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PRATIQUES
- urbain - Accompagnement des familles
1. Préambule
2. L'approche systémique
3. Des exemples d'outils
4. La supervision
5. Que faire quand la situation est bloquée ?
Bibliographie
1. Préambule  |
Questions posées par les participants :
- Comment déclencher chez des familles "apathiques"
l'envie de s'en sortir ? (question qui en pose plusieurs autres : la
question de la sélection et de l'intégration des familles,
la question de la motivation des familles, et la question des attentes
de l'équipe)
- Quelles sont les clés pour débloquer une situation
?
- Que faire face à l'alcoolisme
?
- Des exemples d'outils "psy " ?
- Des exemples de "case work" ?
- Comment l'approche psy prend-elle en compte le contexte et la culture
locale ?
Cécile : A Manille, je me suis d'emblée positionnée
comme consultante psy, face à l'équipe d'accompagnement
familial de Lingap très en attente dans le domaine psychosocial
et qui se posait la question : au-delà de la résolution
de problèmes et pour faire face à certaines prises en charge
mises en échec, comment aller plus loin avec les familles ?
2. L'approche systémique
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Les différentes écoles de psychologie proposent des modèles
théoriques et des pratiques différents. La thérapie
familiale systémique, qui en est un, s'adapte assez bien aux contextes
dans lesquels les programmes AF d'Inter Aide travaillent.
En accompagnement des familles, on se rend vite compte que si on ne
travaille qu'avec une seule personne de la famille (qui est généralement
la mère) la situation peut se bloquer relativement rapidement :
pour débloquer les situations, il faut introduire le père,
ou les enfants - ou encore, dans les contextes musulmans la belle-mère
(Cependant, les accompagnatrices de Lingap, souvent jeunes, ne
sont pas toujours à l'aise avec les hommes ou pour discuter de
problèmes de couples).
L'approche systémique prend en compte les relations familiales
: pour le dire rapidement et au risque de me montrer simplificatrice,
la famille est considérée comme un système en équilibre.
Le membre de la famille qui est identifié comme "patient désigné"
(porteur des difficultés familiales) permet le maintien de l'équilibre
par le problème qu'il porte pour la famille. Si l'on travaille
uniquement avec le "patient désigné", son évolution
ou les changements qu'il va opérer vont déstabiliser l'ensemble
de la famille. Celle-ci va devoir s'ajuster et trouver un nouvel équilibre,
au risque qu'un autre membre de la famille devienne porteur des difficultés
familiales.
L'accompagnement de la famille dans son ensemble a pour objectif de changer
la dynamique familiale pour passer à une situation d'équilibre
plus satisfaisante tant pour les membres de la famille individuellement
que pour la famille dans son ensemble. Je prends également en compte
aussi la dimension individuelle (intra-psychique) : chaque individu considéré
dans sa propre histoire et dans son inconscient. Par ailleurs, il est
important de ne pas sans isoler la famille de son contexte : même
si on considère que la famille est acteur de son propre développement,
le contexte joue de manière plus ou moins favorable.
Voir aussi le compte-rendu
rédigé par Anne Carpentier de l'intervention sur la Systémie
et la thérapie Familiale par Processus
Recherche, atelier
AF 2005,
(Voir aussi formation sur l'approche
systémique réalisée par Asmae pour Lingap à
Manille)
Pour
prendre en compte les relations familiales lors des visites à domicile,
penser à poser des questions très concrètes :
qui réveille les enfants, quels sont les horaires de la famille
(de la mère, de la belle-mère
), qui rapporte de l'argent
et comment est-il redistribué, qui fait à manger, qui lave
les enfants, qui les emmène à l'école
=> Importance de regarder et comprendre l'agencement de la maison :
qui dort où, où se lave-t-on, il y a-t-il des endroits d'intimité
(rideaux, mezzanine
).
=> Lors des entretiens à domicile, qui parle : la mère
? la belle-mère ? le père ?
