontané semi-urbain
avec un fort taux de croissance) a mis en évidence les besoins
en éducation : Bien que l'Action Sociale cite le préscolaire comme une de ses
priorités, il n'y a que 72 "escolinhas" (maternelles)
pour toute la ville de Maputo (1 200 000 hb !) où l'on rencontre
des enfants de 3 à ... 14 ans ! Des mécanismes d'aides sociales
existent (inscription des enfants à l'école primaire, bourses...)
mais sont peu ou pas connus des habitants des quartiers, et dans l'ensemble
leur impact est minime . Pourtant, l'éducation est une priorité
des populations. Le volet éducation a démarré en juin 97 par le
soutien scolaire, sous l'impulsion d'un groupe de 26 mères.
La participation des parents représente 75% du salaire des deux
enseignants chargés des cours de soutien. L'enquête préalable (qui a fait ressortir 3 besoins principaux, revenus/emploi, éducation, santé) donné les résultats suivants : le taux de scolarisation varie de 35 à 60% selon les quartiers pour les 6 à 14 ans, pour les populations avec lesquelles on travaille (les quartiers sont très hétérogènes); 40% des enfants ne terminent pas leur scolarité primaire; seulement 2 à 4% des enfants fréquentent une maternelle; 80% des parents n'ont pas le certificat d'études primaires. Les écoles publiques sont pleines, avec environ 80 élèves par enseignant et un absentéisme des enseignants très élevé. Il y a aussi beaucoup d'écoles privées. Le volet préscolaire a démarré d'une manière assez directive. Ce sont les maternelles du projet Inter Aide et les éducatrices sont recrutées, formées et salariées par le programme. Un petit volet soutien scolaire a démarré à la rentrée 98. Le salaire des maîtres doit être à la charge des parents, (ce qui est possible avec 60 enfants) le projet fournit le local (dans les centres préscolaires) et le matériel et le suivi pédagogique (lien entre le soutien scolaire et l'école primaire publique). Ce sont des cours d'une demi-journée tous les samedi. La priorité est donnée aux enfants des familles suivies en accompagnement familial (26 inscrits en septembre 98 dont 23 A.F. - pour une capacité de 60 - le programme subventionne donc actuellement pour moitié le salaires des maîtres).
L'Inde est en plein boom économique depuis 1992. Pune est la ville
indienne qui grossit le plus vite, mais les bidonvilles ne grossissent
pas. Les quartiers où l'on travaille ont progressé depuis
15 ans, et l'habitat, par exemple, s'y est considérablement amélioré.
Le volet préscolaire de Maputo est réservé aux enfants des familles suivies en accompagnement familial (240 familles suivies en avril 98). En juillet 98, 50 enfants étaient inscrits dans les deux classes de préscolaire (1 pour les enfants de 4 ans, 1 pour les 5 ans)
A fin septembre 98, 35% des élèves sont issus des familles
A.F. . On espère voir cette proportion augmenter puisque les
inscriptions restent ouvertes pour les familles A.F. tout au long du premier
trimestre de l'année. D'après l'enquête annuelle sur un échantillon de 100 familles A.F., 35 à 45% des 3-6 ans des familles AF sont scolarisés dans les maternelles du programme (ce qui est supérieur au pourcentage global, estimé à 20%) . Un travail commun entre les équipes A.F. et les équipes présco se fait de manière plus poussée depuis la rentrée. Un des axe de ce travail est d'apprendre aux familles à faire un budget, à prévoir leur revenu et leurs dépenses quotidiennes et mensuelles, de manière à ce qu'elles puissent se rendre compte que le coût de la maternelle est abordable et qu'elles ont la capacité financière de préscolariser leurs enfants.
En Inde, l'accompagnement familial venant juste de commencer, on ne peut
pas encore "classifier" la provenance des enfants en A.F. /
non A.F.. A Pune, l'évaluation systématique du revenu des
bénéficiaires est récente et les données ne
sont pas encore disponibles. Voir fiches sur la semi-privatisation du préscolaire en Inde, URBAIN.2.2.1 et 2.2.2 (juillet 1999) A Bombay, les familles avec lesquelles on travaille ont un revenu mensuel inférieur ou égal à 400 INR par personne. (Le seuil de pauvreté est estimé officiellement à 420 INR (60 FF) / mois / personne). On est donc certain que les balwadis touchent les familles pauvres. Tous les programmes (Madagascar, Mozambique, Inde) demandent une participation financière aux parents. Les montants demandés sont comparables (de 6 à 10 FRF). Mais cela représente 4 à 5% du revenu mensuel des familles à Tana et à Maputo, contre 0,5% du revenu familial mensuel estimé sur les programmes indiens !