Tout cela donne beaucoup d'informations sur l'organisation de la famille
et sur la dynamique familiale. On a parfois tendance à vouloir
interroger les familles directement sur leurs relations interpersonnelles
et sur la dynamique familiale. On leur demande alors de prendre de la
distance par rapport à leur quotidien : on obtient souvent des
représentations générales qui ne correspondent pas
toujours à leur réalité. Les questions sur le
quotidien sont concrètes et simples pour les familles : c'est ensuite
au professionnel de dégager à partir des informations recueillies
sur le quotidien, une compréhension de la dynamique familiale,
des croyances et des valeurs qui guident chacun des membres de la famille.
Mais attention, il est toujours important de faire valider par la
famille ou par le membre de la famille dont il est à ce moment
question, notre compréhension de la situation (notre "hypothèse").
Et ceci peut aussi passer par le quotidien
Ce concept d'hypothèse me semble primordial : avec une
famille qui ne se saisit pas des services sociaux ou médicaux disponibles,
on va tenter de comprendre quels peuvent être les blocages. Pour
cela, la compréhension de la dynamique familiale nous éclaire
par exemple, sur l'enjeu d'un changement ou d'une prise de décision
nouvelle au sein de la famille. Ma lecture du nud de blocage ou
de la difficulté à changer va constituer une hypothèse
de travail pour moi. Et comme toute hypothèse, il est nécessaire
de la valider ou de la réfuter avec la famille, pas forcément
directement mais parfois en repassant par le quotidien.
Une situation familiale ne correspond pas à une seule hypothèse
: nous sommes bien plus compliqués que cela. Mais c'est comme de
suivre un chemin avec la famille : on avance dans la compréhension
de la situation et puis on se trouve à un croisement avec plusieurs
possibilités.
On a toujours dans ce cas-là, une hypothèse prépondérante
et je m'engage donc avec la famille sur ce chemin là. Mais je vais
peut-être me rendre compte, vite ou pas, que cette hypothèse
ne se confirme pas et qu'il s'agit d'un cul-de-sac. Je repars alors au
croisement et emprunte un nouveau chemin et à nouveau, je teste
la pertinence de cette nouvelle hypothèse
et ainsi de suite
.jusqu'au
prochain carrefour
3. Des exemples d'outils
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Le dessin de la maison
On peut faire faire cet exercice individuellement ou en en famille.
Lorsque le dessin est fait en famille, il est intéressant
de remarquer les interactions (qui dessine, qui se souvient, qui
décide, qui tranche
)
Pour des adultes, cela peut être "dessinez la maison
de votre enfance" : à travers cet exercice, on en apprendra
plus sur l'enfance de la personne qu'en demandant "parlez-moi
de votre enfance". Dans le cadre des programmes d'accompagnement
des familles, cela peut donner des informations sur le village d'origine,
sur l'histoire de la famille et de son exode en ville : qui a déménagé,
quand, qui est resté, pourquoi
Dans le cadre de nos programmes (où les familles vivent souvent
dans une seule pièce), l'exercice peut être "dessinez
la maison quand vous dormez".
Avec des personnes illettrées, ou peu à l'aise avec
le dessin, on peut faire le même exercice avec des cubes,
en 3 dimensions, ou avec du sable. C'est difficile à faire
avec des petits enfants si ils ne sont pas encore (pré)scolarisés.
Un autre exercice peut être de demander à une personne
de dessiner sa famille. C'est particulièrement intéressant
avec un enfant, mais c'est un outil qui ne peut être fait
qu'individuellement (même si cela se fait au cours d'une séance
avec l'ensemble de la famille).
Le dessin de la maison n'est qu'un outil, comme le sont les questionnaires
d'enquête, les entretiens à domicile
C'est un
moyen d'avoir des informations qu'on n'aurait peut-être pas
autrement.
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Le génogramme
Définition : " Le génogramme est la
représentation graphique d'une famille, rassemblant sur un
même schéma les membres de celles-ci, le plus souvent
sur 3 générations, les liens qui les unissent, la
qualité de la relation et les informations médicales
et psychosociales qui s'y rattachent " (formation
sur le génogramme réalisée par ASMAE pour Lingap
à Manille).
Pour ma part, j'utilise le génogramme pour représenter
la filiation et pour prendre en compte la structure familiale élargie,
sans rentrer dans le deuxième niveau de lecture (qui inclut
les relations entre les membres de la famille) car ce premier niveau
donne déjà beaucoup d'informations. Cela permet d'avoir
une histoire de la famille. La limite de l'outil, c'est la limite
donnée par son interprétation.
J'utilise toujours cet outil en présence de la famille :
je pose des questions et dessine le génogramme pendant que
la personne " raconte " la famille. Le fait de dessiner
apaise la situation : je ne pose pas des questions pour être
intrusive mais pour faire le dessin. Dessiner pose la distance de
la représentation. L'utilisation du génogramme avec
une personne / une famille illettrée n'est pas nécessairement
un problème car c'est un outil très " figuratif
". Des codes de figuration seront mis en place dans les cas
de familles polygames, ou si il y a beaucoup de décès,
ou de remariages
Le génogramme est un bon outil de connaissance de la
famille : il aide à poser des questions : on évite
toujours le " pourquoi " dans les entretiens psy. C'est
trop difficile comme question. On dit plutôt : "ah tiens,
vous portez le même nom que votre tante?" , "Cette
sur n'est pas mariée ?", " Qu'est-ce qui
s'est passé pour cet enfant ?" (dans le cas de décès
d'enfant).
Le génogramme peut permettre d'aborder des sujets intimes
: les dates de naissances des enfants peuvent permettre de discuter
de l'espacement des naissances, et de comprendre les valeurs ou
traditions de la famille sur ce sujet.
Le génogramme donne des informations qu'on n'aurait pas
nécessairement eues autrement (par exemple sur les fausse-couches
et les avortements, les maladies, le choix des prénoms
).
D'où l'importance de poser des questions sur les croyances
et valeurs de la famille (par exemple en parlant des mariages, des
enterrements, des avortements, des célébrations entourant
la naissance
).
Il est toujours intéressant de noter sur le génogramme
les personnes qui vivent sous le même toit (en les entourant
d'un cercle).
C'est en tant qu'outil de connaissance des familles qu'il
peut être utilisé dans le cadre d'interventions en
accompagnement familial (pour s'en servir comme outil d'analyse
de type thérapeutique, il faut être spécifiquement
formé à cela). Les accompagnatrices peuvent se l'approprier
si cela a du sens pour elles, et si ce n'est pas trop complexe à
utiliser sur le terrain. Sinon, on peut l'utiliser en travail d'équipe,
lors d'étude de cas : cela peut permettre à l'accompagnatrice
de voir des choses qui lui ont échappées. C'est aussi
l'occasion d'habituer et de former l'équipe à son
utilisation (sans pour autant le présenter comme l'outil
"magique").
Documents remis lors de l'atelier :
Fiche 1 : les symboles du génogramme, (voir
aussi Symboles
utilisés pour construire un génogramme - Université
du Québec)
Fiche 2 : fiche pour un génogramme
Fiche 3 : questionnaire relatif à l'établissement
d'un génogramme
Fiche 4 : Catégorie pour interpréter un génogramme
Fiche 5 : le génogramme de la famille Freud (voir
aussi Génogramme
particulier de la Famille Freud - Patterns relationnels Université
du Québec)
Voir
aussi formation sur le génogramme réalisée par
ASMAE pour Lingap à Manille
(et les ressources
sur le génogramme disponibles sur internet) |
Question : Ces outils (dessin de la maison, génogramme
)
sont des outils de connaissance de la famille. Mais que fait-on de cette
connaissance ?
Cette compréhension de la famille est nécessairement
une compréhension ciblée. Lors des premiers entretiens
avec la famille, on définit ensemble un certain nombre d'objectifs
à atteindre pour , car j'ai des hypothèses de travail :
permettre à la famille d'améliorer ses conditions de vie
dans le domaine sanitaire et social notamment (cadre de l'accompagnement
familial). Là encore, il est utile de rester dans des objectifs
concrets et visibles.