Le lancement de volet préscolaire s'est fait de manière résolument communautaire. Le projet a décidé de démarrer des classes de préscolaire
à la demande des familles suivies par le volet A.F.. Mais dès
le départ, le projet s'est situé en appui extérieur,
bien que les coûts d'investissement initiaux aient été
pris en charge par le projet L'association de quartier doit collecter les " écolages " auprès des familles (avec reçus signés), et une fois l'argent collecté, le projet abonde du même montant (reçu signé). Un leader de l'association de quartier va ensuite lui-même payer les monitrices. Les monitrices ne sont donc pas employées par le projet mais bien par la communauté. La participation des familles est de 10 000 meticais (environ 5 FF) par
enfant. Un revenu de
NB: Pour avoir le coût de fonctionnement total de la maternelle, il faudrait ajouter la quote-part du salaire des gardiens (600 000 Met. / mois à répartir sur les volet utilisateurs), les coûts de fonctionnement (eau, électricité) et les petites fournitures (et l'évaluation du loyer du local). Essor a donc choisi délibérément de ne pas salarier
les monitrices pour ne pas créer de dépendance de la communauté
vis-à-vis d'Essor. Elles sont employées par la communauté
et n'ont pas de contrat de travail avec Essor. Il avait été
envisagé de former l'association de quartier à la gestion
administrative des activités (afin qu'elle puisse recruter les
monitrices, avec contrat de travail, feuille de paie, etc.) mais sur les
6 membres actifs (sur les 8 membres de la commission) 2 seulement savent
lire et écrire...
A Tana, l'écolage est de 3000 FMG / mois (environ 3 FF), soit l'équivalent d'une journée de travail informel (Le smic officiel journalier = 6 FF. Smic mensuel environ135 FRF)
* Ces coûts incluent : le salaires des monitrices sur 12 mois
hors cotisations sociales, les petites fournitures (craies, papier...)
le loyer des écoles. Mais n'incluent pas : les formations,
l'équipement, le matériel pédagogique (participation
de l'Unicef) et les salaires des gardiens. Le programme envisage d'augmenter l'écolage à 4000 FMG dans un an. La prise en charge des coûts par les parents passerait alors à 56% (84 % des salaires).
Ce sont les classes préscolaires des programmes indiens qui ont le coût de fonctionnement le plus bas par rapport au revenu estimé des familles, mais aussi le pourcentage de participation des parents le plus faible (hors balwadis "semi-privés" , voir ci-dessous), alors que les coûts modiques permettent d'envisager une bien meilleure prise en charge par les parents. Le tableau ci-dessous donne un résumé chiffré du volet préscolaire et une estimation de la participation financière des parents. 1 Roupie = 7 FF
le revenu d'une journée de travail informel = oscille entre 50 et 90 INR (environ 7 à 13 FRF) ... à comparer aux 20 INR par mois maximum demandées dans les balwadis. Pour une famille de 5 personnes vivant au "seuil de pauvreté
officiel" (420 INR * 5 personnes / mois = 2 100 roupies = 300 FF),
un écolage de 20 INR (3 FF) représente 1% du revenu mensuel
! Mais les bénéficiaires comparent plus facilement l'écolage
à leur revenu journalier (22% à 50%)... Le tableau ci-dessus montre que les écolages, même les plus
élevés, semblent à la portée de la plupart
des familles. A Golibar, les écolages ont été augmentés à 20 INR = 3 FF/ mois / enfant en juin 98. C'est une évolution d'autant plus positive (10 INR en 96/97, 15 en 97/98) que très peu d'enfants ont quitté les balwadis à la suite de ces augmentations. Ce montant reste faible, car dans des bidonvilles plus pauvres visités à Chembur (banlieue de Bombay) certains parents n'hésitent pas à payer deux à trois fois plus (50-60 Roupies) pour mettre leurs enfants dans des balwadis privés, à l'extérieur du bidonville et souvent en anglais...
Le coût moyen d'une classe de maternelle (session) est de 1000
à 1200 INR / mois Pour un balwadi de 1200 INR / mois avec 30 enfants par session, le coût par enfant est donc 40 INR (5.70 FRF), ce qui correspondrait à 2% du revenu moyen mensuel estimé des familles (420 * 5 personnes = 2100 INR) ! Une augmentation substantielle de la participation financière des parents semble donc possible, ce qui supposera de bien informer les parents de manière à ne pénaliser ou exclure les familles les plus fragiles. (A Pune, l'évaluation systématique des revenus des bénéficiaires aidera sûrement à augmenter le montant écolages et le taux de collecte). Voir fiches sur la semi-privatisation du préscolaire en Inde, URBAIN.2.2.1 et 2.2.2 (juillet 1999)
A Maputo , pour préparer l'autonomisation,
le programme a fait le choix dès le départ: Une ONG travaillant à Maputo a associé au préscolaire des activités productives (atelier de couture, pour favoriser l'autonomisation financière de ses maternelles, mais ce type d'action peut détourner les classes préscolaires de leur objectif premier (et poser le problème du travail des enfants...). En revanche, une activité de potager, qui est une bonne activité d'éveil pour les enfants, pourrait être testée. Quelques expériences de ce type menées par d'autres ONG ont donné des résultats positifs. La formation d'acteurs locaux est un des objectifs majeurs des programmes d'Essor. Frédéric Barbotin démarre actuellement à Maputo un projet spécifique de formation de leaders communautaires, acteurs locaux et travailleurs sociaux, qui devrait largement contribuer à favoriser l'autonomisation des activités du programme.