Si l'objectif de travail était d'être plus heureux : on devrait
commencer par faire un travail autour de "c'est quoi être heureux
pour vous ? Cela voudrait dire quoi dans votre quotidien ? Qu'est-ce qui
serait différent d'aujourd'hui ?". On cherche à comprendre
la famille mais ce n'est pas le but de l'accompagnement, cela fait
partie du processus d'accompagnement. C'est en comprenant la famille mais
surtout en la soutenant dans sa propre compréhension d'elle-même
que nous l'aiderons à dépasser des blocages/résistances
et à atteindre (ou à renoncer ou à redéfinir)
les objectifs qu'elle s'était fixés au début du suivi.
Il me semble très important de souligner ici qu'il ne s'agit
pas d'atteindre les objectifs à tous prix. Parfois prendre
conscience que les objectifs définis n'étaient pas les plus
importants ou ne correspondaient pas aux valeurs et croyances de la famille,
ou étaient un déplacement d'un autre problème, sont
des avancées aussi essentielles pour la famille que d'atteindre
les objectifs de départ. Pourtant, ces points-là ne sont
pas pris en considération dans le taux de réussite des suivis
de l'accompagnement familial
Les étapes de l'accompagnement :
- Diagnostic; Relation de confiance; Définition des objectifs;
Compréhension ciblée de la famille (ce n'est pas une fin
en soi, on n'a pas besoin de tout savoir);
- La phase de suivi : on est dans une dynamique de changement (phase
ponctuée de moments d'analyse des résultats, échecs,
succès
) La compréhension ciblée se poursuit
en fonction des hypothèses que l'on construit au fur et à
mesure
- Évaluation et fin du suivi
4. La supervision
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Il y a souvent 3 différents types de réunions dans les
structures psychosociales :
1. Réunion de supervision ou d'organisation de l'équipe,
de management (organisation du temps de travail
)
2. Réunion de synthèse.
3. La supervision extérieure
La réunion de supervision ou de synthèse : en France,
ces réunions dites de synthèse servent à croiser
les regards sur la famille des différents intervenants qui sont
en relation avec elle. Cela permet d'aider la personne qui suit la famille
à avancer, à débloquer une situation.
Parfois ce type de réunion se transforme en réunion de
supervision contrôle et permet au supérieur hiérarchique
de s'assurer que le travail a bien été fait : l'accompagnatrice
familiale est bien allée à l'entretien prévu, a bien
rempli le dossier. Dans ce cadre, le bénéfice de la supervision
disparaît car le jugement porté sur les tâches effectuées
inhibe toute évocation des difficultés rencontrées
ou des questionnements de l'accompagnatrice.
Le cadre de la réunion doit expliciter que l'on ne juge pas l'animatrice
mais que l'on essaie de mieux comprendre ensemble ce qui se passe pour
et avec cette famille et quelle stratégie on peut mettre en uvre
pour débloquer la situation
Quand je suis arrivée à Manille, ce type de réunions
de synthèse en équipe ne se faisait que pour décider
de la sortie de la famille. Quand j'ai a mis ces réunions en place
tous les 15 jours, par équipe géographique (+ demi-journées
de supervision sur le terrain), c'était difficile pour les accompagnatrices
de parler des cas qui leur posait problème. Mais progressivement,
les accompagnatrices comprennent qu'elles peuvent apprendre les unes des
autres parce qu'elles n'utilisent pas toutes les mêmes stratégies
dans des situations similaires.
Il leur était également difficile de retracer l'histoire
d'une famille de manière concrète, complète mais
aussi humaine (elles avaient tendance soit à lire le dossier, soit
à relater des entretiens " il m'a dit
. alors je lui
ai répondu
. alors il m'a dit
"). Pour les aider,
on peut leur donner un cadre : on parlera d'abord de l'histoire de la
famille, des objectifs qui ont été fixés avec elle,
(par la famille / avec la famille / sur les conseils de l'animatrice
)
puis on parlera du suivi, puis
Les accompagnatrices
doivent comprendre l'importance de la préparation des entretiens
menés lors des visites à domicile : la visite a un objectif
(lié à une hypothèse de travail en général;
c'est déjà un minimum) mais on peut aller plus loin dans
la préparation de l'entretien.
La
restitution de l'entretien (ou "feed-back") est également
importante : restitution auprès du superviseur, auprès de
l'équipe. Cette restitution permet à l'accompagnatrice de
revenir sur ce qui s'est dit, sur ce qui s'est passé, d'y réfléchir.
La question est : "qu'est-ce que vous allez mettre dans le dossier
de la famille pour synthétiser cet entretien". Ceci aide également
l'accompagnatrice à préparer le prochain entretien.
Debriefing
à trois (ou "exercice du triangle"): un exemple pour
aider les animatrices dans leur travail d'accompagnement des familles
(G. Schlumberger, extrait du rapport de voyage à Madagascar
n°10 et 11, du 23 nov. au 13 déc. 2005 et du 22 mars au 13 avril 2006)
La supervision extérieure est individuelle ou collective
: il s'agit de discuter des situations familiales que l'on gère
et de ses propres difficultés face à certaines familles
avec un "psy" extérieur à l'équipe. Sa
position d'extériorité lui procure une certaine distance
et autorise à énoncer parfois plus facilement ses problèmes
ou échecs ou difficultés relationnelles au sein de l'équipe.
Par la médiation qu'il propose et comme garant du cadre, il permet
souvent de travailler davantage sur les contre-transferts, difficilement
élaborables en équipe. Par exemple, en quoi cette famille
m'a déstabilisée et me perturbe parce qu'elle va à
l'encontre de mes propres valeurs ? En prenant conscience de mes difficultés
par rapport à cette famille, je vais être capable d'ajuster
mon accompagnement en séparant mon jugement du suivi, voire parfois
d'accepter mes limites et de solliciter le transfert de la prise en charge
de cette famille à une autre accompagnatrice
5. Que faire quand la situation
est bloquée ?  |
Dans les cas de résistance, lorsque la famille semble bloquée
dans son cheminement, il y a généralement deux possibilités
:
- Avant toute chose, il faut se poser cette question : l'objectif
sur lequel on est bloqué est-il vraiment un objectif de la famille
?
Il s'avère en fait souvent que l'objectif qui coince était
un objectif de l'accompagnatrice, et non pas un objectif que la famille
s'est véritablement fixé pour elle-même.
Par exemple, dans le cas du planning familial qui touche aux traditions
culturelles, religieuses, locales et familiales : même si la mère
peut sincèrement vouloir espacer les grossesses (ou ne plus avoir
d'enfant), elle ne peut pas ne plus avoir d'enfant à cause des
pressions sociales ou familiales.
Ce n'est
pas un échec de l'accompagnatrice,
on est dans
le domaine très complexe du changement de comportement, et dans
un domaine intime, personnel, religieux.
Cela repose la question des objectifs de départ qui sont fixés
avec la famille :
Les
objectifs de départ sont généralement négociés.
Les programmes d'accompagnement des familles menés par Inter
Aide ont un but : améliorer les conditions de vie des familles
dans le domaine de la santé, de l'hygiène et de l'éducation.
Ce ne sont pas nécessairement des objectifs de la famille au départ,
mais on les incite à aller aussi dans cette direction. Toutefois,
l'accompagnatrice doit veiller à ne pas plaquer ses propres objectifs
sur la famille, au risque de se retrouver quelques mois plus tard dans
une situation bloquée.
Il
faut aussi veiller à présenter l'accompagnement familial
et ses limites : présenter ce que l'on peut faire (dans
le domaine de la santé, de l'hygiène et de l'éducation
),
et ce que l'on ne pourra pas faire (les domaines dans lesquels on n'apportera
pas d'appui : amélioration des revenus, alcoolisme,
handicap
). Préciser aussi les limites dans le temps (on vous
propose un accompagnement qui peut durer 6 mois, pendant ce temps, qu'est-ce
qu'on peut faire
).