Sur le plan organisationnel, l'accent doit être mis en priorité
sur les parents pour les encourager et leur permettre de devenir acteurs,
via des comités de parents ou autre forme d'association. I.A. prévoit d'augmenter nettement le nombres d'enfants préscolarisés dans les années à venir, mais en positionnant d'emblée le programme en appui extérieur.
Une expérience de balwadis "semi-privés" est en cours à Malad (Bombay) et démarre à Pune : les partenaires de Pune ont proposé à certaines de leurs enseignantes chevronnées d'ouvrir leurs propres classes de maternelle privées, financées par les écolages, en dehors du cadre de l'ONG locale mais avec, au départ, un appui contractualisé. Voir fiches sur la semi-privatisation du préscolaire en Inde, URBAIN.2.2.1 et 2.2.2 (juillet 1999) Pour que l'expérience réussisse, ces femmes doivent y trouver un intérêt professionnel et financier (elles auront plus de travail et de responsabilités qu'en salariée) et acquérir de nouvelles compétences (gestion, finances, relations avec les parents et les autorités...). L'ONG s'engagera à les aider dans leur entreprise en échange du respect de certaines normes : admission d'enfants très pauvres, nombre d'enfants limité, condition d'hygiène, qualité de l'enseignement, prix raisonnables, information des parents... Elle pourra par exemple subventionner la classe, si nécessaire, en fonction du nombre d'élèves provenant de familles très défavorisées, se charger de la formation continue et de la supervision pédagogique gratuitement, fournir une aide à la gestion. Si l'expérience réussit on pourrait la généraliser,
proposer à ces écoles un " label de qualité
" et former ainsi un réseau de balwadis semi-privés.
A Pune, l'obstacle principal est sans doute l'attitude des deux partenaires locaux, dont l'objectif est de pallier à l'absence de structures publics dans les bidonvilles en mettant à disposition des habitants des services contre une participation financière quasi symbolique. Si ils sont rétifs aux perspectives d'autonomisation, c'est aussi parce que les actions (de qualité) qu'ils mènent justifient leur existence... (Voir fiche URBAIN.2.2.1 et 2.2.2 sur l'expérience de semi-privatisation à Pune) A Bombay, les partenaires locaux, plus jeunes, ont une vision
plus dynamique de leur rôle d'" agents de développement
communautaire ". A New Bombay l'équipe d'Alert India à Indira Nagar (5 balwadis ouverts en juin 98, 150 enfants inscrits, contre 87 enfants pour l'année scolaire 97/98) compte d'abord essayer de faire pression sur les autorités municipales à travers un " mandal " (association) de 35 femmes dont la vocation est d'agir comme groupe de pression auprès des services publics locaux pour obtenir des infrastructures (toilettes publiques, drains, égouts, etc.). La formule du "balwadi semi-privé" n'est donc pas un dogme, mais une option pragmatique qui semble présenter les meilleurs gages de viabilité pour les maternelles, dans le contexte actuel des programmes. Dans la mesure où les parents ne sont concernés par les
maternelles que pour 1 ou 2 ans (puisque les classes de préscolaire
sont faites en dehors des écoles) une option purement communautaire
(comités de parents...) semble comporter plus de risques, à
moins de l'organiser autour de petits groupes de représentants
des familles constitués autour de l'ensemble du cursus scolaire
("comités éducatifs" par lieu d'implantation du
volet éducation: préscolaire, soutien scolaire en lien avec
les écoles primaire, éducation informelle). A l'heure actuelle, la qualité de l'enseignement des balwadis est la meilleure garantie de la motivation des parents, d'où l'idée d'associer un "label de qualité" à la "semi-privatisation".
Le souhait d'une proposition de paramètres communs avait été
émis lors de la réunion-discussion de juillet, afin de faciliter
les échanges entre les programme. Cette proposition venait aussi
du souhait de Gaspard d'harmoniser les données collectées
par les différents partenaires indiens.
Sur la petite enfance, voir aussi Module de formation sur la petite enfance, Alexandra Lesaffre, Coopé Sud / Inter Aide Vous pouvez donner VOTRE AVIS, faire part de vos idées et suggestions, par mail ou sur le forum. Merci ! Retour au
sommaire éducation * Cette
synthèse a été rédigée par Anne Carpentier sur la base des discussions
qui ont eu lieu lors de la réunion du 17.07.98 entre Eric Vandal (R.P.
préscolaire à Tana, Madagascar, jusqu'en juillet 98), Frédéric Barbotin,
(R.P. du programme urbain intégré à Maputo, Mozambique jusqu'en 99, maintenant
responsable des programmes de prévention du sida au Brésil)
Jean-Philippe Delgrange (directeur d'ESSOR,
qui a présenté les actions menées au Brésil) et Gaspard Schlumberger,
chef de secteur Inde-Tana-Philippines La synthèse de la rencontre de juillet
98 sur le préscolaire a été envoyée en déc.
98 à
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