Il faut bien affiner les objectifs et la présentation du programme
avec l'équipe, pour être bien au clair.
Il faut aussi que l'équipe elle-même (accompagnatrices
et superviseurs) accepte les limites de l'accompagnement
- Interpréter les situations bloquées comme des signaux
d'alerte :
Si depuis 3 visites la mère n'est pas allée au dispensaire
à la consultation pédiatrique, faire vacciner son enfant,
ou à la consultation prénatale, alors que c'était
l'objectif de chacune des visites, c'est que le problème est
ailleurs.
Ce n'est pas nécessairement un problème d'ordre psychologique
: cela peut être un problème d'organisation du temps (horaires
de travail, surcharge de travail
), ou de négligence
Peut-être aussi que la mère n'a pas envie de faire faire
un bilan psychomoteur à son enfant et de s'entendre dire qu'il
est en retard, ou d'aller faire peser son enfant et de s'entendre dire
qu'il n'est pas bien nourri
Ou peut-être encore que le mari ou la belle-mère ne veut
pas qu'elle sorte du quartier
Des
petits jeux peuvent être utilisés comme techniques d'aide
au changement :
- la " question
miracle " ou la " question cauchemar " : "
si un miracle se produit au cours de la nuit et votre problème
est résolu : comment vous vous en rendez compte le matin ? Est-ce
vous ou quelqu'un d'autre qui s'en rend compte ? ". Cela permet de
visualiser le changement.
- techniques d'anticipation : vous démarrez une formation
professionnelle demain : à quelle heure vous levez-vous le matin,
combien vous faut-il pour payer le ticket de bus ? avez vous l'argent
? et pour le repas du midi ? Qui lèvera les enfants à votre
place ?
Vous allez au centre de santé à la consultation planning
, à quelle heure vous levez-vous ? Avez-vous l'argent pour bus
? pour payer la consultation ? les médicaments ? Qui gardera les
enfants à votre place ?
Si c'est un problème d'ordre psychologique, il peut être
important de l'identifier (même si on ne peut pas le résoudre)
: une personne déprimée ne peut pas être battante
:
ce n'est
pas l'échec de l'accompagnatrice.
Pour aller
de l'avant avec cette famille, il faudra qu'elle surmonte sa dépression.
Les accompagnatrices n'ont pas de compétences spécifiques
pour cela, mais il ne faut pas pour autant qu'elles se sentent responsables
de la dépression de cette personne.
Par ailleurs,
il ne faut pas sous-estimer la puissance de l'écoute
Il faut aussi que l'équipe elle-même accepte les limites
de l'accompagnement :
coaching
et travail d'équipe (y compris au niveau de l'équipe de
supervision) : comment accepter de quitter une famille lorsqu'on est au
bout de nos compétences ? Comment accepter ce " deuil "
sans culpabiliser ?
se référer
au contrat passé avec la famille
référer
la famille vers des organismes spécialisés si c'est possible
la famille
pourra toujours venir vers la permanence sociale.
Dans les cas difficiles, il est important de prendre du recul (et bien
sûr si c'est possible, référer les familles qui sont
dans l'urgence de la détresse vers des organismes caritatifs ou
organismes spécialisés si il y en a
).
Exemple de situation où une jeune
équipe qui démarre s'est laissé emportée dans
une situation d'urgence (octroi d'un prêt
que la famille n'a pas été en mesure de rembourser
)
A travailler en équipe lors des réunions
de supervision :
qu'est-ce qu'on a ressenti devant la situation de cette famille ? Pourquoi
? Pourquoi a-t-on réagi comme ça ? (parce que ça
nous rappelle
. / parce que nous sommes une jeune équipe,
c'est une des premières familles avec lesquelles on travaille,
et nous ne sommes pas prêts à assumer un échec à
ce moment là de notre histoire, de notre existence en tant qu'équipe).
Puis
: comment éviter ce genre de situations à l'avenir ? Quelles
limites, quels garde-fous mettre à notre travail pour baliser nos
interventions ? (
Les limites peuvent évoluer avec l'acquisition de nouvelles compétences
/ savoir-faire au sein de l'équipe).

Bibliographie
Voir aussi le compte-rendu
rédigé par Anne Carpentier de l'intervention sur la Systémie
et la thérapie Familiale par Processus
Recherche, atelier
AF 2005,
Voir aussi Biblio
social et psychosocial remise à jour juin 2006
Sur les problèmes d'alcool et l'alcoolisme,
voir la fiche de Coopé Sud,
Alcohol misuse & drug-addiction, ou en français Alcool
: dépistage et prévention de l'usage à problème,
quelques éléments bibliographiques ainsi que la Biblio
social et psychosocial)
Intervention de Cécile
Bizouerne
traduction portugaise Essor
intervention d'Emmanuelle Six
intervention d'Alexandra Lesaffre
Modules
de formation pour l'équipe du programme Petite Enfance d'Antananarivo
(A. Lesaffre)
Voir aussi : Atelier
sur l'accompagnement des familles réalisé à la demande
de deux ONG cambodgiennes (Gaspard Schlumberger, octobre 2002)
Voir
aussi formation sur l'approche systémique et
sur le
le génogramme, réalisée par ASMAE pour Lingap à
Manille (Déc.
99) (et les ressources
sur le génogramme disponibles sur internet)

Cécile Bizouerne est psychologue
de formation et a travaillé avec Inter Aide à Manille pendant plusieurs
mois, en appui à l'association philippine Lingap qui mène des actions
d'accompagnement des familles (AF) et de lutte contre l'échec scolaire.
Elle travaille maintenant à Action Contre la Faim comme psychologue en
charge de projet sur santé mentale et malnutrition sévère dans les contextes
d'urgence et a accepté de participer à cet atelier à la demande de Gaspard
Schlumberger (Secteur Asie-Tana social).
Liste des participants à
l'atelier AF de Décembre
2002
Pascale Quelfennec, ASMAE
Virginie Toussaint, ASMAE Madagascar,
Jean Copreaux, lutte contre la TB à Bombay (Inter Aide)
Anne-Claire et FX Hay, Pune social & crédit (Inter Aide)
Lydia Adelin, Bombay social et crédit (Inter Aide)
Isabelle Roche, Antsirabe, Madagascar (Inter Aide)
Thierry Vincent, Secteur Malawi, Inter Aide
Anne Carpe et Nadine Larnaudie (C.A. d'Entrepreneurs du
Monde), Franck Renaudin (Asie-Tana, EdM) et Marion Bourreau (IA) ont également
participé à quelques uns des ateliers.
Les intervenantes :
Emmanuelle Six-Razafinjato (atelier du 18 décembre 2002 sur le
travail social)
Cécile Bizouerne (19 décembre 2002)
Alexandra Lesaffre, programme d' éveil à Antananarivo (atelier
du 20 décembre 2002 sur la petite enfance)
L'organisateur : Gaspard Schlumberger, Secteur Asie-Tana, Inter
Aide
Rapporteur : Anne Carpentier, réseau d'échanges d'expériences
Pratiques, (IA)
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AVIS
IMPORTANT
Les
fiches et récits d'expériences "Pratiques"
sont diffusés dans le cadre du réseau d'échanges
d'idées et de méthodes entre les ONG signataires de
la "charte
Inter Aide".
Il est important de souligner que ces fiches ne sont pas normatives
et ne prétendent en aucun cas "dire ce qu'il faudrait
faire"; elles se contentent de présenter des expériences
qui ont donné des résultats intéressants dans
le contexte où elles ont été menées.
Les auteurs de "Pratiques" ne voient aucun inconvénient,
au contraire, à ce que ces fiches soient reproduites à
la condition expresse que les informations qu'elles contiennent
soient données intégralement y compris cet avis .
|
Vous pouvez donner
VOTRE AVIS, faire part de vos idées et suggestions, par
mail ou sur le forum. Merci
!
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